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Jean-Michel Jarre : « Les artistes électro ont un rôle sociétal à jouer »

"La Belgique est un centre de gravité de beaucoup d’influences qui constitue à la fois sa force et sa fragilité". | © Photo: Christian Charisius/dpa

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Le 16 novembre, le musicien français a dévoilé son der nier album studio, Equinoxe Infinity. Il s’agit de la suite, quarante ans après jour pour jour, de son quatrième album, Equinoxe sortie en 1978. Cette bande-son de dix mouvements est en grande partie inspirée par l’usage des nouvelles technologies.

Par Laurent Depré

Paris Match. Les Watchers sont de retour sur la pochette de votre nouvel album. Que regardent-ils concrètement ? Le monde virtuel et technologique dans lequel nous baignons ?
Jean-Michel Jarre. Cette suite à Equinoxe est la bande son d’un scénario que je me suis créé. Ces Watchers symbolisent toutes ces machines qui nous entourent, nous observent et apprennent de nous… Nous oublions de regarder nos proches au profit des écrans de smartphone. Nous perdons surtout de vue que ces écrans nous observent également intensément pour accumuler des informations sur nous. A l’aube de l’explosion de l’intelligence artificielle, ces machines vont peut-être prendre le pouvoir un jour. Et nous avons tout intérêt à évoluer en bonne intelligence avec la technologie et l’environnement. Les Watchers sont des lanceurs d’alerte.

Les titres « Robots don’t cry » et « Machines are learning »  font clairement référence à l’intelligence artificielle. Planche de salut ou fin de l’humanité selon vous ?
En réalisant cet album, j’ai immédiatement voulu que le disque soit proposé avec deux pochettes distinctes. L’une, dans les tons bleus et verts, représente un monde apaisé. L’autre tire davantage vers un monde sombre dans lequel l’humanité ne s’en sort pas. Il y a donc deux manières d’aborder l’intelligence artificielle : un scénario apocalyptique comme Terminator ou un monde dans lequel la machine nous aide à mieux nous comprendre et à mieux aborder l’environnement.

40 ans séparent Equinoxe de Equinoxe Infinity. 20 ans avant et 20 ans après l’an 2000. Cette date fantasmée par votre génération a-t-elle tenu ses promesses ?
Je vous dirais que non… Surtout pour le fait que notre vision du futur est devenue anxiogène et que nous nous sommes repliés sur nous-mêmes. Par contre, depuis 5 ans, les choses évoluent. On s’intéresse à nouveau à l’espace comlmele démontre Elon Musk et son projet SpaceX. C’est redevenu excitant ! Et c’est le cas également en musique et dans le 7e art. On vit actuellement une sorte de réconciliation avec l’exploration du futur.

Rayon musique électronique, quel artiste ou groupe écoutez-vous en ce moment ?
J’écoute beaucoup Flavien Berger que j’apprécie énormément. Il a une approche artisanale de la musique électronique qui nous relie. Flavien définit les instruments avec lesquels il joue. Il se met des limites, ce que j’ai aussi effectué pour Equinoxe Infinity.

Vous dites « la période actuelle est tellement excitante, pourquoi devrais-je m’arrêter »… Vous pouvez nous expliquer ?
Je me sens beaucoup plus en phase aujourd’hui par rapport à mon travail qu’à mes débuts… A l’époque, nous étions des illuminés, limite pas musiciens. A l’heure actuelle, la musique électronique est absolument partout. Et les artistes de cette mouvance, de par leur proximité naturelle avec internet et les réseaux, ont selon moi un rôle intéressant et important à jouer. Presque sociétal… Ils sont des passerelles.

Jean-Michel Jarre aime et connaît bien la Belgique. © Laurent Depré

Parlez-nous de votre histoire avec la Belgique… Elle dure depuis longtemps ?
Si vous le permettez, en préambule, je voudrais dire la chose suivante. Donald Trump a traité Bruxelles de trou à rats. Moi, dans l’astrologie chinoise je suis le rat… Donc, Bruxelles est le centre du monde en ce qui me concerne ! J’ai une relation de longue durée avec la Belgique via la peinture, la bande dessinée et le cinéma. Le pays est un centre de gravité de beaucoup d’influences qui constitue à la fois sa force et sa fragilité. La difficulté des Belges, peut-être, à se dégager une identité vient de cette inter-pénétrabilité. Mais quelle ouverture d’esprit et quelle absence d’arrogance…

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Quels sont les artistes belges qui vous parlent ?
En démarrant ma carrière des gens comme Delvaux et Magritte m’ont énormément influencé par leur travail surréaliste et poétique, ce mélange d’approches ludique et intellectuelle dans la création artistique. Je suis proche de cet état d’esprit.

D’un point de vue gastronomique : quel est votre met belge typique préféré ?
Les Lyonnais, j’en suis un, ont à l’esprit qu’ils vivent dans la capitale mondiale de la gastronomie. Nous avons toujours considéré la Belgique comme une place importante de la gastronomie. Prenons les moules frites qui est un plat basique. C’est dans cette simplicité que l’on retrouve le vrai talent.

Un péché mignon ?
Le chocolat noir ! Et je voudrais que les chocolatiers belges, grands experts, le remettent plus à l’honneur. C’est une requête que je leur fait à travers Paris Match Belgique.

Qu’est-ce que vous ne comprenez pas à notre pays ?
Je ne comprends pas que les écologistes belges ont fait barrage contre la 4G et fait de ce pays celui où l’on se connecte le moins bien en Europe… C’est mépriser les sciences.

Pochette Equinoxe Infinity

 

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