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Unbelievable, une série indispensable sur l’accompagnement des victimes de viol

Unbelievable

Marie Adler, interprétée par Kaitlyn Dever dans Unbelievable. | © Netflix

Séries télé

La nouvelle série Netflix Unbelievable s’intéresse moins au violeur et à ses odieux crimes qu’à un autre méchant : le système qui nie la parole des victimes.

Attention, spoilers.

« Encore une série criminelle », aurait-on pu souffler à la sortie de Unbelievable, le 13 septembre dernier. Si Netflix excelle dans le genre, il en abuse également. Après une flopée de séries, films, documentaires sur des serial killers, d’enquêtes policières et de procès palpitants – dont l’excellent When They See Us, le géant du streaming livre une nouvelle minisérie coup de poing, et évite par la même occasion la saturation.

Tout commence dans l’appartement de Marie, une jeune femme de 18 ans, en état de choc, aux yeux rougis de larmes. Entre les flash-backs violents, elle tente péniblement de décrire le viol qu’elle vient de subir. Au petit matin, un homme masqué est entré dans son appartement, l’a menacée avec un couteau, l’a ligotée, l’a violée durant plusieurs heures, avant de prendre des photos et de quitter les lieux. Cette histoire, d’une violence inouïe, Marie devra la raconter à cinq reprises en moins de 24 heures : chez elle, lors d’un pénible examen médical, au commissariat, oralement et par écrit. Puis encore le lendemain. À force de raconter son agression et voulant en finir le plus rapidement possible, de petites incohérences apparaissent, et les hommes chargés de l’enquête et heurtés à un manque de preuves matérielles commencent à douter de son témoignage. D’autant que son ancienne mère d’accueil, Judith, décrit au détective Parker une « jeune adolescente compliquée » avec un net besoin d’attention, une enfant du système ayant connu de multiples familles d’accueil, dont certaines abusives.

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Épuisée et sous la pression des policiers, la jeune femme poussée à bout finit par leur donner ce qu’ils veulent : elle se rétracte et signe un document admettant qu’elle a menti. Débute alors un nouveau cauchemar : en plus du traumatisme lié au viol, Marie perd ses amis, la confiance de ses proches, son logement et son travail. Pour couronner le tout, elle est poursuivie par la ville pour « fausse déclaration ». Au-delà du portrait d’une femme victime d’un prédateur, Unbelievable dénonce un système défaillant lorsqu’il s’agit d’entendre et de protéger les survivantes. « Vous savez, personne n’accuse jamais une victime de vol de mentir », déclare l’avocat de celle qui est incarnée par une touchante Kaitlyn Dever dans une scène. « Ou quelqu’un qui a dit qu’il avait été victime d’un vol de voiture. Ça n’arrive pas. »

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Marie face aux deux policiers chargés de l’enquête. © Netflix

Un contraste saisissant entre les deux enquêtes

Mais la nouvelle pépite Netflix montre également qu’il est possible de traiter les personnes signalant des crimes horribles avec sensibilité et respect, qu’il est possible d’enquêter sur les cas de viol de manière à ce que les victimes obtiennent davantage justice, et non moins. Telle une lueur d’espoir, le deuxième épisode en est la preuve. En parallèle du calvaire de Marie, Unbelievable raconte celle de deux enquêtrices obstinées, interprétées par Merritt Wever et Toni Collette, qui écoutent les victimes et les respectent. Elles sont déterminées à trouver l’auteur d’une série de viols perpétrés dans l’État du Colorado en 2011. Le contraste entre les deux binômes est saisissant. La première enquêtrice à apparaître à l’écran, Karen Duvall, est patiente, professionnelle et empathique. Elle propose à la victime nommée Amber de parler dans un endroit privé, avant de l’écouter attentivement et la rassurant à plusieurs reprises. Elle affirme également à la jeune femme de 22 ans que les infirmières sur le point de l’examiner sont bien formées et sensibles.

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Cette séquence fait chaud au coeur, et montre à quel point la série traite avec bienveillance ses personnages. Contrairement à d’autres séries policières qui représentent les victimes comme une masse informe, Unbelievable les humanise, montre leurs différentes personnalités et manières de réagir face au traumatisme. Ici, vous ne trouverez pas non plus du « rape porn », des agressions sexuelles mises en scène de manière gratuite et objectifiante. Les seules images de violence diffusées sont nécessaires. Dans le premier épisode, des flashbacks du viol qu’a subi Marie prouvent qu’il ne s’agit pas d’une invention, contrairement à ce que la police finit par lui faire dire. À la fin de la série, les deux enquêtrices regardent une collection de photos, des trophées, que le violeur en série a pris de ses victimes. Pas la peine de les voir pour imaginer à quel point elles sont choquantes, les visages des deux femmes qui peinent à rester insensibles suffisent amplement.

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Merritt Wever et Toni Collette interprétant les deux enquêtrices acharnées. © Netflix

Et après ?

Centré sur la parole des femmes, Unbelievable est créé par l’une d’entre elles : Susannah Grant, à qui l’on doit le scénario d’Erin Brockovich, une autre femme luttant contre l’injustice. Pour ce nouveau récit, la showrunneuse s’inspire une nouvelle fois de faits réels, adaptant une longue enquête sortie en 2015 sur le site ProPublica, An Unbelievable Story of Rape, qui a valu un prix Pulitzer à ses auteurs, T. Christian Miller et Ken Armstrong. Sans jamais tomber dans le sensationnel et perdre de son commentaire social, sa série fustige le déni des institutions face aux violences faites aux femmes. Si la réalité fait que les deux binômes sont masculin et féminin, les deux détectives qui n’ont pas cru Marie ne sont pas non plus dépeints de manière manichéenne. Sans formation, ils ont simplement tenté – maladroitement, certes – de faire leur boulot correctement. Le discours du détective Parker sur les « mauvais policiers » en dit long. « Prochaine fois, faites mieux », lui dit Marie, après avoir reçu des excuses de sa part. C’est ce que la série nous fait espérer : que le système pourrait réellement être meilleur.

 

 

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