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Shonda Rhimes : «Le multiculturalisme dans mes séries existait déjà dans la vraie vie !»

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Shonda Rhimes en 2017. | © VALERIE MACON / AFP.

Séries

Shonda Rhimes, la big boss du petit écran américain, créatrice de « Grey’s Anatomy » et « Bridgerton », revient avec deux séries qui prennent le pouls de notre ère. Rencontre.

D’après un article Paris Match France de Claire Stevens

« Ma plus grande réussite, c’est d’avoir raconté des histoires auxquelles je crois dur comme fer » : abonnée aux cartons d’audience planétaires, Shonda Rhimes peut se vanter d’avoir créé, en près de vingt ans, des fictions qui ont marqué leur époque : How to Get Away with Murder, Scandal, Private Practice et Grey’s Anatomy, dix-huit saisons et trois cent quatre-vingt-huit épisodes.

Fin 2020, la « queen of television » s’illustrait avec un autre record : sa Chronique des Bridgerton, hit écrit pour Netflix, avec qui elle a signé un contrat d’exclusivité en 2017, devenait le show le plus visionné de la plateforme avant d’être détrôné par Squid Game. Iconoclaste, le bulletin mondain mettait en scène les amours contrariées de Daphne Bridgerton et du duc de Hastings Simon Basset, calques inversés de Meghan et Harry, dans une Régence anglaise uchronique et métissée. Fondé sur la saga littéraire de Julia Quinn, le phénomène s’est vu renouvelé pour trois saisons supplémentaires… Du pain bénit pour Rhimes : « Ces livres offrent un formidable terrain romanesque, à partir desquels tous les formats sont envisageables. » Un spin-off consacré à la reine Charlotte, régente implacable et double évident de la créatrice, serait aussi en gestation.

Elle a fait d’Anna Sorokin, un personnage glacial, la star de son nouveau feuilleton « Inventing Anna »

En parallèle, elle a fait d’une anti-héroïne la star de son nouveau feuilleton, « Inventing Anna », mis en ligne début février. Rhimes y narre l’existence outrancière de la jeune Anna Sorokin, fausse socialite allemande d’origine russe qui défraya la chronique à la fin des années 2010 en plumant de riches Américains avant de passer par la case prison. Prise de risque notoire que ce personnage antipathique et glacial, à l’opposé de ses figures féminines nettement moins clivantes : « J’avais envie de me pencher sur le destin de cette fille remarquablement intelligente, arrogante, prête à tout pour arriver à ses fins. Anna Sorokin est ce pur produit de l’ère Trump où le paraître l’emportait sur tout. Pour autant, je ne fais pas de politique avec ce programme. » Ambiguë, mordante, c’est pourtant la plus abrasive de ses livraisons.

Avec ses personnages de femmes fortes et des castings inclusifs, l’Américaine a fait bouger les lignes à Hollywood

Croquer ou devancer l’époque, défier les stéréotypes ? Shonda Rhimes s’en défend. Se hérisse, même : « Le multiculturalisme que j’ai fait valoir dans mes séries existait déjà dans la vraie vie ! La seule différence, c’est que jusqu’alors il n’était pas représenté à l’écran, ce que je trouve désastreux. Ai-je changé les mentalités ? Ça n’a jamais été mon but. Posez plutôt la question à des scénaristes blancs de sexe masculin. Peut-être était-ce à eux de s’en préoccuper. » Il n’empêche : en cassant les codes de la fiction, en imposant des personnages de femmes fortes et des castings inclusifs, l’Américaine de 52 ans a fait bouger les lignes à Hollywood. Regé-Jean Page en sait quelque chose : propulsé au firmament grâce au seul rôle de Simon Basset dans Bridgerton, le Britannico-Zimbabwéen de 34 ans est désormais pressenti pour incarner James Bond.

Lire aussi. Shonda Rhimes veut produire au moins huit saisons de « La Chronique des Bridgerton »

« Pas un jour ne se passe sans qu’on (re)diffuse quelque part dans le monde un épisode d’une de mes séries », déclarait en 2016 celle qui se définissait comme un « titan du petit écran ». En janvier, le magazine Time lui offrait sa une : ultime consécration pour cette mère célibataire de trois filles, bosseuse acharnée et adepte des formules chocs (« Je ne suis pas faite pour l’échec »). Elle se voit comme un modèle à suivre, moins par choix que par obligation : « Parce que je suis une femme, de couleur de surcroît, on me colle trop souvent cette étiquette. Or je suis d’abord une showrunneuse, incroyablement puissante, et qui fait du sacré bon boulot. Si ma démarche incite d’autres femmes à suivre mon exemple, tant mieux. »

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