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Le « vrai » fils d’Apu met un terme à la polémique autour des Simpson

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Apu, personnage stéréotypé mais parfois réaliste. | © Fox

Séries télé

Après avoir été accusés de véhiculer des stéréotypes racistes avec le personnage d’Apu, Les Simpson ont récemment répondu à la polémique. Si cette réponse n’a fait que la relancer, l’histoire d’Amar Shah, le « vrai fils » d’Apu, met (enfin) tout le monde d’accord.

Monument de la télévision, Les Simpson ont basé leur succès sur une satire efficace de l’Amérique et du monde. Mais, créés il y a près de trente ans, certains stéréotypes véhiculés dans la série ne passent plus. En particulier ceux à propos d’Apu Nahasapeemapetilon, l’épicier indien aux huit enfants, qui a fait l’objet d’un documentaire intitulé Le Problème avec Apu en novembre 2017. Si certains voient avant tout la notion de caricature, chère aux Simpson, le réalisateur et humoriste indo-américain Hari Kondabolu repère quant à lui du racisme ordinaire. Dans son documentaire, il part à la rencontre d’autres descendants d’immigrés sud-asiatiques pour les interroger à propos de leurs rapports avec Apu, personnage doublé par un acteur blanc. « Je déteste Apu. Et parce que je le déteste, je n’ai jamais apprécié Les Simpson », avoue Kal Penn, connu pour son rôle dans Harold & Kumar et Dr House. « À lui seul, ce personnage a créé tant de problèmes : psychologiques, émotionnels, pour tant de gens ! », explique de son côté Utkarsh Ambudkar. « Ce n’était pas leur but, mais nous sommes sous-représentés ».

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La réponse des Simpson

Quelques mois après la sortie du documentaire, les scénaristes des Simpson ont voulu (brièvement) répondre à la polémique et à leurs détracteurs. Dans l’épisode « No Good Read Goes Unpunished », Marge décide de lire une histoire à Lisa, celle qui a bercé son enfance, avant de se rendre compte qu’elle est beaucoup plus raciste que dans son souvenir. Elle décide alors de l’adapter, mais vu l’ennui de sa fille, elle lui demande ce qu’elle peut faire. « C’est difficile à dire, rétorque Lisa en regardant le téléspectateur droit dans les yeux. Quelque chose qui a commencé il y a des dizaines d’années et était acclamé et inoffensif est maintenant considéré comme politiquement incorrect. Que peut-on y faire ? » se demande la première de classe en regardant un portrait d’Apu sur lequel est écrit un jeu de mots douteux, « Don’t have a cow ! », qui veut autant dire « Calme-toi ! » que, littéralement, « n’a pas de vache », l’animal sacré en Inde.

Les Simpson, trop vieux ?

Si certains ont salué l’humour des scénaristes et critiqué le « politiquement correct » ambiant, cette réponse n’a fait que relancer la polémique. De nombreux internautes ont critiqué ce clin d’oeil dédaigneux, Hari Kondabolu le premier. Le réalisateur du documentaire a déclaré sur Twitter : « Avec The Problem with Apu, je me servais d’Apu et des Simpson comme un point de départ à une conversation plus large à propos de la représentation des groupes marginalisés et de son importance. La réponse des Simpson ce soir n’est pas une attaque envers moi, mais envers ce que bon nombre d’entre nous considèrent comme du progrès ».

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Un avis partagé par de nombreux médias américains. Pour Vulture, cette scène est la preuve que la série vieillit mal. « Même si Les Simpson se font toujours un plaisir de critiquer notre culture, lorsqu’on est diffusé depuis presque trente ans il est difficile d’avoir l’air encore rebelle, surtout lorsqu’il s’agit d’une série majoritairement écrite pas des hommes blancs, dont beaucoup sont diplômés de Harvard ».

Apu dans la vraie vie

Afin de mettre un terme à cette controverse, Amar Shah a raconté son histoire, celle d’un fils qui a grandi avec un père ressemblant fortement à Apu. « Tout le monde a un avis sur Apu, mais ont-ils déjà parlé à quelqu’un qui possédait une épicerie ou une station-service ou qui y travaillait ou qui y a grandi ? Vous savez, comme mon père et moi ? », écrit le fils d’immigré indiens dans un tweet aimé plus de 13 000 fois.

 

Alors qu’Apu a un doctorat en informatique et tient l’épicerie Kwik-E-Mart à Springfield, le père d’Amar Shah est un ingénieur informatique qui décida dans les années 80 d’être son propre patron. Après avoir ouvert une pizzeria dans le New Jersey, la famille Shah démenage en Floride et achète une station service. « Après l’école, ma mère venait me chercher et m’emmenait dans cet endroit surréaliste qui sentait l’essence, la fumée de cigarette et le bubble gum », raconte Amar. Pendant que, gamin, il restait tranquille sur un pack de bières Busch, tout en se demandant ce que les alcools goûtaient, ses parents travaillaient sans relâche. Il se souvient des clients ivres, tel Barney le pilier de bar et des comparaisons inévitables à Apu, mais il se souvient surtout du courage de ses parents qui ont tout sacrifié pour lui et son frère.

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Après avoir raconté son histoire et celle de son père, Amar Shah s’adresse à l’humoriste Hari Kondabolu, admettant qu’il est d’accord avec lui sur certains points. « Mais c’est bien plus qu’un stéréotype. Pour certains d’entre nous, nous avons vécu cette vie. C’était notre histoire. C’est mon histoire », écrit-il avant de publier trois photos de son père.

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