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BRAFA : le mur de Berlin au plus offrant

D’une hauteur de 3,8 m et d’une largeur de 1,2 m pour un poids effectivement de 3,6 tonnes chacun, ils sont porteurs de graffitis sur les deux faces. | © Raf Michiels

Art et Scène

En novembre dernier était commémoré le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin. Pour sa 65ème édition, la BRAFA met aux enchères silencieuses cinq segments originaux de celui-ci dont les profits seront intégralement versés à cinq organisations caritatives, histoire de renouer avec l’esprit des fondateurs de la BRAFA.

 

Paris Match. Vous êtes la directrice de la BRAFA depuis 1992. On ignorait que l’ancienne foire des Antiquaires des Beaux-Arts, rebaptisée en 2008, avait également une vocation caritative.
Béatrix Bourdon. Et pourtant, cette vocation n’a cessé de s’affirmer tout au long des années. Par le passé, notre asbl a soutenu, notamment, l’hôpital des Enfants Reine Fabiola, le Centre d’œuvre de Mérode et les actions du père Van der Biest, curé de la paroisse des Marolles puisque nous sommes historiquement attachés au Sablon. Il est d’ailleurs important de rappeler que nous sommes une asbl dont le but est certes d’organiser une grande foire destinée à mettre en valeur ce qui se fait de mieux en matière de marché de l’art en Belgique, mais sans pour autant faire de bénéfices.

Dans quel contexte avez-vous décidé d’acquérir ces fameux fragments du Mur démantelé le 5 novembre 1989 et qui pèsent leur poids, près de quatre tonnes chacune ?
Notre président, Harold t’Kint de Roodenbeke, était en voyage en Nouvelle Ecosse et est tombé tout à fait par hasard sur un fragment du Mur dans un petit village de pêcheurs. Il s’est renseigné et a proposé au Conseil d’administration de compléter l’acquisition en achetant en 2018 quatre autres fragments de même nature, provenant tous de l’Hinterlandmauer, c’est-à-dire la partie qui formait la première enceinte du Mur de Berlin côté Est sur une longueur totale de 68 km. Celle-ci a été démantelée par les forces armées de l’ex-République démocratique allemande (RDA) durant les travaux de démolition qui ont suivi la chute du Mur avant que les fragments ne soient réutilisés par une entreprise de travaux publics située en périphérie berlinoise. D’une hauteur de 3,8 m et d’une largeur de 1,2 m pour un poids effectivement de 3,6 tonnes chacun, ils sont porteurs de graffitis sur les deux faces, ajoutés par des graffeurs anonymes à différentes époques.

Ces fragments constituent un intérêt historique et patrimonial évident. Peut-on encore en trouver facilement ?
Ils ont été éparpillés partout dans le monde et les collectionneurs se les sont appropriés. En Belgique, à ma connaissance, il n’en existe que trois au niveau public, l’un situé dans le parc Léopold, l’autre à l’OTAN et le troisième à Flanders Expo Gand. Sans doute en existe-t-il dans des collections privées, mais certainement pas des stèles aussi monumentales que celles que nous mettons aujourd’hui aux enchères dans le cadre de notre manifestation.

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Beatrix Bourdon (Managing Director BRAFA). ©DR

Comment ces enchères vont-elles s’organiser ?
Ces cinq segments seront exposés à l’extérieur durant toute la durée du salon et proposés à la vente selon une formule d’enchères caritatives réservées aux visiteurs durant toute la durée du salon. Le prix de vente a été fixé à 15.000 €/pièce mais la Brafa n’attribuera la vente qu’à l’amateur qui se sera engagé à faire le don le plus important à l’organisation liée au segment de son choix.

Selon quelles modalités ?
Chaque bénéficiaire se verra attribuer un segment spécifique par tirage au sort. Pour pouvoir participer à la vente aux enchères, chaque acheteur devra s’inscrire au préalable, soit en personne au desk d’information installé à cette fin au sein de la foire, soit en ligne en remplissant le formulaire de participation ad hoc. Une fois dûment inscrit, chaque candidat pourra surenchérir via le desk spécifique à la foire, ou via l’adresse email berlinwallcharityauction@brafa.be et ce, tout au long de la vente et jusqu’à la fin de celle-ci. Pour être acceptée, chaque nouvelle enchère devra être supérieure à 1000 euros minimum par rapport à la précédente. Dès l’adjudication définitive par un huissier le dimanche 2 février à 14 heures, les acheteurs ayant formulé les offres les plus hautes pour leur don se verront informés officiellement par la Brafa. Ils s’engagent à verser le montant du prix du segment à la Brafa et de leur don au bénéficiaire correspondant, dans la semaine suivant l’adjudication.

Quels sont, à votre avis, les acquéreurs potentiels ?
Des collectionneurs avisés bénéficiant de l’espace adéquat, peut-être une banque qui pourrait installer l’une des stèles dans son hall d’entrée, avec tout l’impact historique et symbolique qu’un telle présence peut avoir, décorée de graffitis parfois dérisoires et, souvent d’une profusion d’étoiles dans leur sillage…

Un mot à propos des bénéficiaires auxquels vous allez accorder le montant des ventes ?
Le fruit de l’opération leur sera entièrement et directement versé. Il s’agit, dans le domaine de la recherche contre le cancer, de l’opération Télévie portée par RTL-TVI et l’asbl Kom op tegen Kanker; et, dans le domaine de l’intégration des personnes handicapées, de l’opération caritative CAP48 de la RTBF et l’asbl Hart voor Handicap. En ce qui concerne la préservation du patrimoine artistique, nous avons choisi le Musée Art & Histoire du Cinquantenaire en soutien à deux projets : une nouvelle salle pour les momies précolombiennes tout d’abord et, au cas où le financement de ce premier projet serait déjà complété, au profit de la restauration et de l’installation du jardin d’hiver de Victor Horta réalisé pour Jean Cousin dans une salle du musée consacré à l’Art Nouveau.

 

©Raf Michiels

 

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