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Fabrice Eboué: « J’essaie de rester moi-même avec mon humour clash et sans limite »

Je ne pensais pas du tout faire ce métier. | © Belga

Art et Scène

L’humoriste français s’est prêté avec plaisir à notre jeu de questions-réponses pour un entretien en toute franchise.

Réalisateur, comédien, humoriste, Fabrice Eboué possède plus d’une corde à son arc. Représentant de l’ancienne génération comme il aime le dire, il sera sur la scène du Voo rire à Liège le 21 octobre prochain. Dans une interview exclusive, il revient sur son parcours et sur son nouveau spectacle, « Adieu demain », qu’il considère comme le plus abouti de sa carrière.

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Avez-vous toujours voulu faire de l’humour ?

« Quand j’étais plus jeune les comiques connus il y en avait peu, donc je ne me prédestinais pas du tout à cette profession. Après j’ai toujours aimé faire rire, ma scène c’était l’école. De manière complètement fortuite, je suis arrivé à faire des scènes ouvertes à Paris avec un ami et c’est comme ça que je suis rentré dans le milieu. Mais à l’époque, je refusais encore de me dire que j’allais devenir comique, je trouvais ça complètement ridicule. En fait, je ne savais pas ce que je voulais faire, je faisais ça pour m’amuser. Mon père est gynécologue, mon frère a suivi ses pas, ma petite soeur aussi, donc on était un peu tous prédestinés à ce métier. Mon père a essayé de m’y encourager, mais voilà j’ai préféré faire un pas de côté. »

Sur scène vous osez rire de tout. N’est-ce pas trop difficile de flirter avec les limites « de l’autorisé » ?

« Dans mes spectacles j’essaie de donner une ambiance d’apéro entre potes. Je pense que lorsque l’on est bienveillant il n’y a pas de souci, on peut rire de tout. C’est vrai que par moment j’ai du mal à regarder certains de mes anciens sketchs parce que je me dis que c’est trop cliché, mais on évolue tous. Mon nouveau spectacle, le quatrième médiatisé, est le plus abouti, il y a une vraie épaisseur. Quand je rigole de tout je ne me travestie pas, j’aime avoir du recul. Une vanne soit elle est drôle, soit elle ne l’est pas et elle peut alors être maladroite. Je ne me suis jamais senti en danger en faisant une blague, avec le métier on apprend à gérer la maladresse, mais on n’est jamais à l’abri d’une petite erreur. Heureusement, n’y a rien de grave, un humoriste peut rater sa blague comme un boulanger peut rater son pain. C’est vrai qu’aujourd’hui avec les réseaux sociaux, les choses peuvent vite prendre de l’ampleur. Mais vous aurez remarqué que je ne suis quasi pas sur ces nouveaux outils. J’essaie de rester moi-même et de proposer un humour clash sans limite. »

Les réseaux sociaux n’ont pas l’air d’être votre tasse de thé comme vous le dites. Pourquoi ?

« Les gens qui travaillent avec moi me forcent à les utiliser pour communiquer. Je le fais deux jours pour leur faire plaisir et puis j’arrête. Je ne peux pas faire semblant. Je comprends la nouvelle génération qui est née là-dedans, mais je ne suis pas quelqu’un qui fait ce métier en calculant les choses. Ce qui m’intéresse c’est la liberté, et justement je trouve que le fait qu’on ait toujours des comptes à rendre sur les réseaux sociaux, c’est une forme de privation de liberté. Je ne dis pas qu’on était mieux avant, mais c’est un outil que je ne maitrise pas. Quand j’étais jeune je me filmais et enregistrais des petits sketchs sur des VHS et après je ne les montrais qu’à mes proches. J’aurais adoré à l’époque pouvoir les mettre sur YouTube et toucher un public bien plus large. Les réseaux sociaux sont tout de même un accélérateur incroyable, mais je ne les maitrise pas et je ne pense pas que cela va changer (rires). »

Vous dites que vous vous sentez plus proche d’un homme âgé de 80 ans que de votre âge réel (ndlr: 45 ans) ?

« Aujourd’hui, il y a deux générations: ceux qui sont nés avant l’ère digitale et les autres. Cela crée un véritable fossé. Par exemple, avec mon fils on joue aux échecs mais lui il aura plus tendance à le faire sur un écran. Alors qu’une personne de 80 ans va dépoussiérer son jeu d’échec. C’est une autre époque, je me retrouve dedans et j’aime ça. »

C’est pour cette raison que vous avez appelé votre spectacle « Adieu hier » ?

« Oui tout à fait, et je ne l’ai pas appelé ‘C’était mieux avant’, car ce n’est pas le cas. Mais effectivement, l’ère digitale cumulée au Covid-19 a tout accéléré. Aujourd’hui on quitte le monde d’hier. Toutes ces personnes âgées qui ont perdu la vie avec la crise du coronavirus c’est quelque part un symbole de ce monde d’hier qui disparait pour découvrir quelque chose de nouveau. C’est pour cette raison que je ne reviens pas sur cette période dans mon spectacle. Le coronavirus a vidé les salles pendant deux ans et je ne pense pas que les gens viennent au théâtre pour en réentendre parler. J’essaie de revenir sur cette période très particulière où les contacts humains disparaissent au profit du fameux numérique et je pense que mon travail de comique c’est de rire de tout ça avec bienveillance. »

Aimeriez-vous remonter sur scène avec d’autres comédiens comme à vos débuts ou préférez-vous être seul ?

« Je suis comme tous les artistes de one-man show, très égocentrique. J’ai pris goût à être sur scène avec un public à moi, mais cela n’a pas de sens. Etre seul sur scène à la base personne ne le faisait, le théâtre est fait pour partager et pour écrire des dialogues. Je vais souvent au théâtre, j’en ai envie, je ne sais pas encore sous quelle forme et quelle sera ma capacité de partager avec les autres mais c’est un autre exercice qui est super intéressant. Cela permet d’exploiter d’autres ficelles de l’humour et cela n’a pas de prix. Je le ferai à un moment ou un autre c’est sûr. »

Vous avez déjà plusieurs films à votre actif, le dernier, Barbaque, date de 2021. Est-ce que vous planchez déjà sur la réalisation du suivant ?

« Je ne le fais pas exprès mais en général je tourne un film tous les trois ans. Je l’écris, je le réalise et je joue dedans donc ça me demande pas mal de temps et de boulot. Le plus important est de trouver une idée porteuse qui me plait. Je vais tourner un nouveau film au printemps, et j’ai déjà une idée en tête pour le suivant mais je ne sais pas si je la concrétiserai. Je dis toujours qu’un scénario est fait pour finir à la poubelle chez moi. Ce n’est pas parce que j’écris quelque chose que je vais le tourner. Donc je suis assez lent ».

Que pensez-vous de l’humour belge ?

« Je suis un grand fan. Je trouve que le Belge a beaucoup plus de liberté que le Français, il est moins écrasé par l’apparence et l’image. Il y a du panache chez le Belge. L’un de mes films de chevet est C’est arrivé près de chez vous avec Benoît Poelvoorde. Selon moi, c’est à la fois un film et un one-man show. S’il voulait un jour jouer dans l’un de mes films ce serait avec plaisir mais il faudrait trouver un rôle adéquat bien sûr. « 

Aujourd’hui, est-ce que l’on se moque encore des Belges dans le domaine de l’humour ?

« Je pense que cela date, cela remonte aux années 80. Aujourd’hui on est plutôt deux pays jumeaux. Je le vois car en général mes spectacles ont du mal à s’exporter mais quand je vais en Belgique j’ai à peine besoin d’adapter les choses. Nous avons les mêmes références. »

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