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Avec Watchmen, HBO joue sur un improbable mélange des genres

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Watchmen, l'étrange série de HBO inspirée par un comics culte. | © HBO

Séries télé

Watchmen va bien au-delà de la simple adaptation du comics culte d’Alan Moore et Dave Gibbons et redéfinit les codes de la série de super-héros. Et le réalisateur sait que ce nouveau show HBO ne plairait pas à tout le monde.

Suprémacistes blancs, pieuvres tombées du ciel et un homme bleu sur Mars : la chaîne américaine HBO n’a pas lésiné pour adapter le comics culte Watchmen, prenant le parti de désorienter son audience avec cet improbable mélange des genres. Publié pour la première fois en 1985, Watchmen est un monument de la culture comics, sensiblement plus noir et torturé que la plupart des bandes dessinées D.C. Comics, son éditeur, ou de son tout-puissant concurrent Marvel. Il s’agit d’une uchronie – version alternative et imaginée de l’Histoire -, qui dépeint une Amérique de 1985 présidée par Richard Nixon – qui a dans la vraie vie démissionné en 1974 -, dans laquelle les super-héros, interdits par la loi, ont quasiment tous pris leur retraite.

À la différence du film Watchmen – Les Gardiens, sorti en 2009, qui collait fidèlement à ce récit, le créateur de cette série télévisée en neuf épisodes, Damon Lindelof, a tenté un pari beaucoup plus audacieux, dont le résultat sera diffusé à partir de dimanche sur HBO, et sur BeTv pour les Belges. La question des super-héros est reléguée au second plan, du moins au départ. Et New York est supplantée par Tulsa – une ville de l’Oklahoma qui connut en 1921 de gravissimes émeutes raciales – où des policiers masqués luttent contre des suprémacistes blancs ultra-violents. Malgré ce changement de décor, et un bond en avant de plus de 30 ans, la problématique reste assez proche de celle du Watchmen originel, centrée autour du rôle du héros masqué, la perception qu’en a la société et ses rapports avec la loi et la moralité.

Héros névrosés

Depuis plusieurs années, Marvel et D.C. entretiennent la popularité des super-héros en appuyant volontairement sur les failles et les questionnements de leurs personnages. Watchmen va très loin dans cette voie, avec ses héros névrosés, qui se réfugient derrière leur masque, capables d’afficher la plus ferme assurance puis de sombrer, l’instant d’après, dans leurs angoisses.

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J’aime regarder une série dont il est difficile d’identifier le genre.

Co-créateur de la série Lost, Damon Lindelof a choisi de mêler les genres, avec du policier, de la science-fiction, de la fresque historique ou du thriller politique, qui se télescopent dans un chaos millimétré. « J’aime regarder une série dont il est difficile d’identifier le genre », a expliqué, dans une vidéo mise en ligne par HBO, celui qui a aussi co-créé la série The Leftovers. « C’est quelque chose que j’ai voulu recréer pour les gens qui viennent à Watchmen pour la première fois ».

Pour ajouter un peu à la confusion, Damon Lindelof a choisi de ne dévoiler le tableau que très progressivement, quitte à perturber le téléspectateur, a fortiori celui qui ne connaîtrait rien de l’univers Watchmen. « C’est comme tout ce qu’il a déjà écrit », a expliqué l’actrice Regina King, qui joue la policière Angela Abar, à l’émission TV Insider. « C’est au compte-goutte. (…) Mais cela prend plus de sens au fur et à mesure, vous comprenez les connections et à la fin, vous êtes récompensés. »

Damon Lindelof le sait déjà, certains ne s’y retrouveront pas. « Ce ne sera pas apprécié de façon universelle », a-t-il anticipé dans un entretien au site Vulture. « J’ai fini par l’accepter. »

Avec Belga

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