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Netflix : Sur le tournage de Notre Planète

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Capture d'écran trailer. | © Netflix

Séries télé

Alastair Fothergill est de retour. Il a parcouru le monde, de la Namibie à la Russie en passant par le Chili, afin de réaliser la série documentaire Notre planète pour Netflix. L’an passé nous l’avions suivi au Svalbard, en Norvège.

 

Il a fallu trois heures de vol pour rejoindre le Svalbard depuis Oslo ce 16 avril 2018. Alors qu’il est près de 3 heures du matin, la lumière est éclatante. L’équipe d’Alastair Fothergill est là depuis plusieurs semaines. Il leur reste trois jours de tournage pour mettre en boîte l’un des huit épisodes de Notre planète, la série qu’ils préparent depuis quatre ans pour Netflix.

« Tous mes films précédents, raconte Fothergill, je les ai faits avec la BBC. ‘La planète bleue’ reste le DVD le plus vendu de l’histoire du documentaire aux États-Unis, rappelle le réalisateur. Mais les gens n’achètent plus de DVD. Ils vont sur Netflix. C’était donc logique de m’associer à eux. Qui plus est, ils nous donnent des moyens et carte blanche pour raconter notre histoire. » Car l’enjeu est de taille. « Le public en a ras-le-bol d’être culpabilisé par des émissions de télé sur l’état de la planète. Le message que tout va mal est passé depuis un certain temps. Personne n’a de doute là-dessus. Il faut désormais agir, montrer qu’il existe des solutions et que nous avons encore le temps de rattraper nos erreurs. » Sur ces bonnes paroles, il nous invite à dormir quelques heures avant d’attaquer le lendemain le gros du programme.

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Après une nuit impossible – malgré les rideaux et le masque de sommeil, le soleil inonde la cabine qui sert de chambre –, les quatre journalistes conviés sont donc priés d’enfiler leur combinaison polaire et d’apprendre les rudiments de la motoneige. Car, au Svalbard, l’unique route en dur relie l’aéroport à Longyearbyen, la ville principale. La totalité de l’archipel étant gelé neuf mois sur douze, la motoneige est l’unique moyen de rallier les endroits les plus reculés de ce territoire norvégien, un temps contrôlé par les Russes. L’objectif est de rejoindre l’équipe technique, un cameraman et son assistant, cachés dans un minitank abritant une caméra 4K ultra sophistiquée permettant de filmer au plus près la vie des ours polaires, sans les déranger. Après quatre heures de joyeuses glissades, l’engin apparaît au milieu d’un lac gelé. Minuscule point noir au centre d’un somptueux paysage de banquise. Les deux trentenaires sont recroquevillés dans leur véhicule depuis cinq jours, dormant à l’arrière et enchaînant des tours de garde.

Pour approcher les ours sans les déranger, une caméra a été fixée à ce véhicule polaire.
Pour approcher les ours sans les déranger, une caméra a été fixée à ce véhicule polaire. © DR

« Nous l’avons vue ce matin, elle était hyper en forme, elle a percé la glace pour se nourrir. Nous avons des images incroyables. » « Elle » est une ourse polaire, qu’ils observent à intervalles réguliers depuis quatre ans. Notre planète veut expliquer sa vie, son écosystème, en quoi les interactions entre la nature et l’animal sont nécessaires pour sa survie. « Elle » est devenue au fil des mois leur bonne copine, même s’ils ne se sont jamais approchés de la bête à moins de 50 mètres. Depuis leur bunker, ils ont pu ce matin la voir creuser la glace, se nourrir de poissons attrapés goulûment. Alors qu’ils s’extasient devant leurs images, la voilà qui réapparaît trottant sur la banquise. La caméra démarre aussitôt. « Regardez, elle se met sur le dos et se frotte sur la glace pour mieux se rafraîchir. Le réchauffement climatique fait qu’elle crève de chaud sous ses poils. C’est un événement nouveau pour elle. Donc elle fait régulièrement ce mouvement sur la glace. Même si on croit qu’elle joue, elle est en fait en train de s’adapter aux nouvelles conditions climatiques. Il ne faudrait pas que la température continue de monter ici. Parce qu’elle ne survivrait pas. »

Troupeau d’éléphants, Namibie.
Troupeau d’éléphants, Namibie. © DR

Les Anglais sont bouleversés par leurs images, d’autant que c’est la dernière fois qu’ils filment l’animal dans toute sa splendeur. Mais ils prennent le chemin du retour avec le sentiment du devoir accompli. Avant de rentrer à Longyearbyen, l’équipe tient à nous montrer Pyramiden, une ville construite dans les années 1950 par les Russes qui avaient décidé d’extraire du minerai ici. Mais l’aventure tourna court, les mineurs et leurs familles furent déménagés fin 1998, laissant l’ensemble du village à l’abandon. Le gymnase, la piscine, l’hôpital semblent tout droit sortis d’un film d’Aki Kaurismäki. « La nature a repris ses droits », sourit Fothergill, ravi de croiser une colonie de renards des neiges. « Avant ils étaient chassés. Désormais ils peuvent se reproduire tranquillement. » Les anciens immeubles délaissés ont été envahis par les oiseaux qui ont tous fait leur nid ici et volent dans un incroyable vacarme festif.

Plus vous laissez la nature se régénérer, plus la planète arrive à survivre.

Attablé dans la salle du restaurant désaffecté, le réalisateur nous projette des rushs des sept autres épisodes de Notre planète. De la savane africaine en passant par la jungle d’Amérique du Sud ou les profondeurs des océans, il est convaincu de la nécessité de son travail. « Nous montrons la nature telle qu’elle est, mais nous avons mis l’accent sur des histoires émouvantes, en y incluant un peu de suspense. C’est en captivant les spectateurs que nous arriverons à leur faire passer notre message. Plus vous laissez la nature se régénérer, plus la planète arrive à survivre. Nous sommes sur le bon chemin, car tout le monde sait que le diesel pollue ou que la déforestation nuit aux générations futures. Il faut faire comprendre au grand public que ce combat est utile et gagnable. » Dehors, il fait évidemment encore jour. Malgré le froid polaire, la petite équipe trinque généreusement aux beaux lendemains écologiques. Qui sont tout sauf des illusions perdues. Notre planète en est la preuve éclatante.

Notre planète, à partir du 5 avril sur Netflix.
À lire : Notre planète, d’Alastair Fothergill et de Keith Scholey, éd. Dunod.

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