Ted Bundy sur Netflix : les serial killers sont tout sauf… glamour !

Ted Bundy sur Netflix : les serial killers sont tout sauf… glamour !

C'est l'acteur Zac Efron qui campe le terrible serial killer Ted Bundy dans le film Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile. | © Brian Douglas/Netflix

Séries télé

Sur Netflix, un film et une série documentaire réalisés par Joe Berlinger plongent dans la vie d’un des pires tueurs en série que les Etats-Unis aient connu dans les années 70. Ted Bundy peut y apparaître comme attirant à certains moments. C’est un peu vite oublier l’enfer qu’ont connu ses dizaines de victimes femmes….

 

Par Laurent Depré

24 janvier 1989. Pénitencier de Floride. 2000 volts traversent le corps de Ted Bundy qui meurt en une minute environ sous les yeux de quarante témoins. Ainsi s’achève la vie d’un des plus grands tueurs que le monde ait connu au 20e siècle. Dans un reportage diffusé par la Fox en janvier dernier, trente ans plus tard, un témoin présent lors de l’exécution à l’époque décrit les derniers moments de  Bundy. « J’ai le souvenir de quelqu’un qui joue sa dernière scène…On s’est demandé ‘pourquoi nous sourit-il depuis sa chaise’ ?  » La veille de son exécution, il a confessé des dizaines de meurtres de jeunes femmes… Probablement pour repousser l’issue fatale. On ne saura jamais avec certitude le nombre de crimes qu’il a commis dans différents Etats. Les spécialistes s’accordent en général sur une trentaine, au minimum…

Janvier 2019. Netlfix propose à ses abonnés un film et une série documentaire sur celui qui pouvait avoir des airs de gendre idéal. Pour la version du film Extremely Wicked, Shockinly Evil and Vile, c’est l’acteur Zac Efron qui incarne Bundy. La plate-forme, en diffusant le premier trailer, avait heurté une partie des spectateurs. Bundy est beau, attirant, sexy… Une image de playboy cool au charme charismatique qui contraste avec une âme maléfique, manipulatrice, violente, cruelle. Bundy en rockstar ? C’est un peu le sentiment qu’a une partie du public. Et il s’en dégage un malaise.

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Le vrai Ted Bundy… ©FBI-360-Ted Bundy

Un malaise créé par cette sorte de fascination culturelle que perçoit également l’ancien policier John E. Douglas et qu’il exprime dans un entretien accordé à Vulture. Le travail de ce policier, ‘profiler’ des plus horribles criminels ayant agi aux Etats-Unis, a d’ailleurs été scénarisé par Netflix. Mindhunter montre en effet son boulot et celui de Mark Olshaker dans les années 70 pour aider le FBI et les services de polices à comprendre les crimes violents et les serial killers. A deux, ils se sont assis maintes fois en face des personnes les plus odieuses que la terre ait engendré… Pour Douglas, il n’y a pas de doute, les show télévisés, les émissions, les documentaires, les films ne renvoient jamais une image correcte et complète de ces tueurs.

« Lorsque vous interrogez ces tueurs, vous êtes déchirés émotionnellement… Vous avez de la compassion pour les victimes de crimes ultra violents et leurs familles. Et, face à vous, vous avez des gens qui s’en contrefichent. C’est difficile de mener une conversation comme si le type était normal et même de lui adresser quelques fleurs… » explique-t-il. « Vous avez besoin de parler avec les gens pour les comprendre, savoir qui ils sont vraiment. Beaucoup avaient l’air de type bien sous tout rapport… »

Douglas ne fait pas grand cas des séries et films inspirés par les méfaits des tueurs en série. « Je ne les aime vraiment pas… Même Esprits criminels ne trouve pas de clémence à mes yeux. Tout y est faux au niveau de la procédure. A chaque fois, on crée un personnage, comme Hannibal Lecter dans le Silence des agneaux, qui est diabolique et irréel. Aucun ne sont des génies absolus. Et le film récent de Berlinger sur Bundy n’y coupe pas… Il dit avoir voulu montrer le côté diabolique du tueur alors qu’on romantise son histoire à l’image. Mais Bundy, certes pas mal de sa personne et assez malin, c’était surtout et avant tout un terrible manipulateur avec une personnalité psychotique. Un tueur de femmes. A l’époque, un directeur du FBI au moment de son arrestation m’a dit ‘Ma femme pense que Bundy est innocent’… Alors qu’il était coupable à 100% ».

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Ne pas oublier qui était Ted Bundy

C’est un peu le souci majeur de Extremely Wicked, Shockinly Evil and Vile. L’angle principal de la réalisation est l’histoire d’amour qui perdure longtemps entre Bundy et Elisabeth Kloepfer (Lily Collins). Ce déni dans lequel la jeune femme va vivre de nombreuses années avant de reprendre sa vie en main loin du ‘monstre’.

Il faut aussi remettre le film dans son époque. On peut aussi en faire une solide critique sociale et des médias. Bundy fut de l’eau bénite, si l’on peut s’exprimer ainsi, pour les télévisions américaines. Grande gueule, provocateur, showman, sourire carnassier, regard fixe et intense vers les caméras, joli coeur… Il s’est évadé à deux reprises, de prison et du tribunal. Un vrai road movie durant lequel il commit de nouveaux meurtres abjectes… Se limiter à le dépeindre de cette manière et faire le choix de ne tourner quasi aucune scène de violence brutale est un choix du réalisateur et de la production qui va dans le sens du grand public.

N’oublions juste pas que Ted Bundy a décapité des femmes, tué à coups de bûches et détérré des cadavres pour les violer à nouveau…. C’était cela avant tout Ted Bundy…

 

 

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