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Game of Thrones : rencontre avec les stars de la série culte

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Le casting de la série américaine aux Emmy Awards en 2018. | © VALERIE MACON / AFP

Séries télé

C’est l’heure de la grand-messe. Game of Thrones, la série qui défie les lois du genre, s’offre une ultime saison disponible en exclusivité sur OCS. Bouquet final pour les uns, chronique d’un deuil annoncé pour les autres : sous ses airs de fable gothique, décryptage d’un phénomène ultramoderne, intergénérationnel et planétaire en compagnie de ses acteurs principaux, rencontrés à Londres.

D’après un article de Paris Match France de Claire Stevens 

L’anecdote vaut toutes les démonstrations : il y a quelques années, l’acteur Liam Cunningham, quinquagénaire bon teint, accompagne l’exposition itinérante Game of Thrones  aux quatre coins de la planète. Dans la série, il est Ser Davos, l’ordre moral fait homme au milieu du chaos. Sur le toit-terrasse d’un palace brésilien, une fan transie s’évanouit dans ses bras : « Elle n’arrivait plus à faire le distinguo entre mon personnage et l’homme que je suis », s’esclaffe-t-il à l’heure de la promotion de l’ultime saison de la série.

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Des histoires de ce genre, le casting de Game of Thrones peut en raconter des milliers. En huit ans, le show s’est hissé au stade de phénomène sans précédent. Ses intrigues saumâtres ont donné lieu à toutes les spéculations sur le Net : qui, des familles Stark, Lannister ou Targaryen, se hisserait sur le Trône de fer ? Trois mois avant la diffusion de son dernier chapitre, les bookmakers anglais pariaient déjà sur sa fin.

 

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Ready for win or die!! #got

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Les raisons d’un tel culte : « Le sexe, la violence… mais pas seulement, explique le comédien Richard Dormer, alias Beric Dondarrion. Le public est accro aux revers et aux complots de l’histoire qui rappellent étrangement l’époque dans laquelle nous vivons. » Amorcée avant le mouvement #MeToo, elle l’a anticipé, jusqu’à en devenir l’une de ses émanations les plus flagrantes, avec des filles très affirmées, fluides dans leur sexualité, qui n’hésitent pas à ferrailler pour faire valoir leurs droits. Car « GoT », c’est aussi une affaire de genres, souvent inversés. Les hommes y ont des failles.

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Les femmes y sont puissantes, portent en grande partie l’histoire sur leurs épaules. La Britannique Gwendoline Christie, qui joue Brienne de Torth, le confirme du haut de son 1,91 mètre : « L’histoire originale n’avait rien de conventionnel. En l’adaptant, les scénaristes auraient pu sacrifier les rôles féminins ou les mettre exclusivement au service des hommes. Dieu merci, ça n’a pas été le cas. Mon personnage parle à une quantité de gens, quelle que soit leur identité sexuelle, ou leur origine sociale. On m’a toujours dit que je ne ferais pas carrière à cause de mon physique. Quelle blague ! [Rires.] »

 

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A l’heure où l’on prône la diversité des physiques, une légion de filles se retrouvent dans les courbes d’Emilia Clarke (Daernerys Targaryen) ; Kit Harington (Jon Snow), avec ses airs de chiot larmoyant, fait la couverture des magazines masculins. « Internet a permis cette diversification des personnages, souligne Gwendoline. Chacun a voix au chapitre sur Twitter et veut se voir représenté à l’écran » par un casting, de surcroît, international, aux allures de melting-pot.

 

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Did you bend the knee to save the North or because you love her? #GameofThrones

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L’un des propos de la série : refuser sa condition

« GoT » a son lot de méchants, mais aussi de faibles. Les parias y sont rois, les anonymes aussi. L’un des propos de la série : refuser sa condition. Kit Harington joue au théâtre à Londres, mais aussi dans le dernier Xavier Dolan, Ma vie avec John F. Donovan. L’Américain Peter Dinklage (Tyrion Lannister), 1,32 mètre sous la toise, a également participé, dans un tout autre genre, au drame familial Three Billboards.

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C’est un fait pour Maisie Williams, 21 ans : « Aucun des acteurs, quel que soit leur âge, n’était vraiment connu avant Game of Thrones. Ça nous a tous mis sur un même pied d’égalité. » Elle avait 7 ans quand elle a endossé le rôle d’Arya. « Voir son nom épinglé au générique du show, c’est un Graal, convient Liam Cunningham. Quand vous avez ça dans votre CV, plus rien ne peut vous arriver. »

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Sur le plateau, il est aussi beaucoup question de mentorat – autre notion très en vogue –, qu’il soit prodigué par les aînés ou leurs cadets. « Des mômes qui nous remettaient en place, nous, les adultes, quand nous râlions à cause des conditions climatiques ou du décalage horaire ! » rigole Conleth Hill, qui interprète lord Varys. Sophie Turner, alias Sansa Stark, 23 ans, affirme avoir énormément appris des créateurs de la série, D.B. Weiss et David Benioff : « Ils nous ont élevées au même titre que nos parents. »

J’ai appris à ne pas tout accepter, assène Maisie.

Saison après saison, elles ont été protégées, en même temps que témoins des désillusions de certains de leurs aînés. « J’ai appris à ne pas tout accepter, assène Maisie. Je trouve beaucoup plus pénible qu’on me demande, à l’âge que j’ai, ce que je vais faire de ma vie maintenant que la série est bouclée. J’ai tout mon temps, non ? »

Sophie Turner, de son côté, n’hésite pas à souligner qu’elle a été payée trois fois moins que Harington. Tout ce à quoi elle aspire désormais, « c’est faire un gros break. Ou devenir flic. Mon rêve absolu est de sauver des gens ». A moins qu’elle ne se métamorphose en porte-parole LGBT : fiancée au chanteur Joe Jonas, elle a récemment évoqué sa possible bisexualité à la presse américaine.

Démesure de la production oblige, jusqu’à six équipes ont tourné simultanément dans divers pays. Pièce de résistance de la saison 6, le réalisme de la bataille des Bâtards continue de marquer les esprits. « Un marathon tourné chronologiquement, minute par minute, jour après jour, raconte le Norvégien Kristofer Hivju, qui interprète le guerrier Tormund. Vous commencez l’épée en étendard. Au bout de deux semaines, vous êtes couvert de boue, à patauger dans les 700 litres de sang déversés pour faire plus vrai et à rendre coup pour coup. » Sur la dernière saison, une autre scène de castagne aurait nécessité 55 jours de tournage consécutifs. « L’une des autres grandes forces de la série, continue Hivju, c’est que personne n’en connaît l’issue. J’étais dans le camp des méchants avant de devenir un type cool. Toutes les trajectoires sont plausibles. »

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Pour mieux brouiller les pistes, les scénaristes ont aussi pris le parti d’occire les rôles les plus emblématiques, à intervalles réguliers. « Il fallait être dingue, ou très sûr de soi, pour oser un tel pari », rigole Liam Cunningham. Point de vue que rejoint Rory McCann, le « limier » de « GoT » : « C’est ce qui fait le sel de la série. Au tout début, j’étais un personnage de seconde zone, quasi muet. Contre toute attente, j’ai pris du galon pour devenir l’un des piliers de l’histoire. Je regrette juste de ne pas avoir eu une toute petite scène de sexe comme tout le monde ! [Rires.] »

 

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🐉 + 🐺 New Season 8 photos are here. #GameofThrones Link in bio. 📸: @helenstills/@HBO

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Avec sa production à 80 millions d’euros, ses six épisodes d’une heure à une heure vingt, ce dernier chapitre s’annonce paroxystique. L’histoire retiendra cet exemple sans précédent du genre. Générationnel, le show aux 73 épisodes laissera d’innombrables fans orphelins, en même temps qu’il hissera ses comédiens au sommet de la pop culture. Aux portes de la postérité, qu’ont-ils gardé comme souvenir de ces folles années ? « Des chaussettes de laine bien épaisses, confie Carice Van Houten [Mélisandre]. Entre deux prises à moitié nue, je crevais de froid. » Les acteurs de Game of Thrones sont des gens comme les autres. Postérité ou pas.

 

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