Comment Game of Thrones a manqué de respect à ses personnages féminins

Comment Game of Thrones a manqué de respect à ses personnages féminins

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Ghost n'est pas le seul à qui les scénaristes de Game of Thrones ont manqué de respect. | © HBO

Séries télé

Lorsqu’il ne met pas en scène des batailles épiques, bien que trop sombres pour certains, Game of Thrones prend des allures de Feux de l’amour, avec des dragons. Attention, spoilers.

Game of Thrones a-t-il perdu sa capacité à écrire des personnages féminins ? Après une « Bataille de Winterfell » contre les marcheurs blancs anéantis par l’agilité d’Arya Stark, le temps est à la célébration dans l’épisode 4 de l’ultime saison, « The Last of The Starks ». Mais mis à part Gendry, les survivants n’ont d’yeux que pour Jon Snow. Celui qui est revenu de l’au-delà (grâce à Melissandre, on le rappelle) est à nouveau mis sur un piédestal pour son courage et ses prouesses. Ce qui a le don d’énerver (et d’inquiéter) Daenerys, la seule à remercier la véritable sauveuse. Les hommes célébrés et les femmes cruellement isolées ? Certains y voient un parti pris ouvertement féministe, même si la scène n’est pas assez dénoncée. Pendant ce temps-là, la fille cadette des Stark perfectionne un peu plus son tir à l’arc, avant d’être interrompue par l’ancien bâtard du roi Baratheon tout juste nommé « Lord of Storm’s End » par la Mère des dragons. Gendry la demande en mariage, mais elle refuse car, comme elle l’a répété durant huit saisons, elle n’est pas une « Lady ». Arya reste fidèle elle-même. On ne peut pas en dire autant de Brienne.

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Un jour, mon prince (re)viendra

Guerrière fondamentalement indépendante, Brienne de Torth n’avait qu’un rêve : être adoubée chevalier, un titre seulement réservé aux hommes dans le Royaume des Sept Couronnes. Après avoir expliqué pourquoi elle ne peut pas réaliser son rêve, son admirateur Tormund lui lâche : « On emmerde les traditions ». À coups du plat de l’épée, Jaime Lannister confère le titre de chevalier à l’un des seuls personnages vertueux de la série, juste avant que les marcheurs blancs n’arrivent à Winterfell. L’ultime saison de Game of Thrones partait d’un bon pied progressiste. Jusqu’au quatrième épisode.

Après une rude bataille, Brienne, Podrick, Jaime et Tyrion ont bien mérité un moment de détente, autour d’un copieux repas et de vin à foison. À l’époque de Westeros, le quator se lance alors dans un « Je n’ai jamais » qui termine par une humiliation. Après la question de Tyrion à propos de sa virginité, Brienne se réfugie dans une chambre. Jaime la rejoint immédiatement et met enfin un terme aux tensions sexuelles qui existaient entre les deux combattants depuis un petit temps. C’est peut-être pour épargner la #TeamTormund que les réalisateurs ont préféré couper cette scène de sexe consentie et non-incestueuse, assez rare pour être mentionnée dans une série si prompte à montrer des corps nus. Mais le problème réside dans la réaction de Brienne lorsque son Jaime décide de retourner aurpès de Cersei.

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© HBO

Deux nuits après avoir découvert les plaisirs de la chair, la femme habituellement inébranlable fond en larmes en suppliant son prince charmant de ne pas la quitter. S’il est important de rappeler que Brienne est avant tout humaine, ressent des émotions et qu’il n’y a rien de mal et de faible à les exprimer, cette réaction est plutôt inattendue de la part de ce personnage resté stoïque face à d’autres (plus) grandes tragédies. Sur cette lancée, Brienne attendra le retour de Jaime à sa fenêtre, coincée dans un donjon, dans le prochain épisode.

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Face à cette rupture brutale, les scénaristes de Game of Thrones sont immédiatement tombés dans les stéréotypes féminins. Dommage, Brienne méritait mieux. Sur Twitter, certains internautes ont critiqué cette scène, estimant que la série manquait de scénaristes avec des ovaires.

« Petit oiseau » devient grand

Si l’histoire de Brienne n’était qu’un faux pas dans « The Last of the Starks », il aurait été facile à pardonner. Mais c’est loin d’être le seul. Les mots mis dans la bouche de Sansa Stark sont également problématiques, lorsqu’elle discute avec Clegane. Lors du banquet post-victoire, la Reine du Nord et son ancien protecteur évoquent le passé et la proposition du limier de fuir, loin de Joffrey Lannister. « Rien ne te serait arrivé si tu avais quitté Port-Réal avec moi. Pas de Littlefinger, pas de Ramsay », affirme l’homme au visage brûlé, lui lançant qu’elle a changé. Ce à quoi Sansa Stark répond que sans les viols, les abus et la torture qu’elle a vécus, elle serait restée « un petit oiseau pour toujours ». Par ces mots, les scénaristes viennent de justifier les atrocités qu’elle a vécues pour montrer une figure bien trop présente à la télévision et au cinéma : la femme qui devient forte après avoir connu des violences sexuelles et psychologiques. Dans Game of Thrones, Daenerys et Cersei (et probablement Missandei) sont également passées par la case « viol ». Seules Brienne et Arya y ont échappé, parce qu’elles ne représentent pas la femme dite traditionnelle ?

En sous-entendant que Sansa devait remercier ses agresseurs pour sa force, les scénaristes de Game of Thrones se sont attirés les foudres de Jessica Chastain. « Le viol n’est pas un outil pour rendre un personnage plus fort. Une femme n’a pas besoin d’être victimisée pour devenir un papillon. Le petit oiseau a toujours été un phoenix. Sa force dominante est uniquement grâce à elle. Et elle seule », a affirmé sur Twitter l’actrice féministe, lançant même un clin d’oeil, intentionnel ou non, au film dans lequel elle partage l’affiche avec Sophie Turner, X-Men : Dark Phoenix. 

Une mort minoritaire

À la fin de l’épisode 4 de sa saison 8, Game of Thrones a également manqué de respect à Missandei. L’exécution de l’ancienne esclave, chaînes aux poignets, n’a pas plu à de nombreux internautes. C’est le cas de Ava DuVernay. La réalisatrice américaine, notamment du documentaire Le 13e, qui explore les « liens entre la race, la justice et l’incarcération de masse aux États-Unis » a partagé sur les réseaux sociaux sa déception de voir le seul personnage noir féminin important de la série disparaitre d’une telle façon.

Alors que la conseillère de la Reine, représentant l’intelligence et la sagesse, n’a pas pu briller dans la série phare de HBO, sa mort n’est même pas un événement qui est propre à son histoire. Elle sert seulement à déclencher la rage de Daenerys et à justifier ses prochaines actions qui risquent de détruire totalement Port-Réal et de tuer des milliers d’innocents. Son sacrifice est une nouvelle preuve de l’échec de Game of Thrones dans le traitement de ses personnages racisés. Le pire est à craindre pour Ver Gris.

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Mad Queen

Après plusieurs saisons à réunir des groupes disparates sous son aile, Daenarys rencontre des obstacles depuis son arrivée à Winterfell. À commencer par Sansa Stark qui refuse de lui faire confiance, et même Jon Snow lui-même à cause de sa popularité. Sa jalousie, la mort de ses deux bébés et l’exécution de son bras droit par son ennemie dessinent l’issue contre laquelle elle se bat depuis le début de la série : Khaleesi terminera-t-elle comme son père, Aerys II Targaryen, alias the « Mad King » (le roi fou) ?

La goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase est la trahison de ses propres conseillers. Depuis que la véritable identité de Jon Snow est connue de huit personnes dans Westeros, Tyrion Lannister et Lord Varys envisagent de retourner leur veste car le faux bâtard de Ned Stark serait plus apte, selon eux, à occuper le Trône de fer. Alors qu’il refuse obstinément d’être Roi. Lors de leur débat, Varys apporte le triste (mais vrai) argument que Jon Snow, l’héritier légitime, serait davantage pris au sérieux. « Joffrey était un homme. Je ne pense pas qu’un pénis soit une véritable qualification », lui répond Tyrion, prononçant l’une des seules phrases féministes de l’épisode. « Parce qu’il est un homme, oui, les pénis sont importants », regrette alors Varys. Il reste encore deux épisodes à Game of Thrones pour contredire cette croyance.

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