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“Bruxelles, Terre d’accueil ?” au musée Juif de Belgique : l’immigration autrement

© Thomas Israel, Olivier Papegnies, Reza et Johanna de Tessière

Scène

À la conquête d’un nouveau public, l’institution revient plus pertinente que jamais.

N’entre pas qui veut au musée Juif de Belgique. Suite à l’attentat du 24 mai 2014, il faut traverser un double sas et un portique de sécurité avant de pouvoir visiter ses expositions. Des mesures drastiques, mais rassurantes pour les membres de l’institution qui ont vécu l’attentat. “C’est aussi quelque chose d’assez douloureux”, admet Chouna Lomponda, porte-parole de l’établissement depuis 2012. “Je le pense parce qu’un musée est appelé à être un lieu ouvert. L’attentat a prouvé qu’on devait le garder accessible, mais sous haute sécurité”. Lorsqu’on lui demande plus d’explications sur le dispositif, elle rétorque d’ailleurs que ces informations ne peuvent pas être communiquées.

© Thomas Israel et johanna de Tessières
© Thomas Israël et johanna de Tessières

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Suite à des travaux (indépendants de l’attentat), le musée a tout de même dû fermer pendant deux ans. Rouverte depuis le 13 octobre, l’institution tente, avec l’exposition “Bruxelles : Terre d’accueil ? », de se reconnecter avec son public. “Nous avons organisé des activités extra-muros qui nous ont permis d’avoir un contact avec un public, mais ce n’était pas forcément le nôtre”, raconte Chouna Lomponda. Alors, après cette longue fermeture, on pourrait craindre une baisse de fréquentation du musée. Mais pour l’instant, les chiffres sont encourageants et, lors du vernissage, les habitués étaient au rendez-vous. “Cela nous donne envie de croire que les gens reviennent” sourit Chouna Lomponda. “Il est un peu tôt pour se prononcer, mais il n’est pas utopique de croire que notre public nous reste fidèle”.

© Thomas Israël et Olivier Papegnies
© Thomas Israël et Reza

Élargir son public

En plus des habitués, l’exposition a permis au musée de toucher un public nouveau. “On a vu une population qu’on n’avait pas l’habitude de voir, à savoir de nombreux étrangers venus de différents pays”, se réjouit Chouna Lomponda. Cette présence s’explique bien sûr par la nature des œuvres proposées, réponses subtiles des artistes exposés à la xénophobie ambiante. On y découvre notamment seize portraits vidéo de “migrants” résidant en Belgique depuis six mois pour certains, cinquante ans pour d’autres. Une manière de raconter l’immigration différemment. “Ce sont des gens qui sont arrivés à Bruxelles, qu’ils l’aient choisi ou pas” explique Pascale Alhadeff, l’une des deux commissaires de l’exposition. “Nous cherchons à montrer ce qu’il y a de commun à toutes ces populations qui décident de quitter leur pays et de s’installer ailleurs pour un temps permanent ou temporaire”, précise Chouna. “Quitter sa patrie, c’est à chaque fois une déchirure et en même temps, on l’espère, une source d’épanouissement. C’est dans ce cadre-là que nous revenons avec cette thématique”.

Thomas Israël, un Belge au MOMA

L’exposition comporte deux autres volets: une partie historique, retraçant les politiques migratoires belges depuis 1830, et un volet artistique exposant les productions de dix artistes bruxellois issus de l’immigration. Parmi eux, Thomas Israël, vidéaste et véritable fierté nationale. Né à Bruxelles en 1975, il est d’abord comédien et metteur en scène au théâtre, avant de présenter sa première installation vidéo en 2005. Il finit exposé un peu partout dans le monde, et notamment au MoMa de New York. Dans sa production présentée au musée Juif aujourd’hui, on découvre des portraits de réfugiés saisis par des reporters de guerre, sur lesquels il exprime, à travers des traits blancs, sa vision de la déchirure qu’implique la migration. Une création touchante, rappelant les conditions extrêmes du parcours des réfugiés.

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Rencontrer les artistes

En complément à l’exposition temporaire, qui a lieu jusqu’au 18 mars 2018, des rencontres sont prévues avec les artistes. La prochaine aura lieu le 16 novembre et consistera en un workshop animé par l’une des dix artistes bruxellois, DK Ange, sur le thème « Osez le foulard ».

musée juif bruxelles
© Thomas Israël

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