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Bérangère McNeese et Félix Radu : Un duo complice qui a le feu des mots

Élan d'espoir. Scène, tournages, écriture... Tout redémarre pour les deux jeunes artistes. | © Ganaëlle Glume

Art et Scène

Ils ont en commun le plaisir de l’écriture et du jeu et le mélange des disciplines. Avec l’audace de leur jeune âge, Félix Radu, comédien amoureux des grands auteurs, et Bérangère McNeese, actrice, scénariste et réalisatrice, célèbrent en photo une rencontre qui apparaît évidente. Complicité, rires et belles réflexions.

 

Bérangère McNeese, comédienne belgo-américaine, scénariste de plus en plus demandée, à l’affiche de plusieurs séries françaises comme En quête de vérité et HPI, réalisatrice d’un court-métrage très remarqué Matriochkas couronné par un Magritte, aux commandes de plusieurs épisodes de la prochaine série humoristique belge Baraki… Félix Radu, présenté comme un digne héritier de Raymond Devos aux allures de Pierrot lunaire, un spectacle « Les mots s’improsent » qui reprend en France comme en Belgique, des chroniques en radio, des vidéos qui apaisent… Voici deux jeunes artistes belges qui donnent furieusement envie de croire en demain et d’embrasser aujourd’hui …

Paris Match. Vous êtes tous les deux auteurs. Qu’est-ce qui prime ? L’écriture ou le texte ?
Bérangère Mc Neese : Avec des parents qui m’ont toujours encouragée à lire, les mots font entièrement partie de ma vie. Mais comme je me suis dirigée assez vite vers le cinéma, le quotidien et l’expérience m’intéressaient plus que le texte. La révélation des mots m’est venue par mes cours de théâtre à Paris. Il faut savoir que j’ai aussi suivi des études de journalisme.
Félix Radu : J’ai été un enfant timide, maladroit, j’avais du mal à trouver mes mots et le sentiment d’être trop excessif en tout. J’étais très en colère car dans l’incapacité de comprendre le monde. J’ai lu « Les Contemplations » de Victor Hugo et là, non seulement je comprenais ce qu’il disait mais je voulais faire pareil. J’ai ensuite découvert le théâtre et cette impression que j’étais davantage dans la vie sur une scène ou en écrivant que dans le réel. En fait, l’excès de sentiments devient la norme dans la littérature. C’est quand ça brûle qu’on est vivant.

Vous avez suivi, notamment, le Cours Florent à Paris. Une formation théâtrale est-elle un passage obligé ?
Bérangère McNeese : Au début de mes cours, j’étais paralysée, je me sentais incapable d’apporter quoi que ce soit à un texte qui me semblait parfait en soi, avant de pouvoir le considérer comme un formidable outil d’expression. Je n’ai plus fait de théâtre durant 10 ans et ne suis remontée sur les planches qu’en 2019. Quand j’écris un scénario, je n’ai pas l’impression de faire de la littérature mais plutôt d’essayer de décrire un sentiment, une scène, dans une démarche très personnelle.
Félix Radu : La formation théâtrale me paraît à la fois essentielle et dérisoire. Je pense qu’on naît comédien ou auteur. Rainer Maria Rilke disait « Au lieu de vous demander si vos textes sont bons, demandez-vous si vous mourriez dans l’incapacité d’écrire ». Un cours de théâtre ne va jamais créer un comédien mais plutôt l’aider à mieux appréhender son art, ce qui demande de la structure, du travail, de la sueur. Jacques Brel disait « Le talent c’est d’avoir des idées ».
Bérangère McNeese : J’adore, tu cites Rilke et Brel comme ça ! J’aimerais tellement pouvoir le faire avec autant d’aisance. Je suis d’accord avec Félix, les formations vous en apprennent plus sur vous que sur le métier. D’où la nécessité d’en sortir et de toucher à autre chose. Mas il reste qu’on y fait de belles rencontres et des amitiés fondatrices.

Écrit-on pour être acteur de sa propre vie, sans devoir attendre le désir d’autrui ?
Félix Radu : C’était ça ou rien. J’étais tellement malheureux de na pas pouvoir communiquer avec les autres. Je ne comprenais pas pourquoi les gens étaient si raisonnables, mesurés, contents alors que le monde me chagrinait. Comment pouvait-on être d’accord avec le fait de mourir ? L’écriture représentait un besoin aussi fort que celui de respirer.

Félix Radu : « Il ne faut pas se bâtir des rêves à la mesure de notre condition mais se lancer des défis énormes. »

Bérangère McNeese : J’ai ressenti ce même type de besoin en tournant très tôt, enfant, dans des pubs et en décidant, dès la fin de mes études, de partir à Paris. Comme Félix, j’observais le parcours très sage des gens autour de moi alors que tout ce qui relevait de la raison me semblait triste. Mais la vie de comédien est bizarre. Vous pensez débarquer en France, croiser Audiard dans la rue et décrocher un César à 18 ans mais les choses ne se passent pas comme ça, et pourtant j’ai beaucoup travaillé au cinéma comme en TV.
Félix Radu : Je pense être un grand naïf. Il est arrivé pas mal de choses dans ma vie grâce à mon audace. Ma toute première scène s’est passée avant un spectacle des Frères Taloche, j’avais 15 ans. Je leur avais envoyé un message auquel ils avaient répondu un vague « oui » … Que j’ai pris au pied de la lettre en me pointant le jour dit, persuadé d’avoir reçu une réponse ferme et précise ! J’ose des trucs parfois fous sans m’interroger. Il ne faut pas se bâtir des rêves à la mesure de notre condition mais se lancer des défis énormes pour ensuite réfléchir à la manière de les concrétiser.

Bérangère: Robe Diane von Fustenberg, chaussures Louboutin, bijoux dinh van. Félix: pantalon et pull Lacoste, chaussures Veja. Coiffure/makeup – grooming par Hicham Saghrou pour le salon Velasquez. © Ganaëlle Glume

Est-il important de réhabiliter les grands auteurs auprès des jeunes ?
Félix Radu : Là se situe toute ma démarche, je suis absolument passionné par ces auteurs et j’ai envie de transmettre cette passion. Désolé, j’ai encore envie de vous livrer une citation, celle d’Alfred de Musset « Est-ce vieux que d’être immortel ? ».
Bérangère McNeese : C’est tellement juste et me fait penser aux auteurs qu’on lisait à l’école comme Maupassant. Ses descriptions étaient datées, dans un contexte éloigné du nôtre, et pourtant représentent des expériences humaines universelles. Il ne faut pas figer les grands auteurs. Adolescente, j’avais des vers de Baudelaire écrits sur les murs de ma chambre, au grand désespoir de mes parents. L’art est un partage.

Comment avez-vous vécu le confinement ?
Bérangère McNeese : J’ai un besoin absolu de remplir mes journées à ras-bord, le vide m’angoisse, alors le confinement… Comme je venais d’obtenir l’aide à l’écriture pour mon premier long-métrage, j’ai pensé en profiter pour créer, l’occasion était parfaite. Mais ce sont les échanges et les situations qui nourrissent ma création et je m’en trouvais coupée. Alors j’ai regardé des vieux films et j’ai surtout décidé de lâcher prise, d’être plus douce avec moi-même. Quelque part, j’ai trouvé supportable d’être à l’arrêt en même temps que le monde entier, Il n’y avait rien à rater puisqu’il ne se passait rien.
Félix Radu : J’ai très mal vécu les premiers jours, tout s’effondrait, la scène, des projets de théâtre et de télé… C’est déjà difficile d’être soi dans un monde actif, alors à l’arrêt ! J’ai regardé Netflix en mangeant de la glace et, heureusement, ma production m’a poussé à réfléchir, j’ai repensé mes capsules TV en les filmant dans ma chambre pour You Tube. France TV m’a remarqué, on m’a proposé des Cartes blanches pour la RTBF… Je me sentais inutile et puis les choses se sont débloquées.

Bérangère: Robe Diane Von Furstenberg et chaussures Louboutin, bijoux dinh van. Félix: pantalon H & M. Coiffure/makeup – grooming par Hicham Saghrou pour le salon Velasquez. © Ganaëlle Glume

Qu’il y a-t-il de plus belge en vous ?
Bérangère McNeese : Aux USA, il existe un sentiment patriotique, celui de faire partie d’une nation, même chose en France. En Belgique, il y a plutôt une faculté à être constamment et sincèrement émerveillé de ce qui nous arrive combiné à un syndrome d’illégitimité, ce qui nous confère une certaine fraîcheur. Mais je ne supporte plus la phrase « J’adore les Belges » !
Félix Radu : Mes potes à Paris me disent qu’on est vraiment trop fort nous les Belges, je leur réponds juste qu’on garde les mauvais pour nous ! Un artiste ne peut faire qu’avec ce qu’il est et le Belge vit dans un pays particulier, multiculturel, où il suffit d’u heure de route pour avoir l’impression d’être à l’autre bout de la planète. Le Belge se construit de travers et c’est formidable.
Bérangère McNeese : « Adolescente, j’avais des vers de Baudelaire écrits sur les murs de ma chambre. »

Un souvenir ému ?
Bérangère McNeese : Le fait d’avoir su générer un sentiment fédérateur, comme avec mon court-métrage « Matriochkas », et d’avoir pu partager cette émotion avec les spectateurs.
Félix Radu : Recevoir des messages de jeunes gens tenant le même discours que le mien à leur âge et ne sachant pas que faire de leur vie. Je leur réponds : « Tous tes défauts d’enfant deviendront tes plus belles qualités d’adulte. Si tu te sens à côté, c’est bien aussi ». Mes parents ont mis du temps à me comprendre, même si aujourd’hui ils sont mes meilleurs amis.

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