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« Don’t F**k with Cats » : 3 choses à savoir sur la nouvelle série Netflix aussi virale que malaisante

Don’t F**k with Cats c’est la règle zéro d’Internet. Autrement dit, « On ne déconne pas avec les chats ».

Séries télé

Après Making a Murder, Ted Bundy et le récent Gregory, Don’t F**k with Cats prend place et risque bien de remporter la palme de la série la plus malaisante de la célèbre chaîne de VOD.

 

Don’t fuck with cats, c’est la règle zéro d’Internet. Autrement dit : « on ne déconne pas avec les chats ». Derrière ce titre très underground se cache en vérité une histoire aussi abjecte que fascinante, celle de Luka Rocco Magnotta.

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La série revient sur la genèse et les frasques de celui qu’on appelle « le dépeceur de Montréal ». Ce dernier avait commencé par se faire connaître à travers la publication de vidéos de chatons torturés puis tués en ligne. Des vidéos accessibles pendant plusieurs heures à tout le monde, avant leur censure.

La première, anonyme et intitulée « 1 Boy, 2 Kittens », montrait deux chatons se faire asphyxier dans un sac à l’aide d’un aspirateur. La vidéo avait déchaîné les passions auprès des internautes et créé une communauté en ligne prête à tout pour trouver le monstre à l’origine de cette vidéo horrible. Exalté par l’attention qu’il reçoit, Magnotta a continué à poster des vidéos encore plus dérangeantes… allant même jusqu’à commettre un meurtre, filmé lui aussi.

 

1) « S’il n’existe pas sur le dark web, ça va venir »

Au lieu de la célèbre règle 35 du web, « S’il n’existe pas de porno à ce sujet, ça va venir », on devrait plutôt énoncer « S’il n’existe pas sur le dark web, ça va venir ». C’est en tout cas ce qui pourrait résumer le dernier documentaire Netflix, « Don’t F**k with Cats ».

Mais revenons d’abord sur les premiers mots d’ouverture de la série, prononcés par Deanna Thomson, employée dans un casino de Las Vegas, et qui va mettre tout son temps au service de la traque de Rocco Magnotta avec l’aide d’autres internautes :

« Internet est infini. C’est la jungle. Il y a le côté heureux, où on y voit d’adorables petits bébés, des enfants à l’école, et où les gens aiment les chats, ils les adorent. Et puis, il y a un autre côté, où c’est tout et n’importe quoi. Le côté sombre. Porno, violence, des chutes, des statues religieuses bafouées, de la cruauté envers les personnes âgées, des bagarres, des détournements de la statue de la liberté, et personne ne s’offusque. Personne ne moufte. »

Internet est une véritable révolution pour les esprits curieux, n’importe quel néophyte peut apprendre à peu près tout ce qu’il veut grâce à des tutos sur Youtube, aux forums en ligne sur à peu près tout, ou à Wikipédia. Mais on peut aussi avoir accès aux pires ignominies. Ce qui questionne et fascine surtout dans Don’t F**k With Cats, c’est l’ampleur de ce contenu illégal et caché sur le web.

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C’est ce qu’on appelle la partie immergée d’Internet. On ignore exactement dans quelle proportion se situe le dark web. On estime que sa couche un peu moins profonde, le deep web, représenterait à elle seule 70 à 75% du web total. Il s’agit de tous les contenus qui ne sont pas indexés par les moteurs de recherche, de façon volontaire ou non. Il faut donc connaître l’adresse précise du site Internet pour y accéder.

Netflix / Don’t F**k with Cats

Le dark web est encore plus difficile à atteindre. Il est uniquement accessible via des navigateurs spécifiques dédiés (inutile d’essayer sur Chrome ou sur Safari donc). Il peut abriter des défenseurs de la liberté d’expression et certains opposants politiques réprimés. Mais il est surtout le lieu de tous les crimes et de toutes les malversations possibles et imaginables : drogue, cartes bancaires, armes, pédopornographie, torture, cannibalisme, sexe extrême, tueurs à gage, achat d’organes,…

 

2) Des cyber-détectives amateurs plus forts que la justice

Ce que nous montre surtout la série, ce sont les nouvelles opportunités qu’Internet offre à tout un chacun. Il est désormais possible de s’inventer journaliste, photographe, et même… détective. Grâce aux forums de discussion, aux données de localisation, à Google Maps et à tout le foisonnement d’informations contenues sur le web, il est possible de traquer une personne sur le moindre indice qu’elle aurait pu laisser. C’est ce que vont d’ailleurs faire un grand nombre d’internautes réunis sur des groupes Facebook dédiés à Magnotta.

Netflix / Don’t F**k with Cats

Le documentaire nous fournit l’interview quasi-continue des deux plus obstinés d’entre eux : Deanna Thomson et John Green. Ces deux parfaits inconnus seront au courant avant les médias, et même avant la police, du danger que représente Magnotta.

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Cette volonté des internautes de s’inventer cyber-détectives professionnels s’était déjà démontrée suite à la publication du documentaire Netflix sur l’affaire encore irrésolue du petit Gregory. La série de cinq épisodes sortie cette année a relancé les questionnements autour de l’enquête et surtout les spéculations des enquêteurs amateurs sur Facebook. Des milliers d’internautes décidaient soudain de rejoindre les différents groupes Facebook dédiés à la recherche de la vérité sur le meurtre de l’enfant en 1984. Vidéos, photos, montages, théories et avis tranchés se succèdent. Avec eux, leurs lots d’abus et de diffamations.

 

3) Voyeuriste = complice ?

Les dernières scènes de l’épisode 3 de la série montrent la popularité que va finalement connaître Luka Magnotta. Le jeune-homme est arrivé à ses fins, puisque ce sont hélicoptères, badauds entourant l’aéroport et médias accros au sensationnalisme qui vont suivre le rapatriement de Berlin à Montréal de cette nouvelle star démoniaque.

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Ce que dénonce la série, ce ne sont pas tant les actes barbares de Magnotta, que le comportement des internautes. La conclusion de Netflix est simple : « Vous êtes tout aussi voyeurs que ceux qui ont encouragé Magnotta à sévir par leur curiosité malsaine ». Difficile de vraiment prendre la leçon au sérieux, tant elle est amenée maladroitement et tant le service de streaming fonctionne plus que jamais sur la tendance des histoires criminelles trash. En témoigne la dernière série provocatrice, Messiah. Peut-il se servir du prétexte de faire prendre conscience à ses spectateurs de leur propre voyeurisme pour justifier le choix de sujets toujours plus appâtants ? Un peu facile…

 

 

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