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Tout ce que vous devez savoir… « The Crown »

La nouvelle saison arrive sur Netflix.

La saison 3 est diffusée ce 17 novembre. | © The Crown / Netflix

Séries télé

La plus insulaire des séries britanniques revient pour une troisième saison sous le signe du paradoxe.

PETER MORGAN, OBSÉDÉ HISTORIQUE Depuis 2016 et la création de la série qui a déjà raflé pas moins de sept trophées, dont deux Golden Globes, le showrunner de The Crown s’applique à rapporter le quotidien de la reine Elizabeth II avec un sens maniaque du détail. Ces dix nouveaux épisodes, qui couvrent treize ans de règne – de 1964 au jubilé d’argent de 1977 –, n’échappent pas à la règle en mêlant crises politiques et drames intimes. À cela près que, Churchill décédé, Morgan préfère effleurer l’histoire de son pays pour mieux se concentrer sur les déboires de la famille royale. La nomination du Premier ministre travailliste Harold Wilson, le soulèvement des mineurs britanniques ou la catastrophe d’Aberfan en 1966 deviennent la toile de fond des névroses royales. Entre tragédie shakespearienne et patriotisme à l’ancienne (celui de lord Mountbatten), le clan Windsor se lézarde.

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DOSSIERS SECRETS Relations masochistes, spirale autodestructrice : si Margaret fait figure de parangon nihiliste, le prince Philip n’a rien à lui envier au sein de ce portrait de famille en clair-obscur. Il était précédemment incarné par un Matt Smith volage et puéril. Tobias Menzies le rend amer, à la limite de la condescendance, même quand il rencontre les pionniers de la conquête spatiale Armstrong, Collins et Aldrin… Ou quand il renoue avec sa mère, la princesse Alice de Battenberg, recluse dans un couvent en Grèce où elle a choisi la vie religieuse : l’occasion de lever le voile sur un pan inconnu de l’histoire de la Grande-Bretagne.

OLIVIA COLMAN, NOUVELLE SOUVERAINE INSAISISSABLE Figure imposée dès les débuts de la série : le renouvellement de son casting toutes les deux saisons (le show devrait en compter six). Un exercice de style relevé haut la main : Olivia Colman, habituée aux rôles de têtes couronnées après avoir campé la reine Anne d’Angleterre dans La favorite (Oscar 2019 de la meilleure actrice), succède à l’ingénue Claire Foy. Passes d’armes, humour à froid, reparties cinglantes : la comédienne de 45 ans fait d’Elizabeth un modèle d’aspérités et de contradictions, en même temps qu’elle réussit l’exploit de libérer la série de son carcan hagiographique. Le 31 octobre dernier, Colman était faite commandeur de l’ordre de l’Empire britannique par la princesse Anne en personne.

MARGARET, LA FACE CACHÉE DE LA COURONNE 

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Fait assez remarquable pour être souligné : The Crown réserve son autre rôle phare à une actrice de 53 ans. Helena Bonham Carter, désarmante de conviction sous les traits de la princesse Margaret, affirme être allée jusqu’à consulter un médium pour entrer en contact avec son personnage. Elle donne un relief fabuleux à ses excès et ses frasques. La série part de l’hypothèse quasi freudienne selon laquelle la comtesse de Snowdon aurait toujours voulu être souveraine à la place de son aînée. L’une suit le protocole au point de s’y dissoudre, l’autre implose sous son poids.

CHARLES, LE GRAND PERDANT

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Ultime victime du système, le fils aîné de la Reine fait figure de dindon de la farce. De l’héritier de la Couronne, The Crown fait un portrait au vitriol : timide, lâche, marionnette enamourée de Camilla Shand, future Parker Bowles, Charles ploie sous le mutisme imposé par sa mère… The Crown préfigure la volonté d’émancipation du prince Harry. Son père serait allé jusqu’à boycotter la série, jugeant qu’elle nuisait à son image de futur souverain. Nul doute que la prochaine saison, qui mettra également en scène Gillian Anderson dans le rôle de Margaret Thatcher, et qui fera son miel de la relation de Charles avec la princesse Diana, ne calmera pas ses craintes.

OÙ ET QUAND : Netflix, à partir du 17 novembre

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