Paris Match Belgique

Lambert Wilson : « Les Belges ne se prennent pas pour le centre du monde »

Pour Lambert Wilson, venir en Belgique est toujours un bonheur. D’ailleurs, sa cousine habite à Ath. | © Photo Bernard Demoulin

I like Belgium

Lambert Wilson est le Coup de cœur de la 33e édition du Festival international du film francophone à Namur. On le retrouvera bientôt au cinéma dans Au bout des doigts de Ludovic Bernard : le film le replonge dans l’univers de la musique et de la préparation des jeunes musiciens.

Un entretien réalisé par Marc Belmond

Paris Match Belgique. Vous prenez vos quartiers à Namur. Vous connaissiez la ville et son festival ?
Lambert Wilson. Le FIFF a une très belle image. Trente-trois années de vie, ce n’est pas rien. J’y retrouve des acteurs avec qui j’ai travaillé : Olivier Gourmet (sur le film L’Echange des princesses), mais aussi Thomas Musti. Ensuite, venir en Belgique est toujours un bonheur. D’ailleurs, je viens juste d’y revoir ma cousine : elle habite Ath.

Être Coup de cœur, ça vous flatte ?
De tels mots me surprennent toujours. Nous, les comédiens, nous avons l’impression d’être des usurpateurs. Comme si c’était un honneur qui ne s’adresse pas à vous, mais à un autre. Et puis, je souffre du syndrome d’avoir toujours 21 ans et de sortir d’une école de théâtre. Pourtant, cela fait quarante ans que je pratique ce métier. Mais je suis encore rongé par la même inquiétude qu’avant.

Vous avez tourné plus de cent films. Quel est celui pour lequel vous avez le plus de tendresse ?
La Vouivre, le seul que mon père ait réalisé. Et pas simplement parce que j’ai tourné avec lui. C’est un très beau souvenir. C’était l’été de mes 30 ans. Il faisait beau. Nous étions dans la campagne du Périgord avec une pléiade d’acteurs absolument merveilleux : Suzanne Flon, Jacques Dufilho, Jean Carmet. Un enchantement du début jusqu’à la fin. Un souvenir de bonheur total partagé. Je vous citerai également mon premier grand film, Cinq jours, ce printemps-là de Fred Zinnemann, tourné en 1981 avec Sean Connery. Le premier film américain réalisé en Suisse, avec la montagne en toile de fond et l’alpinisme dans les années 30 au centre de l’intrigue !

Lire aussi > Charles Aznavour s’était confié à Paris Match Belgique il y a quelques semaines…

Votre premier souvenir de spectateur ?
Lorsque j’ai été voir mon père, le capitaine Haddock dans Tintin et le Mystère de la Toison d’or. J’avais 5 ans… et la jambe cassée. On m’avait évacué du cinéma tellement je hurlais de peur »!

La chanson est aussi l’une de vos passions. Vous avez chanté Montand. Avez-vous déjà essayé d’interpréter Jacques Brel ?
À mes yeux, chanter Yves Montand était davantage un exercice d’acteur. D’abord parce qu’il était acteur lui-même. Son répertoire était basé sur la poésie. Et, dans ce cas, on est avant tout un passeur de mots. C’est plus de l’exercice, comme pour un comédien. Chanter Brel est un exercice beaucoup plus difficile.

© Paris Match

Est-il exact que vous souffrez toujours d’une forme de timidité ?
C’est vrai. Heureusement que, sur scène, je porte parfois des masques… Cela dit, dans la vie, j’ai un truc infaillible : la perruque ! C’est un objet désinhibant génial. C’est bien simple : chez moi, à Noël, tout le monde se libère, les uns en clown, les autres en femme fatale ou en grand méchant loup !

Lambert Wilson loin des plateaux de cinéma et des scènes, il aime quoi ?
Je suis très rustique. J’aime être les pieds et les mains dans la terre. J’adore le jardinage. J’apprécie cuisiner. Tous les jours, je fais du sport. En réalité, mon grand plaisir est d’être à la campagne, dans ma maison en Bourgogne, où je vis le long d’un canal. Là, je fais du vélo…

Quel est votre plat préféré belge ?
Les croquettes de crevettes.

Votre péché mignon préféré belge ?
Les bières d’abbaye.

Votre expression ou mot belge préféré ?
Cela m’amuse toujours quand j’entends savoir à la place de pouvoir.

Qu’aimeriez-vous que votre pays emprunte à la Belgique ?
L’état d’esprit. La convivialité et la chaleur humaine naissent au Nord. C’est la même simplicité qu’on retrouve au Québec. En plus, dans une salle, les Belges sont géniaux. J’ai un souvenir magique d’une représentation en 1990 au Forum de Liège. C’était mon premier spectacle de musique. Le public se levait tout le temps alors que ma prestation était gentiment sympa. Il faut bien l’avouer : en France et à Paris, nous sommes un peu insupportables. A l’inverse du Belge, le Parisien a l’impression d’être le centre du monde. Ce n’est pas vrai. Il n’y a pas de centre du monde

Lire aussi > Jean Dujardin : « Les Belges savent donner de l’amour »

Et qu’est-ce que vous ne comprenez pas en Belgique ?
Je ne comprends pas comment les Belges supportent le mauvais temps !

© DR
CIM Internet