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Portraits flamboyants, collages baroques, containers d’enfer, jolie taxidermie… : la nouvelle expo du collectif BrAMS

Dans la 2e expo du collectif d'artistes BrAMS, Jean-Paul Masse de Rouch (JPMDR) expose quelques oeuvres. Ici, "Calas", foulard de soie dans cadre en bois. L’ancien diplomate européen est, avec Yogorland et Fabio Denker, à l’origine de ce collectif lancé en pleine crise sanitaire pour induire une « une réaction positive, énergique, légère et heureuse au contexte ».

Art et Scène

C’est pop en diable, pimpant, piquant, mordant. Le collectif d’artistes BrAMS– Bruxelles, Athènes, Marseille, Santa Cruz – expose à Ixelles, dans une maison de maître.

Pour cette deuxième expo commune, les chevilles ouvrières de la première heure – Fabio Denker, Jean-Paul Masse de Rouch (alias JPMDR) et Yorgo (alias Yorgoland) – ont convié Serge Vankerck, Pascal Bernier, Didier Engels, Pascal Duquenne et Denis Meyers.

Nous sommes allés au vernissage de ces artistes complémentaires qui partagent joie baroque, fantaisie, onirisme et une réjouissante liberté. D’entrée, on est happé par les tableaux grand format de Serge Vankerck. Un artiste discret, réservé à l’extrême, dont c’est la première exposition. On reconnaît, parmi les œuvres de cet autodidacte, qui est passé de l’abstraction à la figuration, ce portrait de Sébastien Ministru, son compagnon. Regard intense. Traits burinés. Un intemporel qui fige les traits dans une profondeur nimbée d’une sourde détermination. Ce dernier s’était inspiré de Serge Vankerck pour brosser, dans son excellent premier roman, Apprendre à lire (Grasset) le portrait d’un peintre nommé Alex. Serge a quant à lui conçu des tableaux aussi pour des spectacles écrits par Sébastien Ministru et mis en scène au Théâtre de la Toison d’Or. Pour la pièce Excit notamment, il avait réalisé une fresque géante faite de 18 tableaux organiques, des parcelles de corps évoquant la fragmentation physique, ces zooms du cinéma pornographique. Pour Psy (co-écrit par Sébastien Ministru, Laurence Bibot, Juan d’Oultremont et Marc Moulin), il avait créé quelques grands formats évoquant le domaine de la psychanalyse.
Son projet pictural est, explique sa bio, « focalisé sur l’idée de famille – la sienne, mais aussi celles formées par les ami.e.s, les animaux et même les célébrités si loin mais si proches de nous ». On y trouve d’ailleurs ce portrait d’oiseau à la fois étrange et quotidien, agréable et gênant, vif et un peu inquiétant, familier et évocateur d’une forme de paradis perdu. Sous les couleurs franches, derrière les traits plutôt nets et les contrastes marqués, on soupçonne un univers grisé, nuancé, plus flou, à la fois dur et doux.

 

Portrait de Sébastien Ministru par Serge Vankerck dont c’est la toute première exposition. Un artiste autodidacte et trop discret. Passé le l’abstraction à la figuration, il cultive la notion de famille au sens large.

Dans un coin de la maison, sur la gauche, l’oeil est attiré par un « corner » kistch à souhait, qui rappelle confusément certains films d’horreur des seventies. Une petite pièce vouée à la poupée Candy. Collection privée, avec les accessoires et les emballages, indispensables.
Jean-Paul Masse de Rouch (JPMDR) expose plus loin ses collages flamboyants– clichés, papier, textiles -, et ces écharpes en soie présentées dans des cadres de bois soulignés de néons de formes variées et une collection-capsule de tapis. L’ancien diplomate européen, économiste et juriste de formation, s’inspire notamment de ses voyages.
Il est, avec Yogorland et Fabio Denker, à l’origine du collectif d’artistes BrAMS, lancé en pleine crise sanitaire pour induire une « une réaction positive, énergique, légère et heureuse au contexte ». Le collectif, qui annonce un message « de liberté, de modernité et de poésie » se perçoit « comme lointainement lié au mouvement COBRA né à la fin des années 40 et dont le graphisme, la couleur et la référence aux dessins enfantins étaient constitutifs. » La première expo de BrAMS avait eu lieu il y a un an au Sablon.
JPMDR est aussi l’auteur de Vie privée, une biographie récemment actualisée d’Elvis Pompilio. Ce dernier prépare avec les créatrices de Local Fatal, un défilé qui aura lieu durant le Week-end Fashion Show et Shopping dans le même hôtel de maître ixellois, les 8 et 9 octobre prochains.

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Dans cette expo de BrAMS, on retrouve aussi, dans le désordre, les portraits de femmes en noir et blanc de Pascal Duquenne, acteur fétiche de Jaco Van Dormael, formé au Créahm. Le travail de Yorgoland, qui mixe clichés, tons pimpants et souvenirs d’enfance « comme le ferait un DJ », avec des héros de dessins animés ou séries télé, politiciens et membres de familles royales. Et les œuvres de Denis Meyers, d’inspiration urbaine. Il compte des collaborations avec des entreprises privées (Alfa Roméo, Duvel, Eastpack..) et des engagements dans des œuvres caritatives comme Sauvez mon Enfant ou la Plateforme Prévention Sida.

La naturalisation en obsession

Le travail de Pascal Bernier relève « de la nature morte et de la vanité, de la taxidermie et de l’art mortuaire » et propose un « questionnement autour de la nature humaine ». Les animaux en personnages centraux, empaillés, écorchés, sont ainsi à la fois désincarnés et immortalisés par l’homme qui les a réduits au rang d’objets malléables d’ultime trophées. Derrière ces images, c’est la société qui est dénoncée, cette grande création humaine, industrialisée, qui empiète sur la nature, la réduit en charpie avec cette ambition furieuse la dominer pour mieux la modeler. La sculpter pour en tirer profit. Les œuvres de Pascal Bernier nous prennent à la gorge, provoquent ce malaise du voyeur, ou celui, occasionnel, du chasseur qui glisserait en mules sur sa peau de tigre et se figerait en imaginant l’être qu’il fut. La chauve-souris garnie d’un pin Batman met en lumière, derrière la naturalisation obsessionnelle, la taxidermie à tout crin, l’absurdité et les limites d’une ambition humaine démesurée. En poussant les choses davantage, le spectateur s’emballe. L’art de préparer les animaux morts pour les conserver avec l’apparence de la vie est une technique ancestrale. Elle pourrait, avec l’évolution de la science ou du moins un peu d’imagination, révéler, qui sait, d’autres usages, d’autres moyens de domination, d’autres esclavages.

Taxidermie de chauve-souris avec pin Batman, de Pascal Bernier.

Au premier étage à gauche se trouvent les créations de Fabio Denker, l’un des fondateurs du collectif. Originaire de Santa Cruz en Bolivie, il s’installe en Europe et suis une formation à l’École de recherche graphique (ERG) de Bruxelles. Il s’imprègne de la « culture picturale européenne, celle de la Renaissance notamment ». Il se lance dans la « communication visuelle, entre l’impression et dessins » et collabore notamment à la création de foulards pour le couturier Oliviers Strelli. Dès 2020 il plonge dans la création artistique à temps plein, dont ces toiles graphiques à la peinture acrylique, basées sur des dessins réalisés sur papiers et testés en mode digital.

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A l’étage toujours, les oeuvres de Didier Engels, « actif dans le textile » avant de devenir photographe, nous emballent littéralement, nous transportent du plus grand au plus petit, et vice-versa. Ce sont d’énormes panneaux, assemblages de photos aériennes de containers, réunis par gammes de couleurs. Chaque être est aujourd’hui indirectement lié à ces transports maritimes, à ces containers qui voguent de mer en mer et sont captés à distance par l’objectif. Avec ces associations de formes, ces liens chromatiques aussi, et des objets parfois détourés, Didier Engels fait glisser l’œil du concret, le container en détail, vers l’abstraction d’une vision plus ample. Du minuscule vers le global, synthèse de la société de consommation qui sous-tend l’existence.

 

Les photos de containers maritimes, ces outils dont la société est devenue tributaire, immortalisés et mis en scène par Didier Engels.

 

BrAMS Numero Due, jusqu’au 20 octobre 2022, chaussée de Boendael 388, 1050 Ixelles. Les samedis et dimanches de 13 à 16h, sur rdv. https://www.BrAMS.art/
L’expo sera rythmée par divers événements orchestrés par les talents du collectifs, dont un happening le 29/09 et un « week-end Fashion Show et Shopping » les 8 & 9/10. Le 8/10 : défilé en collaboration avec les créatrices de Local Fatal & Elvis Pompilio.

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