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La fille de Gilbert Bécaud fait revivre ‘Monsieur 100 000 volts’

« Aujourd’hui encore, la Belgique est le centre névralgique du fan club mondial de Gilbert Bécaud» explique la fille du chanteur français. | © Photonews

Art et Scène

Spectacle en hommage à Gilbert Bécaud, « Et maintenant » est une émouvante réussite qui rappelle tout ce qu’était le légendaire artiste. À voir le vendredi 9 décembre au Théâtre de la Madeleine à Bruxelles, le samedi 10 au Théâtre royal de Mons, et le dimanche 11 décembre au Théâtre du Trocadéro de Liège.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Votre père était un immense artiste. Que retenez-vous de lui ?
Emily Bécaud. C’était un papa magnifique. Evidemment un artiste génial, une bête de scène, mais quel cœur de père ! Il était tout à la fois. Aussi bien amuseur que protecteur. Il ne fallait pas s’approcher (rires)… Lorsqu’il était en tournée, je l’avais tous les soirs au téléphone. Il m’appelait pour savoir comment s’était passée la journée à l’école, si tout allait bien avec maman. Après, il montait sur scène pour son spectacle. Après le concert, il rappelait maman.

Avec le show présenté en Belgique, vous pensez forcément à lui…
Je pense tous les jours à lui. Et il m’arrive souvent d’avoir les larmes aux yeux. C’est mon papa que j’entends et que je vois, même si c’est Jules Grison qui est sur scène et qui l’interprète avec beaucoup de bienveillance et d’amour. Pour moi, c’est perturbant. Je préférerais avoir mon père près de moi que des tubes en souvenir.

Et si demain, il vous disait « Je reviens te chercher » ?
D’accord ! Où ? Quand ? Quelle adresse ? Comment ?

On sent qu’il vous manque…
Oui. Quand vous perdez un être cher, qui que ce soit, vous donneriez n’importe quoi pour faire demi-tour et le retrouver. Ne serait-ce que cinq minutes. Même une minute. Je les voudrais, ces instants exceptionnels et miraculeux, mais je suis bien consciente qu’on ne les a pas.

C’est lui qui vous a transmis le goût de la musique ?
Oui. À part pour Michael Jackson, Madonna et Prince, la base des années 1980, je ne vois pas qui d’autre. Papa m’a donné l’envie de faire de la scène. D’être une performeuse et pas forcément une chanteuse. Il m’a jetée dans le métier quand j’avais 5 ans. Mon premier duo avec lui, c’était chez Maritie et Gilbert Carpentier. Nous avons chanté « Mañana, c’est carnaval » et « Courbevoie ». J’ai été l’une des rares artistes enfant à être invitée par les Carpentier. À l’époque, les enfants ne faisaient pas de télévision. C’est comme ça que j’ai attrapé le virus.

Quelle a été votre enfance ?
Je me suis bien éclatée. Je ne regrette rien. Je remettrais le couvert. C’était un papa comique, tendre… Tout, quoi ! Mais il pouvait aussi être sévère. Il y avait des règles à respecter. Être poli, dire bonjour, bien se tenir, être serviable, gentil. Avoir de l’éducation. C’est tout lui, ça.
Ses chansons ont été reprises par les plus grands : Frank Sinatra, Elvis Presley, Bob Dylan, James Brown, Nina Simone et tant d’autres.

 

« Je donnerais tout pour revoir mon père une seule minute » (Emily Bécaud) ©DR

Pour lui, rien n’était impossible ?
Je ne crois pas qu’à ses débuts, il pensait que ça irait aussi loin. À l’époque, se rendre aux États-Unis n’était pas chose facile. Internet n’existait pas. Il ne savait pas qui chantait quoi. Quand il a su qu’Elvis reprenait ses chansons, il a dû se prendre une petite claque !

Vous n’êtes pas triste que la France ne parle pas davantage de lui ?
Je me demande ce qu’elle f… ! Je ne comprends pas qu’on ne passe plus Gilbert Bécaud à la radio. Il est chanté dans le monde entier ! En France, c’est le reflet du temps : aujourd’hui, on fait un tube, puis on disparaît. Les chanteurs sont des Kleenex. Papa était un artisan.

La Belgique tenait une place particulière dans son cœur ?
Pour être honnête, la Belgique, aujourd’hui encore, est le centre névralgique du fan club mondial de Gilbert Bécaud. Ce sont les Belges qui ont choisi de le créer. La Belgique était chère à papa. Son public, c’était ses amis. En venant chez vous, il retrouvait aussi d’anciens potes. Ils allaient manger des moules-frites. C’était très convivial. Quand vous marchez dans Paris, personne ne sourit. Et c’est insupportable ! En Belgique, c’est tout le contraire.

 

L’inoubliable géant et sa fille Emily.
Le 15 février 1967, avec le prince Albert et la princesse Paola. « Aujourd’hui encore, la Belgique est le centre névralgique du fan club mondial de Gilbert Bécaud. »

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