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Pourquoi la fin de « Stranger Things » n’est pas à la hauteur de la série

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Spoiler alert. | © Netflix

Séries télé

Il aura fallu attendre plus d’un an pour retrouver l’univers terrifiant d’Hawkins. Et seulement quelques jours pour engloutir la deuxième saison. Si celle-ci est à la hauteur de nos espérances, les créateurs de la série ont presque tout gâché en quelques minutes. Les dernières.

Attention, si vous n’êtes pas à jour dans la nouvelle saison, ne lisez pas la suite de cet article.

Les vrais fans auront décompté les jours et les heures. Le jour J, l’excitation se mêle au stress, comme lors de retrouvailles avec un vieil ami perdu de vue mais si sympathique dans nos souvenirs. Dès les premières notes du générique, dès les premières lettres rouges descendant progressivement pour former « Stranger Things », les frissons apparaissent. C’est reparti.

En une soirée, le quatrième épisode est déjà entamé, la lecture automatique de Netflix a bien forcé à les enchaîner, sans aucune opposition de notre part. L’ami (ou la bande d’amis dans ce cas-ci) n’a pas changé : toujours aussi geek et aventurière. C’est bon de la retrouver mais (il y a toujours un mais) quelque chose a changé : battre des records aux jeux d’arcade et combattre les Demogorgon à coups de lance-pierre ne sont plus leurs seules préoccupations. Plus étrange et terrifiante que jamais, la nouvelle saison de Stranger Things est également plus romantique. Et c’est là que ça coince.

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Love is in the air

Qui dit nouvelle saison, dit nouveaux personnages. Bob Newby, incarné par Sean Astin, vient mettre de l’amour (et moins de stress) dans la vie de Joyce, la mère de Will. Surnommé le Super-héros, Bob est bien trop gentil pour l’univers de la série ou pour rester en vie. Autre nouvelle recrue : Maxine dit Max, MadMax ou encore la fonceuse. Interprétée par Sadie Sink (15 ans), la sœur de l’exécrable Billy va rapidement combler la place féminine laissée par Eleven dans le groupe, mais pas dans le cœur de Mike ou des fans. L’adolescente au skateboard va plutôt taper dans l’œil de Lucas et de Dustin, Will étant trop occupé avec son monstre. Les deux amis vont se disputer la même fille. Coup classique des comédies romantiques.

Les premiers émois amoureux, qu’on avait déjà pressentis dans la première saison entre Eleven et Mike, sont bien présents. Séparés tout au long de la deuxième saison, les deux adolescents montrent de la timidité ou encore de la jalousie, stades communs à l’amour naissant. De son côté, le trio amoureux Nancy/Steve/Jonathan prend de plus en plus dans la série et certains fans commencent même à pencher pour la #TeamSteve.

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Cliché inapproprié

La deuxième saison est un sans faute…jusqu’aux dernières minutes du dernier épisode. Le romantisme a pris trop de place sur le teasing de la saison 3, peu alléchant et répétitif. À trop vouloir reprendre les codes du cinéma américain des années 80, la série Stranger Things aurait-elle été prise à son propre piège ? Le summum du cliché : le Snow Ball, où la jeunesse américaine se laisse aller à ses « premières fois ». Premier baiser timide entre Eleven et Mike et entre Lucas et Max. La prochaine saison va-t-elle être centrée sur leurs histoires d’amour respectives ? Pour le deuxième duo d’acteurs, ce baiser est passé d’inutile à inapproprié. Dans « Beyond Stranger Things », l’actrice âgée de 15 ans explique cette scène, qui l’a quelque peu troublée.

Ce bisou avec Caleb McLaughlin, 16 ans, n’était pas prévu dans le scénario, les créateurs ont proposé cette scène sous forme de plaisanterie. « J’ai répondu : ce n’est pas dans le script, je ne le ferai pas. J’ai stressé toute la journée », explique Sadie dans l’épisode sur les coulisses de la série. Une angoisse qui a convaincu les frères Duffer de réellement tourner la scène. « Je ne faisais que plaisanter et tu étais tellement paniquée que je me suis dit qu’il fallait que je te le fasse faire. C’est pour ça que je dis que c’est de ta faute », a expliqué le créateur Ross Duffer.

Un aveu qui dérange, autant dans les faits que dans la manière légère avec lequel il est énoncé. Les internautes n’ont pas tardé à réagir. « Un réalisateur, un homme adulte, voit qu’une adolescente n’est pas à l’aise avec quelque chose et ça l’encourage encore plus à la placer dans la situation qui provoque son malaise. Et ensuite il dit (encore en se marrant) que c’est de SA faute. Le boulot d’un réalisateur c’est de tirer le meilleur de ses acteurs ET s’assurer qu’ils se sentent en sécurité et à l’aise. Même si ça a commencé comme une ‘blague’, ça reste dégoûtant et inapproprié », a écrit Anna, repérée par Paris Matchsur Twitter, grâce à la généralisation des messages à 280 caractères.

Hypersexualisation des acteurs

D’autres internautes ont surtout rappelé que « ce ne sont que des enfants ». Un détail que certains fans tendent à oublier. Finn Wolfhard, alias Mike, en a fait les frais récemment : une mannequin de 27 ans a publié un commentaire jugé déplacé à propos de l’acteur de 14 ans : « Appelle moi dans quatre ans, Finn Wolfhard », sous-entendant qu’elle attendait sa majorité. Interrogé par TMZ, le jeune garçon a répondu que son commentaire était « dégoûtant ». « C’est bien qu’elle se soit excusée… mais c’est bizarre ».

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Ce n’est pas la première fois que ses fans oublient son âge, le critiquant parce qu’il était sorti de son hôtel, sans signer d’autographes ou sans les saluer. « Imagine, tu as 14 ans et aucun cœur, ce qui fait que tu n’es même pas capable de t’arrêter pour tes fans, les personnes qui t’ont rendu célèbre au départ. WOW », avait réagi un internaute qui avait filmé la scène, rapporte RTL.fr. Sophie Turner, qui a commencé à jouer dans Game of Thrones à l’âge de 15 ans, a défendu l’acteur : « Bon sang… Voir des adultes attendre devant l’hôtel des enfants de Stranger Things, et abuser d’eux ensuite quand ils ne s’arrêtent pas pour eux, c’est super étrange. Primo : quel adulte avec toutes ses capacités mentales attend un ENFANT en bas d’un hôtel ? Et secondo : qui est offensé que cet ENFANT ne s’arrête pas ? Peu importe qu’ils soient des acteurs. Ce sont des enfants d’abord ».

Eleven « sexy »

Le cas de Millie Bobby Brown est celui qui choque le plus. En juin dernier, l’interprète d’Eleven figurait dans un classement d’acteurs et d’actrices les plus sexy de la télévision, établi par le magazine W, aux côtés de Milo Ventimiglia (This is Us), Nicole Kidman (Big Little Lies) ou encore Riz Ahmed (The Night Of), soit des adultes. À la neuvième place, à seulement 13 ans.

L’hypersexualisation des enfants stars, et surtout des jeunes actrices n’étonne plus personne à Hollywood. Lors de la promotion de la saison 2, Millie portait une robe noire, des chaussures à talons et du maquillage remarqué, lui donnant quelques années supplémentaires. Sans vouloir participer à « l’objectification ou à la sexualisation d’une mineure », un ancien dirigeant de NBC Universal a d’ailleurs fait la remarque : « Millie Bobby Brown vient de devenir une adulte, sous nos yeux (elle a 13 ans !) »

La sexualisation des enfants de Stranger Things, et plus particulièrement celle qui incarne la mangeuse de gaufres Eggo, pointe une nouvelle fois du doigt cette longue tradition hollywoodienne de vieillir les adolescents. Selon Sharon Lamb, professeure de psychologie à Boston, les jeunes filles stars sont souvent soumises à des pressions pour accélérer leur féminité et sexualité afin de paraître disponible pour les rôles d’adultes. Interrogée par Mashable, elle souligne que pour une ado « normale », « explorer son apparence est normal, c’est même drôle et excitant pour elle ». « Mais il y a une grande différence entre contrôler ces décisions et en être forcée ».

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