Vincent Cassel : « Il n’y a pas de gentils ou de méchants…. Il n’y a que des mecs en lutte contre eux-mêmes »

Vincent Cassel : « Il n’y a pas de gentils ou de méchants…. Il n’y a que des mecs en lutte contre eux-mêmes »

"Les Français ont parfois la réputation d’être snobs. C’est comme si nous étions investis de la défense d’une culture. Les Belges ne souffrent pas de ce complexe." | © Thierry THOREL/LA VOIX DU NORD

I like Belgium

Pour son retour au cinéma, il brille dans le rôle de François Vidocq, héros de L’Empereur de Paris. Une histoire adaptée cinq fois au cinéma… sans oublier la série télé avec Claude Brasseur.

 

Par Christian Marchand

 

Paris Match. Qu’est-ce qui a motivé votre envie de devenir le nouveau Vidocq?
Vincent Cassel. Le point de vue, la narration, le personnage. Comme pour Mesrine, Vidocq est une figure très ambiguë. Il peut être vu comme un héros populaire et un rebelle. C’est un personnage trouble, qui ne trouve pas sa place dans la société. Il fréquente la rue, la pègre, la police, le pouvoir, sans appartenir à aucun de ces univers. Devenu policier, il est rejeté par les bourgeois en raison de son passé de bagnard, et la pègre le considère comme une balance. Vidocq est un déclassé en lutte perpétuelle avec sa propre identité. Tout à fait le type de rôle qui m’attire. Un homme qui avait une vision hyper ouverte de la société. Une figure emblématique de son époque, qui faisait rêver les foules par son goût de la liberté.

Vous aimez jouer des personnages conflictuels ?
Il n’y a pas de gentils ou de méchants. Il n’y a que des mecs en lutte contre eux-mêmes. Très tôt, je me suis rendu compte qu’on peut avoir des idées saugrenues, bizarres, méchantes, cruelles. Après, on est le seul arbitre pour savoir ce qu’on en fait. C’est ce qui est intéressant à savoir : ce que les personnages font de ce qu’ils sont.

Vous auriez aimé vivre à cette époque ?
Je ne suis pas du tout passéiste. A l’époque, les gens mouraient plus jeunes. La démocratie – même si on vit désormais dans une démocratie toute relative – était loin de ce qui se passe aujourd’hui. C’étaient des périodes extrêmes, troublées. La survie de l’espèce passe par l’adaptation. C’est un peu le problème d’identité dont souffre actuellement la France. Les gens qui n’ont pas compris qu’elle a changé sont morts. Il y a un moment où les choses évoluent. Le seul moyen de vivre, et d’une manière heureuse, c’est d’accepter le changement et l’évolution. Moi, je n’ai jamais voté pour quelqu’un, plutôt contre celui-ci. A force d’être déçus, les gens se replient vers une forme de populisme radical, simpliste, où finalement on leur dit ce qu’ils ont envie d’entendre. Et ça, ce n’est pas non plus une solution. Si ça continue, on va se retrouver avec des mecs extrêmes. On le voit aux Etats-Unis, au Brésil, et on n’est pas passé loin avec Marine Le Pen en France. J’ai peur que la prochaine fois, ce soit le mec qui a le discours le plus simple et le plus compréhensible qui risque d’être élu. Et malheureusement, ces gens-là n’ont pas une vision très progressiste de la société.

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La Belgique a été le premier pays à découvrir Vincent Cassel en spectacle.
Oui, c’était pour Swing Mobylette , que je jouais avec une amie, malheureusement décédée. On s’était produit à Bruxelles au « Plancha ». J’avais 17 ans. A l’époque, il n’y avait pas de Thalys. On venait en voiture. Une période magnifique. Ma bande, c’était les Zap Mama. Les Belges ont un esprit et un humour magnifiques. Il y a une vanne qui dit que les plus gros acteurs hollywoodiens sont tous anglais. J’ai envie de vous dire que les meilleurs acteurs français sont tous belges. Je pense à Jérémie Renier, François Damiens, Emilie Dequenne, Cécile De France… Les Français ont parfois la réputation d’être snobs. C’est comme si nous étions investis de la défense d’une culture. Les Belges ne souffrent pas de ce complexe. Ils ont une véritable ouverture d’esprit. Peut-être parce que le pays se partage entre deux langues, entre plusieurs communautés ? C’est une chance. Je ne sais pas d’où ça vient, mais cela donne en tout cas des rapports assez simples.

 

Paris Match Belgique

Qui aime la Belgique apprécie sa cuisine…
En termes culinaires, je suis plus sud de la France. Ou alors l’Espagne, l’Italie ou le Portugal. Pour moi, la bonne table s’apparente davantage aux pays ensoleillés. Ceci dit, j’aime bien le craquelin et la cassonade blanche. Je les cherche à Paris.

Votre péché mignon belge préféré ?
La bière. Il y en a de formidables en Belgique.

Votre expression belge préférée ?
Plutôt la manière de dire « oui » et le chiffre « huit ». On a du mal à distinguer l’un de l’autre !

Qu’aimeriez-vous que votre pays emprunte à la Belgique ?
Le mot « distance ». Les Belges ne se prennent jamais au sérieux.

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