Paris Match Belgique

Une adaptation de 1984 au théâtre crée le malaise

Ce n'est pas la première fois que le roman d'Orwell est adapté sur scène. Ici, à la Royal Opera House de Covent Garden, en 2005. | © EPA/ALASTAIR MUIR

Scène

À Broadway, l’adaptation théâtrale de 1984 provoque des bagarres, des évanouissements et autres malaises chez le public. Normal, la pièce est faite pour choquer.

 

« La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance est une force ». Les mots de George Orwell dans 1984 semblaient absurdes à leur parution, en 1949. Mais force est de constater que certains des préceptes de Big Brother semble prendre petit à petit vie, ici et là en ligne et à travers le monde. C’est la réalité féroce que dépeint le livre, faite d’attentats, de surveillance organisée et de mouvements extrêmes qu’ont voulu porter sur une scène de Broadway Robert Icke et Duncan Macmillan. Et manifestement, les deux hommes de théâtre y sont arrivés, puisque la pièce provoque depuis pas mal d’émois.

Lors de la première, les médias américains rapportent que plusieurs personnes auraient invectivé les comédiens, se seraient battu, se seraient évanoui ou auraient vomi. En cause, une mise en scène violente car hyper-réaliste. Torture impliquant des rats, sang par litre et électrocution en direct jalonnent l’adaptation de la nouvelle d’Orwell. « Ce n’est pas avant de nous retrouver devant le public, quand j’ai vu et entendu les gens réagir, que je me suis rendu compte à quel point c’était puissant », raconte au Hollywood Reporter l’acteur Reed Birney, qu’un spectateur a par ailleurs interpellé en direct pour mettre fin à une scène de torture.

Cela signifie que le public est physiquement et émotionnellement mal à l’aise.

« Je ne suis pas surprise, à partir du moment où cette expérience est unique, riche et immersive », explique Olivia Wilde, l’une des comédiennes, qui était également l’une des médecins de Dr. House. « Cela permet une empathie viscérale, et cela signifie que le public est physiquement et émotionnellement mal à l’aise ». L’actrice de Tron s’est elle-même particulièrement investie dans l’« expérience », puisqu’elle s’est cassée le coccyx et disloquée une côté durant les répétitions générales.

Lire aussi > 20 ans plus tard, Harry Potter arrive encore à nous surprendre

L’affiche de la pièce.

Status quo et engagement

Le Hollywood Reporter donne davantage de détails quant à la mise en scène de la pièce, qui implique ainsi « des effets spéciaux comme des stroboscopes, des blackout soudains et des bruits de marteaux-piqueurs ». L’un des deux metteurs en scène s’explique : « Nous n’essayons pas d’être volontairement agressifs ou de choquer les gens gratuitement, mais il n’y a rien de montré ici ou de décrit dans le roman qui ne se déroule pas en ce moment même, quelque part dans le monde ». « Des gens sont emprisonnés sans procès, torturés, et exécutés », ajoute Duncan Macmillan.

On suppose que le théâtre est toujours un lieu sûr et confortable.

Alors que la pièce est interdite aux moins de 13 ans, deux des comédiens ont remarqué la présence d’une petite fille de sept ans dans la salle, lors de la première. Pour Robert Icke, l’évènement est représentatif du manque d’audace de Broadway aujourd’hui : « Cela prouve à quel point notre forme d’art est devenu ‘middle-class’ et boiteux (…) On suppose que le théâtre est toujours un lieu sûr et confortable : ce n’est jamais effrayant (…) [La pièce] est faite pour vous frapper fort, alors prenez l’avertissement au sérieux », a-t-il confié au Hollywood Reporter.

Lire aussi > Du hip-hop à Bozar : un choc des cultures qui réveille la tentation de l’entre-soi 

1984 avait fait partie des meilleures ventes de livres après l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. « Si les gens ne tombent pas dans les pommes, j’espère qu’ils se rappelleront notre pouvoir en tant que citoyens, et notre responsabilité d’humains, les uns envers les autre », conclut le comédien Reed Birney.

 

 

 

CIM Internet