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Patrick Timsit : « Le conflit linguistique en Belgique est une guerre mentale à l’usure »

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Pour Patrick Timsit, "les Belges sont des gens extrêmement intelligents. Ils ont l’humilité qui manque parfois aux Français". | © Paris Match

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Le comédien est de retour sur scène en Belgique, cette fois bouleversant en portant le texte du « Livre de ma mère » d’Albert Cohen.

Par Marc Belmond

Paris Match. Touchant, cet amour magnifique (*) mais étouffant d’une mère pour son fils. L’occasion pour vous d’exorciser le passé ?
Patrick Timsit. « Non, c’est davantage un hommage, et je veux le rendre à toutes les mamans du monde. Pas question d’une oraison funèbre, c’est un salut à l’amour. On ne fait d’ailleurs pas son deuil d’une maman qui s’en va ».

Comme d’un ami tel Charles Aznavour, avec qui vous êtes monté sur scène à deux reprises ?
« Oui. Je ne veux d’ailleurs pas faire mon deuil. Son âme est là, bien vivante. C’est un immense artiste. C’est « Monsieur Aznavour ». Des moments de vie resteront à jamais gravés dans ma mémoire. J’ai chanté en duo avec lui pour ses 80 ans. Il avait vu le film « Pédale douce » et il avait beaucoup aimé. Il m’a proposé d’interpréter « Comme ils disent ». A la fin de la chanson, il m’avait embrassé sur le front. J’ai toujours cette photo. Charles et moi, on jouait aussi à la pétanque, on déjeunait ensemble, il venait voir mes spectacles et moi les siens ».

Vous avez plus de trente ans de carrière. Quel bilan tirez-vous ?
« Le plaisir professionnel a rejoint le plaisir de l’humain. Je ne pourrais pas être plus heureux ».

Vous approchez de la soixantaine. Un cap difficile ?
« Oui… Comme l’a été celui de la cinquantaine. On boit moins. On ne sort plus la nuit. On passe à un repas par jour… Plus sérieusement, on garde le plaisir de vivre. Comme Charles Aznavour : il n’avait jamais perdu la soif d’apprendre comme de donner. En réalité, avoir 60 ans, c’est juste cela : l’esprit est présent, plus que jamais, mais le corps vieillit. C’est lui qui vous freine et qui, à un moment, vous dit de ralentir. Et si vous ne ralentissez pas, il se charge de vous le rappeler ».

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Vous revenez en Belgique. Que pensez-vous de ce pays ?
« Les Belges sont des gens extrêmement intelligents. Ils ont l’humilité qui manque parfois aux Français. Il y a des choses magnifiques en France, mais pourquoi s’en vanter  »?

Vous êtes un épicurien. Quel est donc votre plat préféré belge ?
« La croquette de crevettes. Attention, tout le monde vous dira cela, mais tout le monde n’est pas expert en croquettes de crevettes ! Il m’est arrivé de faire plusieurs restaurants pour être certain de manger les meilleures. J’adore cette spécialité belge. »

Quel est votre péché mignon quand vous êtes en Belgique ?
« Me balader dans les brocantes, chiner les antiquités. Et le péché encore plus pointu : un passage dans les galeries de la Reine à Bruxelles. Je précise, non pas par nostalgie, que j’aime le vieux Bruxelles. Et je peux l’aimer dans un bistrot tout simple, en savourant une Mort subite. »

Quelle est votre expression ou mot belge préféré ?
« Je vais manger une crasse » !

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Et qu’est-ce que vous ne comprenez pas en Belgique ?
« Le néerlandais. Ça m’échappe car, au Plat Pays, on parle d’ouverture, tout est vraiment cosmopolite, les gens qui viennent de l’étranger s’y sentent bien. Ils sont bien accueillis. Et puis, tout d’un coup, jaillit ce conflit linguistique qui est vrai et dur. Ça ne vient pas des uns. Ça ne vient pas des autres. Mais pourtant, c’est là. C’est comme une guerre mentale à l’usure. Heureusement, le Belge est vraiment amoureux de son pays. Il le défend. Il en est proche. Les Français, ils peuvent se souder quand ça ne va pas, mais ils critiquent énormément la France. Ceci précisé, la Belgique est aussi une source d’inspiration pour les humoristes. Comme quand elle était sans gouvernement et que tout roulait normalement ».

(*) Patrick Timsit joue Le Livre de ma mère le 24 octobre au Théâtre royal de Mons, le 25 au Théâtre royal de Namur et le 11 janvier au Centre culturel d’Uccle.

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