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Yves Duteil : « Je ne suis pas passé très loin de la Grande Faucheuse… »

"J’ai vu la mort en face. . Aujourd’hui, je mesure toute ma chance..." | © PIRARD OLIVIER

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Des chansons d’amours, de transmission, des portraits de gens remarquables, la défense de l’environnement, le glyphosate, l’importance des abeilles, l’espérance : Respect, le nouvel album d’Yves Duteil, marque sa renaissance à 69 ans.

Un entretien réalisé par Christian Marchand

Paris Match. Depuis votre opération du cœur en 2013, comment allez-vous ?
Yves Duteil. Tout va bien. La page est tournée. C’est derrière moi depuis cinq ans.

Vous aviez cru que votre dernière heure était arrivée ?
J’ai eu plus que la peur de mourir, j’ai vraiment risqué le pire, j’ai vu la mort en face. Je ne suis pas passé très loin de la Grande Faucheuse. Aujourd’hui, je mesure toute ma chance. Quand c’est arrivé, je n’ai même pas eu le temps d’y penser. Tout a été très vite. C’est très impressionnant.

Dans la salle d’opération, juste avant l’anesthésie, vous vous êtes dit quoi ?
J’ai chanté ! Une chanson de Jacques Brel, « La Valse à mille temps », qui commence par « Au premier temps de la valse… »

Je plains les plus jeunes… Ils doivent faire face au marketing qui gangrène le métier.

Aujourd’hui, de quoi sont faites vos journées ?
Mon métier reste prioritaire. Je ne fais pas énormément de sport. En tout cas, pas assez, mais en définitive, ma vie est sportive. Monter sur scène, c’est beaucoup d’énergie, de tension, de dépense et de dépassement de soi.

Vous avez arrêté la politique et vous revenez à vos premières amours avec votre nouvel album. Qu’est-ce qui vous a donné cette envie d’écrire et de chanter à nouveau ?
D’abord, le désir de création. Ensuite, l’envie d’ajouter un peu de beauté à ce monde en train de lutter pour sa survie. Ça devenait une priorité, une urgence, une nécessité de témoigner pour la beauté de la création, pour l’humain ! Et pour dire qu’on n’est pas voué à se taire et disparaître ! Hélas, notre monde est couvert de drames et d’épreuves.

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Vous avez également énormément investi financièrement dans cet album. Vous pourriez être ruiné ?
Ruiné, non, mais ce serait le dernier, ça oui ! Cela dit, je suis heureux d’avoir pu profiter de cet extraordinaire moyen d’expression. Mais je plains les plus jeunes ; ils doivent faire face au marketing qui gangrène le métier. Je les apprécie beaucoup, notamment Renan Luce et Juliette Armanet.

Votre nouvel album s’intitule Respect. Tout un programme…
Pour moi, c’est l’inspiration de tout ce qu’on vit actuellement. L’appel au respect des femmes, la compréhension pour ces gens quittant leur pays pour aller vivre ailleurs au péril de leur vie. Oui, respect. C’est un mot déterminant pour rêver l’avenir. N’oublions jamais que les migrants sont obligés de partir de chez eux pour fuir la torture, la guerre, la mort, l’oppression et la dictature, en prenant tous les risques, pour finalement être accueillis comme des terroristes. Comme s’ils étaient des malfaisants, des indésirables. Où est l’humanité dans tout ça ? Il nous faut une prise de conscience. Comme pour la question des robots. Nous sommes les témoins d’une déshumanisation progressive. Beaucoup d’emplois disparaissent. OK, déchargeons-nous des tâches ingrates, mais ne confions pas notre intelligence à un algorithme. On nous promet aujourd’hui des hommes « augmentés ». Or, les grands hommes du passé étaient souvent des hommes diminués. Beethoven était sourd. Regardez le physicien paralysé Stephen Hawkin, ce qu’il a apporté à l’humanité ! Et Einstein était un employé comme beaucoup avant de devenir l’un des hommes les plus influents de tous les temps.

Opéré du coeur, le chanteur français va mieux. Il a retrouvé la forme ! © Paris Match

La Belgique et vous, c’est une histoire qui dure depuis longtemps ?
Oui. Les Belges possèdent une incroyable créativité, très développée. J’aime beaucoup la bande dessinée. J’adore Philippe Geluck et son Chat. Bruxelles est une ville créative au niveau du design et de l’architecture. Nous devons à la Belgique de très grands artistes : Brel, Adamo, Maurane, Raymond Devos…

Si vous aviez une baguette magique, avec quel artiste belge aimeriez-vous partager la scène ?
Je l’ai partagée avec Philippe Lafontaine, mais je rêvais de chanter en duo avec Maurane. J’étais persuadé que cela arriverait un jour. On s’est produit sur la même scène dans un groupe d’artistes. Ce duo devenu impossible à jamais me manque cruellement. J’étais fasciné par le timbre extraordinaire de la voix de Maurane et par son talent.

Plongez-nous dans vos souvenirs du Plat Pays : quel est votre plat belge préféré ?
Le stoemp. J’aime bien le mélange des légumes et des pommes de terre.

Votre péché mignon ?
Les croquettes au fromage.

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Votre expression ou mot belge préféré ?
« Si jamais on ne dit rien après. » J’apprécie beaucoup cette ellipse.

Qu’aimeriez-vous que votre pays emprunte à la Belgique ?
Son public.

Et qu’est-ce que vous ne comprenez pas en Belgique ?
Rien ! (Il rit)

Après avoir charmé le Forum de Liège avec sa poésie ce 28 octobre, Yves Duteil se produira le 9 février au Centre culturel de Huy.

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