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Avec Dark, Netflix plonge au coeur des ténèbres et met la création européenne en lumière

Pas d'avenir, mais bien un passé, un présent et un futur qui se mélangent. | © Netflix

Séries télé

Atmosphère pesante, rythme hyponotique et décors hantés : Dark offre aux spectateurs une expérience à la croisée du film et de la série, où le réel s’emmêle avec le fantastique et la mythologie. Et assied le statut du géant Netflix en tant que parrain bienveillant de la nouvelle vague de création européenne. 

Cet été, Netflix a placé la barre très haut avec Ozark, psycho-drame policier au suspense aussi étouffant que l’humidité du Missouri. Et alors que les jours raccourcissent, le géant US met à nouveau les ténèbres en lumière avec Dark, la série allemande signée Baran Bo Odar. Le pitch : en 2019, quatre familles traumatisées par la disparition d’un enfant de douze ans tentent de résoudre les mystères qui entourent leur ville natale, la mystérieuse (et fictionnelle) Winden. Une ville inventée, comme pour mieux souligner le rôle de personnage de fiction à part entière que tient ici cette ville à la lisière de la forêt. Dans chaque scène, Winden crève l’écran, de sa forêt brumeuse à sa centrale menaçante en passant par les grottes mystérieuses où les protagonistes s’égarent dans l’espace et le temps.

Mystère et Ostalgie

Avec des références au labyrinthe du Minotaure et à la théorie de la relativité auxquelles se mêlent les allusions bibliques, Dark brouille les pistes entre le réel et l’imaginaire, porté par un jeu d’acteur brillant qui parvient à rendre les situations les plus improbables plausibles. Voyager à travers les époques ? Nul doute qu’à Winden, c’est possible. Et depuis le confort de son canapé ou de son lit, on voyage aussi grâce à l’Ostalgie qui crève l’écran dans la série. Au son de Nena, l’Allemagne pré-chute du Mur se reconstruit et on se trouve transporté dans un univers de walkmen et vêtements fluo dont la joyeuse désuétude ne font rien pour allonger l’ambiance pesante garantie par le scénario retors de la série.

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Netflix

Après Suburra qui emmenait les spectateurs dans les tréfonds de la pègre romaine, Netflix se dirige plus au Nord en produisant sa première série allemande, asseyant au passage fermement sa volonté d’implantation sur le territoire européen. Et si l’âge des principaux protagonistes ainsi que la dimension surréalistes font que la série a d’emblée été comparée à Stranger Things, elle pousse toutefois la noirceur bien plus loin que sa lointaine cousine américaine. En lieu et place de la bouille adorable de Dustin et sa bande, un gang d’adolescents aux sombres secrets, rassemblés par leur fêlures plutôt que par une dévotion à Donjons et Dragons. Dans le rôle de Jonas, l’ado au sempiternel ciré jaune le lumineux Louis Hofmann dont le minois angélique cache des non-dits ténébreux qui le rongent. Comme l’entièreté des habitants de Winden, ombre et lumière s’affrontent en lui, la culpabilité déroulant le fil rouge de cette série haletante dont la saison 2 est déjà attendue avec impatience.

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