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Martin Charlier, alias Kiki l’innocent: « J’aimerais refaire des grands films comme Louis de Funès » [VIDEO]

"Le personnage de Kiki a été une explosion." | © D.R.

Art et Scène

C’est avec un grand sourire et sa bonne humeur traditionnelle, que l’humoriste a répondu à nos questions. Interview.

 

Connu dans tout le pays pour son rôle de Kiki l’innocent, le plus grand supporter belge, Martin Charlier vient de fêter ses 15 ans de scène au VOO Rire festival.

N’est-ce pas trop difficile de se détacher de l’image de votre personnage emblématique, « Kiki l’innocent » ?

« Maintenant ça va. C’est vrai qu’au début j’ai eu un peu le problème, mais j’ai été très vigilant. Kiki est apparu en 2013 et même si je faisais déjà de l’humour, l’apparation de ce personnage a vraiment était puissante, une vraie explosion. Je connaissais d’autres artistes qui s’étaient retrouvés coincés dans un rôle comme cela et je ne voulais pas que cela arrive. J’ai donc fait très attention en continuant à jouer d’autres personnages et pour cela le Grand Cactus (ndlr: émission humoristique dans laquelle il collabore quotidiennement) m’a vraiment aidé. Aujourd’hui, je dirai même que je suis plus célèbre pour mon personnage de Luc Noël, celui qui anime l’émission Jardins & Loisirs. « 

Comment expliquez-vous le succès de ce personnage en particulier ? 

« Car on s’est intéressé artistiquement à une tranche de la population que nous n’avions jamais abordée jusque-là: les supporters. Ils sont vraiment très nombreux et pourtant toutes les émissions qui traitent du foot se la jouent un peu intelectuelles. Alors c’est une bonne chose, mais on oublie parfois les vrais supporters qui sont prêts derrières le bar (rires). Du coup, je suis un peu devenu le représentant de ces gens là, le fou du roi en quelque sorte. Et c’est quelque chose qui a plu, je suis devenu une mascotte aux yeux du Standard. Et puis surtout, cela a correspondu avec le come-back des Diables Rouges au devant de la scène en 2014. »

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Est-ce que Kiki suivra la Coupe du monde cette année ?

« Je ne me suis pas encore complètement positioné, j’ai des doutes. Je sais que certains ont parodié le fait que je sois indécis, mais le questionnement est intéressant. Faire passer ce message à travers Kiki qui a le foot en intraveineuse est d’autant plus fort, car il n’y a qu’une chose plus importante pour lui: la vie elle-même. C’est vrai qu’avoir une Coupe du monde au Qatar c’est très bizarre, pour des raisons humaines, sportives et écologiques. Ce n’est pas un pays de foot. Alors oui on peut se dire pourquoi ne pas avoir pensé comme cela pour la Russie ou le Brésil, mais c’est un raisonnement que je n’aime pas. Cela veut dire que dès que je suis né j’étais supposé m’engager. À un moment donné on se positionne et cette cause me semble importante. Je vais bientôt me décider. C’est dur pour moi car si je boycotte la Coupe cela veut dire pas de match, pas d’album Panini… Je pense que je vais faire un compromis : je ne regarde aucun match sauf si on joue contre la France, car il y a quand même des priorités. »

Vous venez de monter sur la scène du VOO rire festival pour présenter votre nouveau spectacle, « Donneur de leçon ». Cela a coincidé avec vos 15 ans de scène ?

« C’est même 17 ans exactement si on compte les deux année de Covid-19… Mais je préfère dire 15, ça me vieillit moins (rires). Jouer au Forum de Liège c’était vraiment important pour moi, c’est une salle mythique. Et encore plus dans le cadre du VOO rire, puisqu’il a été organisé par les frères Taloche. Ils ont vraiment eu un rôle important au début de ma carrière. Je voulais interpréter les meilleurs sketchs que j’ai faits dans le passé. J’ai fait appel à de nombreux invités, qui exceptionnellement étaient là pour me présenter. J’ai aussi essayé de rendre hommage à mes deux idoles: Freddie Mercury et Louis de Funès. « 

Je reste le seul dans ma catégorie d’humour et heureusement. »

Ce n’est le Grand Jojo votre idole ?

« Si bien sûr, mais c’est plus secret. Il était même supposé faire partie du show, s’il avait pu avoir lieu il y a deux ans avant la crise sanitaire. Mais attention, je n’irai jamais jusqu’à chanter ‘Anderlecht champion’, jamais.

Le Belge fait-il rire à l’étranger ?

« Maintenant oui, il n’y a plus aucun doute. On est parfois très étonné par le pouvoir des réseaux sociaux. J’ai toujours fait des trucs très belges, et pourtant cela a parlé à la francophonie en général. Je me suis rendu l’année dernière au Sénégal et des gens me reconnaissaient dans la rue, je n’en revenais pas. J’ai même des fans de Jardins & Loisirs dans La Réunion, vous imaginez ? Comme quoi on est beaucoup plus proche qu’on ne le croit dans la francophonie. Il faut être fier d’être Belge. La Belgique c’est le mélange, c’est l’autodérision. Il y a une richesse dans la multiculturalité. On est un tout petit pays, on ne va pas se prendre au sérieux. Ce n’est pas nous qui allons déclarer la guerre à la Russie, nous on pourrait juste s’en prendre au Luxembourg (rires). »

Ce n’est pas trop la folie quand vous vous rendez à Liège.

« Tout un moment cela a été le cas, surtout quand je portais mon célèbre chapeau de Kiki. Les gens étaient même trop familiers, ils me tapaient dans le dos, tiraient sur mes cornes. Ils se sont un peu calmés aujourd’hui, mais c’est toujours très chouette de rencontrer son public. »

Vous faites également du théâtre, une nouvelle vocation ?

« En fait le but c’est d’aller vers le cinéma et la comédie. J’aimerais refaire des grands films comme Louis de Funès et je pense que le théâtre est une étape intermédiaire et obligée. J’aime beaucoup, le contact avec le public change lorsque l’on n’est pas seul. J’aurais touché un peu à tout, il ne manque peut-être que la musique. Quoi que, j’ai fait des musiques pour la Coupe du monde, avec le Grand Jojo notamment. Il me disait que j’étais celui qui devait prendre la rélève. J’adorerais le faire, j’ai même joué avec le groupe qui l’accompagnait lors du concert hommage qui lui a été dédié le 21 juillet dernier. C’était juste incroyable. Nous étions plusieurs invités à chanter mais j’étais le seul qui n’avait pas besoin du prompteur. J’ai toutes les paroles dans ma tête, le groupe était impressionné. C’était magique comme moment. »

Une collaboration sur scène avec un autre humoriste, est-ce cela vous tente ?

« Oui, j’y ai déjà pensé, même si je n’ai pas encore d’idée. Après quand on performe à deux, il faut réussir à mélanger deux univers et c’est quelque chose qui me fait un peu peur. On travaille pour obtenir quelque chose qui nous appartient vraiment. C’est vrai qu’avec le Grand Cactus j’ai aujourd’hui appris à travailler en groupe. Malgré tout, je reste le seul dans ma catégorie d’humour et heureusement. Si on était plusieurs comme moi je pense que les gens en auraient vraiment marre. »

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