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Fake for real : mensonges et contrefaçons de l’Antiquité aux fake news

Quelques pièces exposées au coeur de cette exposition accessible durant tout le congé de carnaval. | © Maison de l'histoire européenne

Art et Scène

L’exposition Fake for real se tient actuellement à la Maison de l’histoire européenne à Bruxelles. L’imposture, la falsification, la construction de mythes remontent à fort loin dans notre histoire. Parfois pour un semblant de meilleur, le plus souvent pour le pire… De la damnation de la mémoire, chère aux Romains de l’Empire, aux bulles des réseaux sociaux : plus de 2 000 ans de mensonges à découvrir.

Par Laurent Depré

Que relie une statue de marbre des temps antiques volontairement défigurée et une extravagante histoire d’enfant crucifié en Ukraine en 2014 ? Le simple fait d’inventer ou d’effacer une histoire. Dans le cas du portrait de l’Empereur romain Geta, mis à mort par son propre frère avec qui il était supposé regné en l’an 211, il s’agit ni plus ni moins de la volonté d’effacer toute trace de l’existence du « rival » dans le domaine public. Pas de souvenir visuel, pas d’existence passée… Dans le cas de l’enfant de trois ans supposément crucifié de manière cruelle, récit relaté et relayé par plusieurs médias russes, la volonté de désinformer dans un conflit armé. C’est ainsi que cette exposition Fake for real s’ouvre et se referme.

« Cette expo vise à mener vers une réflexion sur le pourquoi de la diffusion de mensonges dans notre histoire mais elle appelle aussi à prendre conscience de nos propres capacités à accepter d’être trompés pour sublimer une certaine réalité » explique Joanna Urbanek, commissaire d’exposition. Vous voulez un exemple très simple ? L’exposition nous le démontre très clairement. En faisait cohabiter, dans la même pièce, un magnifique reliquaire du 13e siècle ayant soi-disant contenu le lait maternel de la vierge Marie et une petite boîte contenant une mèche de cheveux de Lady Di acquise sur Internet pour un prix exhorbitant…

 

Une photo déchirée… Manque le marié sur le cliché, activement recherché par la police politique en Roumanie dans les années 50. On a coupé la photo sans ménagement pour pouvoir reconnaître l' »ennemi » du pouvoir en place… ©Maison de l’histoire européenne

L’histoire du continent européen regorge de mensonges poursuivant un tas d’objectifs précis. Et chaque époque trouve d’ailleurs ses esprits critiques pour remettre en question ce qui n’était que grossière affabulation ou tromperie éhontée. Le plus gros fake du Moyen-Âge est probablement La donation de Constantin. En deux mots, il s’agit de deux documents faussement datés du 3e siècle et utilisé par l’Eglise à la fin du premier millénaire pour asseoir son pouvoir et garder ses territoires. C’était sans compter sur un théologien du 12e siècle qui pointa de nombreuses incohérences et erreurs d’époque présentes dans cette « Donation ».

Fake for real est divisé en six thématiques: régner et prier, comprendre le monde (diffusion massive via l’imprimerie), unir et diviser, la guerre et le profit. Enfin, notre époque actuelle est elle aussi interrogée avec l’ère de la post-vérité.

Au total, seize cas précis sont étudiés avec de riches documents, des objets, des reliques ou des peintures d’époque. Le grand intérêt, selon nous, est de constamment créer du sens et des liens avec notre époque. Il est vrai que finalement peu de chose sépare l’imposture d’un Georges Psalmanazar au 18e siècle qui inventa de A à Z toute l’histoire d’un peuple en Asie et nos contemporains qui filment des ovnis dans le ciel. Cela participe à la même envie de fantasmer ou de rêver un monde « inaccessible ».

 

Dans cette partie de l’exposition, on peut voir des cartes de pays inventées et de fausses sirènes… ©Maison de l’histoire européenne

Une exposition qui parlera sans doute davantage à un public adulte et aux ados. Un peu moins probablement aux jeunes enfants qui ne trouveront leur compte qu’en toute fin de visite (Ndlr: un peu plus « multimedia »). Cependant Fake for real se base sur des cas très concrets et des histoires passionnantes à chaque moment de notre histoire depuis l’Antiquité. Une bonne manière donc pour eux aussi de comprendre qu’il faut toujours exercer son esprit critique, en tout temps !

INFOS

L’exposition temporaire Fake for real est ouverte, dans le respect des règles sanitaires et de distanciation sociale, les vendredi, samedi et dimanche de chaque semaine. Pour le congé de carnaval, la Maison de l’histoire européenne sera ouverte toute la semaine du 15 au 20 février. 

 

©Maison de l’histoire européenne
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