Paris Match Belgique

« Years and Years » : L’audacieuse petite soeur de Black Mirror, avec un coeur gros comme ça en prime

years and years

La famille Lyons, entre consternation et amusement d'une société à la dérive. | © BBC / HBO.

Séries télé

La nouvelle pépite british dépasse les attentes et nous plonge dans un futur proche anxiogène à souhait. Intelligente et émouvante, cette dystopie imaginée par Russel T. Davies (Doctor Who, Queer as Folk) suit les traces d’une famille tourmentée par les transformations de notre monde, du transhumanisme à l’inexorable chute de la démocratie. Brillante et définitivement pessimiste.

La canicule qui nous accable vous assomme et empêche votre cerveau de fonctionner correctement ? Il existe peut-être un remède rafraîchissant qui réanimera votre conscience et vous réveillera de plein fouet, la mini-série d’anticipation Years and Years, qui comme son titre l’indique voit défiler les années futures [de 2019 à 2030 et au-delà] en six épisodes imaginés par le Gallois Russel T. Davies, grand nom de la fiction télévisée outre-Manche. Tout commence quand la fratrie Lyons, famille anglaise moyenne, découvre en audio-conférence et en simultané sur ses écrans la figure de Vivienne Rook, personnage politique effrayant qui fait des annonces chocs sur un plateau télé. Dans le même temps, la cadette de la bande accouche d’un nourrisson. Et les années défilent alors, bercées par une bande-son aux chants de choeur apocalyptiques, pour nous emmener, toujours en compagnie de l’attachante tribu Lyons, jusqu’en l’an 2024. Avec son lot de mauvaises nouvelles.

Lire aussi > Avec A Black Lady Sketch Show, HBO s’apprête à révolutionner la comédie à sketchs

Pendant que l’axe Trump-Poutine-Xi Jinping continue de cuisiner la planète à toutes les sauces, les réfugiés politiques et climatiques affluent de manière exponentielle un peu partout. Dans le même temps, la technologie s’introduit non plus seulement dans nos vies mais s’intègre aussi directement au corps de l’être humain, alors que la xénophobie fait office d’idéologie quasi dominante. Years and Years s’imagine-t-elle donc le pire pour nous faire réfléchir, comme sa grande soeur Black Mirror ? Pas vraiment, car excepté un événement un peu trop gros pour être envisageable, le récit qui prend place est peut-être bien le monde de demain. Et c’est bien sûr ce terrain que la coproduction entre la BBC et HBO fait mouche. À la différence de la chromatique Black Mirror, elle reste très ancrée dans la réalité, celle des gens, celle d’une famille moyenne qui se croit à l’abri et qui se fait doucement emporter dans le tourbillon d’un futur qui nous broie les uns après les autres.

Une intimité violée par la technologie

Malgré un programme plus que dense pour le spectateur, l’intelligente narration utilisée – qui fait défiler certaines périodes en quelques secondes, toujours enrobées par ces chants aux airs de fin du monde – permet d’alléger l’ensemble et capte l’attention avec efficacité. L’aspect le plus marquant du show est sans aucun doute l’intrusion de la technologie dans l’intimité quotidienne, encore une fois à la manière de Black Mirror.

Cette incursion toujours plus flippante de l’intelligence artificielle et des machines dans notre vie est incarnée principalement par la jeune Bethany, l’une des ados de la famille, qui confie à ses parents être transhumaine. Elle fait partie de la génération post-millenials, celle qui était née avec les écrans dans les mains, et préfigure un nouvel âge hypothétique et tellement effarant, celui où certains ne voudraient faire qu’un avec le digital, comme encombrés par leur propre corps. Telle une nouvelle révolution technologique, cette mouvance tend à soustraire son anatomie au service du gouvernement et prend la forme d’un nouveau type d’asservissement.

Comme un gage de crédibilité, le très sérieux média spécialisé Wired a lui même adoubé les hypothèses technologiques formulées par Years and Years. Qu’il s’agisse de passer des appels avec la main, générer des hologrammes en lieu et place de notre visage, recycler son corps ou transférer sa conscience dans le Cloud, les possibilités évoquées nous paraissent loin dans le temps. Et pourtant.

Un drame familial techno-politique à dévorer d’urgence

L’autre versant primordial du show est éminemment politique. Dans un Royaume-Uni post-Brexit et gagné par le populisme (qui résonne encore plus suite à la nomination de Boris Johnson au poste de premier ministre), la figure de Vivienne Rook, ancienne entrepreneuse devenue politicienne et magnifiquement interprétée par Emma Thompson, provoque sans cesse dans un monde où l’image médiatique prend toute la place face aux idées. En nous peignant ce futur déjà réalité à bien des égards, Years and Years cherche sans aucun doute à nous faire réfléchir sur le présent déjà bien sombre dans lequel nous évoluons.

years and years
Emma Thompson dans la peau de la terrifiante Vivienne Rook. © BBC / HBO.

Lire aussi > Le premier trailer pour la série biopic sur le Wu-Tang Clan est là (et ça promet)

Last but not least, les membres de la famille Lyons sont tous parfaitement taillés par les scénaristes, qui arrivent à les rendre terriblement attachants. Socle solide et inséparable, la tribu témoigne à travers ses histoires des affres et difficultés amenées par cette nouvelle ère. Le frère aîné Stephen, conseiller financier aisé, fait face à un krach bancaire sans précédent. Sa sœur Edith, activiste politique, voit sa durée de vie écourtée par un tragique incident. Daniel, leur frère, tente d’aider un réfugié ukrainien dont il tombe amoureux. Rosie, la benjamine de la famille, perd son emploi et doit bâtir un nouveau projet. Quant à Muriel, leur grand-mère nonagénaire, elle est ici la figure d’un ancien temps précédant l’entrée au XXIème siècle, tentant tant bien que mal de s’adapter aux changements constants de ce monde. Ce drame familial techno-politique s’offre par quelques moments joie et sourires, don’t worry, pour atténuer la lourdeur du récit. Et nous touche en plein cœur. À dévorer d’urgence.

Years and Years sera dispo sur BeTv à la rentrée (pas encore de date précise annoncée)

CIM Internet