Paris Match Belgique

Kody, grand seigneur de la vanne

Kody

Comme plusieurs de ses pairs humoristes aujourd’hui, Kody est un fin lettré. Il a fait de bonnes études : sciences po à l’UCL et une école de commerce. | © Danny Gys

Scène

Le king du Grand Cactus multiplie les aventures – stand-up, cinéma et séries télé. Entre deux tournages et quelques pages d’écriture de son prochain show, il se livre en long à Paris Match. Né à Schaerbeek, fils du dernier ambassadeur du Zaïre au Royaume de Belgique, Kody parle de ses racines congolaises et de l’humour qui lie ses deux pays.

Il a l’air d’un prince et des airs de Prince. Ou de Little Richard en plus athlétique. Quand il imite Jean-Paul Belmondo il parvient à lui ressembler. Kody Seti Kimbulu, 39 ans et de belles dents, est un phénomène du stand-up. Fils de diplomate, il a l’assurance mesurée, fruit d’une éducation en béton. Son père, Jean-Pierre Kimbulu Moyanso wa Lokwa, alias « Kim », fut, de 1989 à 1997, le dernier ambassadeur du Zaïre en Belgique. Lorsque nous le rencontrons, Kody brandit fièrement son ouvrage, « Persona non grata – Révélations du dernier ambassadeur de Mobutu à Bruxelles». Edité par la Fondation Telema  en soutien aux écrivains congolais, le livre est en librairie depuis le 15 septembre. La cover est illustrée par un cliché royal : Jean-Pierre Kimbulu rencontre Baudouin et Fabiola.

Comme plusieurs de ses pairs humoristes aujourd’hui, Kody est un fin lettré. Il a fait de bonnes études – sciences po à l’UCL et une école de commerce. Il a aussi roulé sa bosse sur le terrain professionnel, dans l’immobilier ce qui ne gâche rien en termes d’expérience humaine. Issu du Kings of Comedy Club à Ixelles, réservoir de talents maison, il sévit régulièrement depuis 2015 dans Le Grand Cactus sur La Deux. Ses imitations de Belmondo, Jean-Claude Van Damme ou Bernard-Henri Levy sont un nectar. Il fait du cinéma aussi, a notamment incarné un personnage baptisé Jean-Pierre dans Le tout nouveau testament de Jaco Van Dormael. Ca vous pose un homme tout de même. Le titre même de son premier spectacle – «  I rêve a dream”– était un poème. Suivront « Kody, My Way» et « A vendre !».

Cet homme est incollable, aimable sans être affable, élégant sans être arrogant. Kody a, comme on dit, tout d’un grand.

Bigard, Bedos, sciences po

« J’ai fait mes secondaires au collège Cardinal Mercier à Braine l’Alleud. J’étais plutôt timide comme enfant. Ensuite j’ai découvert la section d’Art et d’expression. Ca permet de sortir de sa coquille, d’être dans le groupe des « cools ». Ma première expérience, c’était en rhéto, pour un téléfilm de France Télévisions, qui s’appelait Le bébé d’Elsa. Le théâtre aussi me plaisait. J’ai fait partie plus tard de la troupe qui réalisait la Revue, à la faculté de Sciences politiques à l’UCL. C’étaient mes premiers pas face à un vrai public qui payait sa place, et plus devant la classe. On écrivait nous-mêmes les textes. L’envie de one-man-show est venue après.

Ce goût, c’est son père qui le lui a transmis. Diplomate, il appréciait aussi la détente et collectionnait les bons crus de la poilade. « Il avait des cassettes vidéo d’humoristes comme Bigard, Bedos, Eddie Murphy dans « Raw » (1987). Mon oncle imitait De Funès ou Aldo Maccione. J’aimais bien les langues, je regardais les films en VO à la télé flamande et je comprenais à peu près, à 15 ou 16 ans, le contenu des sketches d’Eddie Murphy ».

Plus tard, il rencontre Gilles Morin. « Il avait été à l’école avec moi et avait officié chez Franco Dragone. Lorsque je l’ai revu, il se préparait à se lancer dans la comédie avec le Kings of Comedy Club à Ixelles. Il avait déjà un premier artiste, ensuite sont arrivés Alex Vizorek, Walter, Pablo Andres, James Deano et bien d’autres. Les copains des copains sont venus. On surfait sur le Jamel Comedy Club qui a suscité des vocations et ouvert l’état d’esprit du grand public.»

Kody
« J’adore se voir se côtoyer à table un millionnaire et un chômeur. Ils ont des choses à s’apprendre » Copyright Danny Gys

Kody a fait sciences po et étudié le commerce. Le bagage académique des comiques dernier cri est blindé. « Aux Etats-Unis surtout, où les humoristes », souligne-t-il, « sont souvent formés dans les universités ».

Le stand-up reste une discipline très anglo-saxonne. Quelques pointures hexogonales se sont cassé les dents ou fait les muscles sur les planches américaines. « Les comiques américains sont parfois trop professionnalisés. C’est presque scientifique mais c’est ce qui me plaît aussi. C’est un art comme, comme la musique, avec des notes bien précises et la subtilité de l’orfèvrerie. Ils ont réussi à toucher cet état de grâce alors que leurs prestations ont l’air très simple ».

Les secrets de l’immobilier par Kody

Après son parcours académique et entre deux discours de mariage, Kody se frotte aux réalités de terrain via une expérience, fondatrice, dans l’immobilier. Du contact humain à la pelle qui nourrira ses sketches. « Ca m’a laissé le temps de chercher comment accéder à la scène. Et ça a produit son lot d’anecdotes. Ce n’est pas une surprise mais quand un couple veut acquérir un bien, il y a une manière de se comporter qui en dit long sur la relation entre les conjoints. Il y a la stratégie, les objectifs qu’ils se sont fixés. On rentre dans leur intimité. L’humour, c’est de pouvoir capter l’intime, transformer le personnel en universel. Quand on y arrive, on peut faire un sketch qui va toucher tout le monde».

Kody raffole d’Eddie Murphy, toute sa jeunesse, il aime Robin Williams, Will Smith. Et Richard Pryor, « le noir américain qui a inventé le stand-up dans les années 60 et a inspiré Murphy. Il a un point de vue sur la vie, sur les choses du quotidien, les juifs américains, les Italo-américains… J’aime aussi Dave Chappelle, les films comme Un Prince à New York, The Big Lebowski, Fargo ou Very Bad Trip ; les comédies anglaises comme Little Britain. Ou des émissions comme Mock The Week. Ils sont costauds ces Anglais ».

En Belgique il raffole de l’humour de ses camarades de scène et rend hommage aux aînés – des éléments également fondateurs, les frères Taloche, François Pirette.

Outre-Quiévrain, il cite Gad Elmaleh, dont la trajectoire bilingue le stimule. « Mon rêve serait de pouvoir présenter mon spectacle en espagnol et en anglais. J’ai fait un stage chez un ami au Mexique où j’ai passé cinq mois. J’aime beaucoup Eddie Izzard (un humoriste britannique né au Yemen. NDLR), qui a fait des spectacles en français, arabe, allemand et espagnol, incroyable. Je suis fasciné par le rire et j’ai envie d’aller vers les gens dans leur langue ».

En France encore, il y a bien sûr les films d’Aldo Maccione ou du fabuleux De Funès qui l’ont galvanisé. Mais aussi Alain Chabat, Jamel Debbouze, Elie et Dieudonné. Et puis Edouard Baer et Daniel Prévost, deux belles rencontres humaines. Qui voit-il comme imbattable en humour noir ? « Stéphane Guillon. Il sait qu’il a été au bout de ce qu’on peut faire. Il a maintenant un autre regard sur lui-même, il n’ose plus faire la même chose et en joue pour monter d’autres spectacles. »

Une vie d’ambassade

Le contexte familial de Kody a marqué sa trajectoire. Panache, voyages, savoir-vivre.
Son père, Jean-Pierre Kimbulu, lui transmet son amour du Plat Pays. « Sa mère était une femme forte. Elle avait perdu son mari et avait toujours su se débrouiller. Elle était commerçante et avait acheté une petite ferme. Le centre ville était alors uniquement accessible aux coloniaux. Quand mon père a eu dix ans, elle a eu envie de lui offrir une bonne éducation. Elle l’a mis sur un avion à hélice avec, autour du cou, une petite plaque avec son nom. Il est arrivé en Belgique avec la Sabena. Il venait rejoindre son frère qui était ici depuis les années 50, et était marié à une Belge blanche. Mon père a donc immédiatement été confronté à la Belgique de l’intérieur, vue par les autochtones. Il en a acquis les codes et s’est intégré. Dans son livre, il évoque des personnages politiques belges dont il a gardé un excellent souvenir, comme Marc Eyskens ou Herman De Croo ».

Kody
Formé notamment sur les planches du Kings of Comedy, Kodya un vécu d’exception. Son père, diplomate, lui a transmis des valeurs

Dans cette famille d’ambassadeur, au fil des déplacements paternels, Kody apprend l’élégance, l’adaptation, le langage diplomatique. Des conventions qui le pousseront plus tard à apprendre à dire non.
Enfant et adolescent, il retourne à « Kin » une fois l’an. A 30 ans, il reprend les bonnes habitudes. Un festival de l’humour s’est créé là-bas, le festival Toseka. « Ca veut dire « Rions » en lingala. Il est né il y a quatre ans et rassemble de jeunes humoristes locaux. Des jeunes qui ont l’espoir de pouvoir vivre de ce métier un jour. Ils ont vu à travers moi cet espoir. Il y a quelque chose d’exportable en-dehors des frontières du Congo. Je suis très fier de ça. Une des humoristes de l’écurie Toseka est allée au festival international d’humour de Marrakech (la Rd-Congolaise Abelle Bowala a été invitée au Marrakech du rire 2016. NDLR), un autre a remporté un concours d’humour à Abidjan ».

Quand Kin se gausse

Les points communs entre humour belge et congolais ? L’autodérision dit-il.
« Le Belge rit de lui, c’est le Belge qui fait rire le Belge, le Congolais rit de lui aussi, ce qui n’est pas le cas des Ivoiriens ou des Camerounais. Ni des Français, qui rient des autres. S’agit-il d’un hasard ou d’un héritage, je l’ignore. Si je parle de filiation, ça fait parternaliste. Mais on a incontestablement une histoire commune avec la colonisation qui à mon sens n’est pas toujours bien apprise à l’école, je le regrette. La colonisation doit être étudiée. Je dis toujours à mes amis belges qui ne connaissent pas la RDC qu’ils ont plus en commun avec un Congolais qu’avec un Chilien ou un Thaïlandais. Qu’ils peuvent rencontrer là-bas un vieil homme qui parle wallon, qui a des souvenirs de leur propre grand-père. Mais il existe des différences aussi entre les humours belge et congolais : il n’y a pas d’humour communautaire au Congo. Les humoristes que j’ai eu la chance d’y chapeauter un peu ont pour but de s’ouvrir à toute la francophonie. Les artistes qui participent au festival Toseka viennent de partout en Afrique. Un humoriste camerounais expliquait dans un spectacle qu’il adore ces émissions où on voit les explorateurs blancs. « Un noir ne ferait jamais ça : il se dirait : on a vécu avec des lions mais on ne va pas y aller, pourquoi risquer sa vie ? Et vous les blancs, vous faites des safaris, vous provoquez des aventures, plus il y a de dangers, plus vous y allez ! »
On demande à Kody s’il y a des tabous dans le stand-up au Congo. « Il est plus touchy de parler politique. La sanction peut être tragique ».

Kody fait du cinéma, on l’a dit. Il a tourné deux films cet été, « La fine équipe », une comédie d’Ismaël Saidi (auteur de la pièce « Djihad », dont c’est le 3e film) et une comédie de Frédéric Quiring, avec Audrey Lamy, Florent Peyre, Tania Gabarski, Joey Starr, Max Boublil. Il a participé à des séries aussi et est en train d’écrire un long métrage au thème follement contemporain. Mais il est un peu tôt, dit-il, pour en souffler mot.

L’intégralité de l’entretien est à retrouver en librairie dans le Paris Match de ce jeudi 16 novembre 2017.

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