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The Game Changers : le nouveau documentaire Netflix qui secoue les spectateurs

Unsplash / Victor Freitas

Séries télé

The Game Changers, c’est le nouveau documentaire américain qui remue les esprits et provoque les réactions hallucinées des internautes. Disponible en ce moment sur Netflix, il propose une plongée dans le monde des sportifs de haut niveau qui, loin des idées préconçues, ont vu leurs performances décupler grâce à l’adoption d’un régime végétarien ou végan. 

 

The Game Changers suit le parcours de James Wilks, un entraîneur d’élite des forces spéciales et vainqueur de The Ultimate Fighter 2009, qui, blessé lors d’un entraînement et souhaitant hâter sa guérison, parcourt le monde en quête de vérités sur la viande, les protéines et la force physique. James va rencontrer des athlètes d’élite, des soldats d’opérations spéciales, des scientifiques visionnaires, des icônes culturistes et des héros de tous les jours. Ce qu’il va découvrir va changer à jamais sa compréhension de la nourriture et sa définition de ce qu’est la véritable force. C’est en tout cas de cette façon que nous est pitché le dernier documentaire Netflix qui ne cesse de faire parler de lui depuis sa sortie. Si les raccourcis sont un brin simplistes et le discours ultra orienté, ce documentaire de 103 minutes a le mérite de faire réfléchir sur un cliché qui a la dent dure : la viande est synonyme de force.

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Le documentaire Game Changers vient de sortir le 16 octobre dernier sur Netflix et il provoque déjà un bouche-à-oreille de tous les diables sur les réseaux sociaux. Il faut dire qu’un fameux coup de pub a été organisé autour du film. On nous vante ainsi que le réalisateur n’est autre que le documentariste Louie Psihoyos déjà lauréat d’un Oscar, et les producteurs, James Cameron, Arnold Schwarzenegger, Jackie Chan, Lewis Hamilton, Novak Djokovic et Chris Paul (tous sont végétariens voire vegan). 

 

 

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Fort comme Maximus

Quoi de plus fort qu’un gladiateur ? C’est sur ce symbole de virilité et de résistance physique que s’ouvre l’argumentaire de The Games Changers. On apprend que des archéologues qui ont analysé les ossements des gladiateurs romains y ont détecté une densité minérale très élevée. Ces derniers possédaient des os extrêmement solides et, comme par hasard, ils étaient tous végétariens, avec une alimentation essentiellement à base d’orge. On revient ensuite sur la défaite de Conor McGregor contre Nate Diaz en UFC en 2016. McGregor, gros mangeur de viande, se vantait de pouvoir battre Diaz lors de leurs échanges de joutes verbales en conférences de presse, tout en méprisant le régime végan de Diaz qu’il considérait comme un symbole de sa faiblesse et donc de sa future défaite. McGregor était resté invaincu depuis 2010 et Diaz n’avait eu que 12 jours de préparation avant le combat. Pourtant Diaz gagna au second round, face à un McGregor complètement submergé par son énergie.

Les témoignages s’enchaînent. Celui de l’ultra-marathonien Scott Jurek, qui a découvert que son régime vegan lui permettait de courir sur de très longues distances. L’homme a gagné le Badwater Ultramarathon en 2005 et 2006. Qualifiée comme la « course à pied la plus dure au monde », ce marathon sur route d’ultrafond consiste à parcourir 217km en plein cagnar dans la vallée de la Mort en Californie. On entend aussi la championne australienne du 400m, Morgan Mitchell ou encore Dotsie Bausch, championne du monde de cyclisme sur piste. Toutes deux sont végan et ont vu leurs performances exploser suite à l’adoption de ce nouveau régime sans viande.

 

 

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Les États-Unis et le règne de la viande

Au-delà des exploits d’athlètes, le documentaire s’attarde sur les arguments de différents experts et scientifiques qui nous éclairent sur les sources infinies de protéines que constituent les végétaux, contrairement aux idées reçues. Si toutes les interventions des spécialistes sont ultra orientées, il faut cependant admettre que The Game Changers a le mérite de remettre en question une veille croyance encore trop souvent d’actualité : la viande rendrait fort, la viande vous permettrait d’être un homme, un vrai. Ces préceptes marketing sont particulièrement présents aux États-Unis, qui demeure l’un des pays où l’on consomme le plus de viande au monde, environ 100 kilos par an et par personne (contre 70 à 80 en Europe). Les raisons sont avant tout culturelles et éducationnelles. Aux USA, la viande est présentée comme synonyme de patrie. Elle y est également moins chère et jouit d’une meilleure traçabilité.

Le documentaire nous apprend sans surprise que cette réalité constitue une véritable catastrophe environnementale : 3/4 des terres dans le monde sont consacrées à alimenter le bétail. Ce bétail, destiné à finir dans nos assiettes, consomme beaucoup plus de protéines qu’il n’en produit. Cette réalité est l’une des principales causes de déforestation. Les chiffres sont relativement éloquents, et visent à créer un véritable choc au sein du public. Parmi ceux-ci, on apprend par exemple qu’il faut 2 400 litres d’eau pour créer un hamburger.

 

On a demandé à une diététicienne ce qu’elle en pensait

Mathilde Hanuise est diététicienne spécialisée dans la diététique du sportif. Elle est aussi triathlète et a participé à l’Ironman d’Hawaï le 10 octobre dernier. Selon elle, sport intensif et végétarisme ne peuvent cohabiter qu’à condition d’un suivi médical sérieux et surtout, d’un bon ressenti personnel.

 

Est-ce que le végétarisme est bon pour les sportifs ? 

On peut tout à fait s’en sortir en tant que sportif en supprimant la viande, mais il faut être vigilant sur l’apport d’acides aminés essentiels. Si vous voulez supprimer la viande, vous pourrez continuer à les trouver dans les oeufs, le fromage blanc et le poisson. Si vraiment, vous voulez devenir végétalien, alors il est important de contrôler les éventuelles carrences grâce à des prises de sang régulières et d’opter, en tant que sportif, pour des sources de protéines végétales complémentaires (combinaisons de céréales /légumineuses et fruits oléagineux) et éventuellement de compléments alimentaires sous forme de poudres vegan à base de pois, de lentilles, de noix, de légumineuses ou de céréales, par exemple. La pratique du sport abîme les fibres musculaires et il est donc important pour les sportifs d’assurer un apport suffisant en protéines, même s’ils ne mangent plus de viande.

 

Peut-on se passer de viande dans l’absolu ? 

Oui et non. Les protéines animales contiennent tous les acides aminés nécessaires au bon fonctionnement du corps. Les protéines végétales ne possèdent pas ces acides aminés. Il est donc important de trouver ces acides aminés essentiels dans les oeufs, le fromage blanc, les lentilles, le riz, etc. si vous êtes végétarien. Pour les sportifs vegan, il est possible de compenser par la prise de poudres vegans qui combleront les carences. Ces carences se situeront surtout au niveau de la vitamine D (très présente dans le poisson et le jaune d’oeuf), la vitamine B12, le fer (que l’on assimile mieux en mangeant de la viande que via les végétaux), les oméga-3 (qu’on retrouve surtout dans les poissons gras mais qu’on peut compenser à travers des bonnes huiles). 

En tant que sportif végétarien ou végétalien, je vais donc devoir faire attention à ces 4 risques de déficience. Même si elles ne vont pas apparaître du jour au lendemain. Sur base de prises de sang, il s’agira d’identifier les compléments alimentaires ou les combinaisons de protéines végétales que je vais devoir consommer pour me fournir en acides aminés essentiels.

 

Est-ce qu’un régime végétarien ou vegan peut aider à augmenter ses performances sportives ? 

Je ne peux pas me prononcer là-dessus à 100%. Il s’agit avant tout d’un feeling personnel. Personnellement, je suis sportive de haut niveau et je n’adopterais pas un régime végétalien. À la rigueur, un régime végétarien me semble davantage réalisable, car vous pouvez continuer à trouver vos protéines dans les oeufs et le fromage blanc, entre autre.

Après, je pense qu’il est important pour la santé de limiter tout ce qui est viande rouge et volaille. Manger trop de viande peut fatiguer l’organisme et, selon certaines études, augmenter le risque de cancers. Lors de phases de sport intensives durant lesquelles vous devez manger hyperprotéiné pour récupérer et maintenir un système immunitaire optimal, je préfère privilégier tout ce qui est poissons (qui procurent des bonnes graisses et sont beaucoup plus digestes), oeufs, fromages blancs maigres,…

Mais je dirais qu’opter pour ces types de régimes dépend avant tout de la sensibilité de chacun. Certains vont ressentir des troubles digestifs en consommant trop de protéines. D’autres encore ne tolèrent pas les oeufs ou le lait de vache.

J’aimerais aussi ajouter qu’il y a une notion de timing, de périodicité et de quantité dans la consommation de protéines. Les protéines ne sont pas le carburant essentiel durant l’effort. Selon la discipline sportive, je conseille de les diminuer en périphérie d’une compétition au profit des glucides, qui constituent le carburant essentiel lors d’un effort en compétition. Par contre, les protéines devront être bien présentes durant les phases de récupération au quotidien, lors des charges d’entraînements parfois très volumineuse chez les sportifs de compétition.

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