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Thomas Poitevin : De sa cuisine à la scène

Thomas et ses perruques, au TTO à Bruxelles les 11 et 12 octobre 2021 et du 2 au 12 février 2022. | © DR

Art et Scène

Ses personnages nous ont tenu compagnie durant tout le confinement grâce à ses vidéos désopilantes. Une belle rencontre sur fond de solitude entre un public en mal de rires et un auteur et comédien d’une rare justesse de ton. Thomas et ses perruques débarquent en Belgique au TTO. À prescrire d’urgence.


Hélène, la bourgeoise débordée, Caroline, bavarde esseulée, Papy Daniel, grand-père égoïste… On en redemande et le succès immense et mérité de ses posts sur les réseaux sociaux débouchent sur un spectacle pour lequel trépignent les fans. Échéance fatidique pour Thomas Poitevin : fabriquer assez de perruques et bien les entretenir ! « Certaines sont carrément en réanimation mais je ne peux pas les remplacer, elles sont trop liées aux personnages ».

Paris Match. Ce spectacle est-il comme l’aboutissement du travail que vous avez partagé avec nous depuis un an et demi ?
Thomas Poitevin. Je ne nie pas que ça me met une certaine pression mais je m’arrange pour qu’elle ne soit pas énorme même si je crains parfois que les gens m’oublient du fait que je poste moins. Je n’avais jamais connu une telle exposition. J’ai toujours réussi à créer et à vivre de mon art en tant qu’intermittent du spectacle mais dans une semi-confidentialité. Le fait de réaliser des vidéos avec mon iPhone m’a beaucoup aidé à surmonter toute cette période, j’ai vraiment pu tester le bon côté de ce drôle de machin que sont les réseaux sociaux. Un vrai lien s’est créé. Mais il était temps que je recroise les gens, que je les observe, il ne fait pas bon rester trop dans sa cuisine ! La fermeture des restaurants a été très dure au niveau créatif, c’est mon terrain d’observation. Je suis un flâneur, je prends le temps d’écouter et de choper les petites perles qui passent à ma portée.

« J’aime les situations dures mais je me dois d’y insuffler un milligramme de tendresse »

Comment faire vivre tous ces personnages sur scène ?
Pour certains, c’est très facile, ils bougent beaucoup, occupent l’espace. Mais d’autres sont plus statiques. Sur scène, il faut en fait trouver l’équivalent du gros plan. Je demeure avant tout un auteur et certains personnages n’existent que par la parole. Le verbe reste le gros muscle de ma démarche et mon interlocuteur est le public.

Vous décrivez volontiers des caractères désarmés, qui « se la racontent », parfois excessifs et pourtant si familiers.
Les gens désagréables me font rire aussi. J’aime les situations dures mais je me dois d’y insuffler un milligramme de tendresse car le public le ressent. J’essaye de le faire avec tous mes personnages. Laurence, agent de spectacles, ne vit que pour et à travers le théâtre. Même Papy Daniel peut avoir une seconde d’humanité. J’avoue, certains sont de vraies têtes à claques. C’est de bonne guerre, quand c’est drôle c’est drôle.

Comment on fait avec soi et les autres ? Ce pourrait-être la définition de votre spectacle et de votre démarche ?
Mon précédent spectacle se nomme « Les Désespérés ne manquent pas de panache ». Il y a une certaine mélancolie dans ce que j’écris. Je dépeins toujours des gens qui essayent : de communiquer, de s’en sortir, de vivre. Les vraies grandes tragédies de l’existence concernent des gens enfermés, qui renoncent.

Thomas et ses perruques, au TTO à Bruxelles les 11 et 12 octobre 2021 et du 2 au 12 février 2022. http://www.ttotheatre.com/

 

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