Paris Match Belgique

Raphaël : La bande-son de sa vie

"Le Cirque Royal à Bruxelles sera le plus grande salle de ma tournée" nous a expliqué le chanteur ! | © Marcel Hartmann

Art et Scène

Le chanteur, musicien et écrivain se renouvelle en proposant un spectacle où il joue son propre rôle dans une mise en scène inventive, entre humour et poésie. Ses plus grands succès prennent alors une autre couleur.

Texte Gilda Benjamin

Un studio d’enregistrement, des magnétos, un piano, une guitare, un ingénieur du son qui s’affaire… « Bande magnétique » rembobine la carrière musicale d’un artiste dont la délicatesse s’étoffe au fil des ans. Le spectacle enchante un public conquis et s’engage dans une très longue tournée qui passera par Bruxelles en janvier. Un mois chargé pour celui qui, après ses recueils de nouvelles, sortira son premier roman.

Paris Match. Ce spectacle est-il un moyen de survoler votre discographie autrement ?
Raphaël. Tout est parti de l’envie de jouer dans un théâtre, celui des Bouffes du Nord à Paris qui n’a pas vocation à recevoir un concert. Il fallait donc que je propose une création liant les deux choses que je sais faire : la musique et l’écriture. D’où cette idée de studio imaginaire avec cabine de prise de son et ingénieur. Le sentiment de défi m’attirait mais j’ai vraiment vécu des nuits blanches durant des mois, le concept est nouveau, je pouvais tout aussi bien échouer. Me produire en concert avec mes musiciens comporte moins de risques, je sais où je vais. Mais j’ai été enchanté d’oser ce pari. Je vois ce spectacle comme une traversée de moi-même. Et mes chansons restent très proches de l’émotion que j’ai pu ressentir en les écrivant. Par contre, j’ai davantage travaillé le piano, je me débrouille bien à présent. Guitariste, je peux dire qu’aujourd’hui je joue autant les deux instruments.

Le Cirque Royal à Bruxelles sera le plus grande salle de ma tournée. Mais j’aime beaucoup ce lieu, disposé en rond, il se prête magnifiquement au projet. Le fait de jouer dans des salles plus petites que d’habitude me permet de ressentir une écoute et une ferveur particulières de la part du public. D’autant qu’on propose un visuel assez merveilleux.

Lire aussi >Raphaël partage avec émotion l’histoire de sa grand-mère ukrainienne

Aviez-vous le désir de raconter une histoire et d’emporter le public ?
Bien sûr, j’adore raconter des histoires de façon générale mais je n’aurais jamais pu m’engager dans un tel spectacle avant, il faut avoir composé beaucoup de chansons, avoir un recul sur soi, une certaine confiance aussi. Quand j’écris, plutôt que de raconter une histoire à chaque fois, j’ai plus envie de livrer ce que je pense du monde et de partager des émotions. Cette démarche peut passer par des personnages, une introspection, des souvenirs… Mais l’écriture de nouvelles est particulière et renferme une part de mystère.

« J’ai un humour un peu particulier, plutôt pince-sans-rire »

L’image est au cœur de ce spectacle avec des projections, des écrans… Avez-vous des images en tête quand vous créez ?
Pas toujours. Je sors mon premier roman en janvier et je visualise des personnages, des lieux mais pas très définis et forcément différents de ceux qu’imagineront le lecteur. En fait, je vois tout comme dans un rêve, inachevé. Par contre, une chanson, une musique, un texte doivent provoquer des images. Je suis, on peut le dire, très cinéphile et j’ai un vrai amour pour les classiques des années 40 à 60. Le cinéma a pu influencer ma démarche artistique. D’ailleurs, ce spectacle doit beaucoup à David Lynch et Fellini dans la scénographie.

L’humour y est très présent. Une facette que le public n’a pas toujours saisie en vous. Avez-vous de plus en plus envie de l’exprimer ?
Je me marre sans arrêt et je fais beaucoup rire ma femme et mes enfants mais il faut reconnaître que j’ai un humour un peu particulier, plutôt pince-sans-rire, pas du genre à sortir une punchline toutes les deux minutes. Il est vrai que je rigole de tout. L’humour en musique est plus délicat. Brel a des chansons humoristiques superbes. Pour ce spectacle, j’avais envie de le montrer. Même dans mes nouvelles je peux exprimer une forme d’humour désespéré. C’est sûr que je me marre beaucoup plus dans la vie que dans mes écrits ! Peut-être est-ce un équilibre : les personnalités dramatiques se marrent dans la vie, comme s’ils déposaient toute leur gravité dans le travail, et les humoristes peuvent se montrer sinistres. J’ai déjà passé certaines soirées lugubres avec certains…. Que je ne nommerai pas évidemment.

Quel est votre regard sur l’artiste et l’homme que vous êtes ? On vous sent à votre place.
J’aime bien mes disques, surtout les derniers. Mais dans mes chansons de jeunesse, j’adore « Caravane », les gens l’aiment tellement. Je suis heureux de proposer, tous les soirs, une vingtaine de chansons dont je suis vraiment content et que je considère tels de délicieux compagnons. Vous avez raison, je me sens bien, à ma place, j’écris et compose très librement. Le succès est appréciable mais s’il n’est pas au rendez-vous je m’en remets.

 

©Marcel Hartmann

2023 sera une année belle et chargée ?
En effet, la tournée s’allonge, je pense que nous sommes partis pour un an. Et mon roman « Avalanche » sort le 12 janvier. J’espère qu’il sera perçu comme poétique tout en restant ancré dans le réel. Âpre aussi, en littérature j’aime la complexité et les paradoxes. Cioran a dit : « On ne devrait écrire des livres que pour y dire des choses qu’on n’oserait confier à personne. » J’aime bien les titres courts, y compris pour mes chansons. « L’année la plus chaude de tous les temps », même si elle a marché, personne n’arrive à retenir son titre. Janvier sera un beau mois et je suis fou de joie de retrouver Bruxelles au Cirque Royal. Quelle merveille que de chanter pour un public. Quant aux fêtes de fin d’année, c’est grosse fiesta à la maison, j’ai un fils qui est né le 31 décembre !

Raphaël : spectacle « Bande magnétique » le 18 janvier au Cirque Royal à Bruxelles.
Livre : « Avalanche », à paraître le 12 janvier chez Gallimard.

CIM Internet