Lara Fabian : « S’il ne vous restait que 24 heures à vivre, que feriez-vous ? »

Lara Fabian : « S’il ne vous restait que 24 heures à vivre, que feriez-vous ? »

"J’ai eu, comme tout le monde, des problèmes personnels et mon quart d’heure de torture intérieure" dixit Lara fabian. | © DR

I like Belgium

Son nouvel album, « Papillon », sort le 8 février 2019. Onze chansons en français dont certaines ont déjà fait mouche en single. Lara Fabian se produira également le jeudi 9 janvier 2020 à Forest National.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Pourquoi votre album s’intitule-t-il « Papillon » ?
Lara Fabian. Ma grand-mère m’appelait ainsi. Le papillon ne vit parfois que 24 heures. S’il ne vous restait que 24 heures à vivre, que feriez-vous ? Moi, je prendrais du recul et je passerais un temps de qualité avec mon mari, ma fille, mes parents. Voilà la dernière chose que je voudrais faire avant de mourir. Ecouter « Papillon », c’est donc prendre la mesure qu’il est urgent de vivre maintenant, en arrêtant de se torpiller avec des petites choses qui, en définitive, n’ont pas grand intérêt. J’ai appris que, pour être heureux, il faut regarder la vie avec simplicité.

Avec les années qui passent, vous vous sentez plus libre et plus sereine ?
Oui, complètement. Cela dit, la liberté est un concept abstrait. Personne n’est vraiment libre. On a tous des fils qui nous attachent à certaines choses. L’important est de créer, car la création est une forme de liberté.

Malgré 20 millions d’albums vendus à travers le monde, vous êtes restée la même ?
Je suis bien entourée. Ma famille me ramène toujours à l’essentiel. Mon éducation me permet de ne jamais l’oublier.

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Ne vous sentez-vous pas différente dans ce monde ?
J’ai eu, comme tout le monde, des problèmes personnels et mon quart d’heure de torture intérieure. Mais je ne suis jamais tombée dans la came et l’alcool. Ce n’est pas simple, le succès. C’est un animal très particulier. Au moment où il nous arrive en pleine face, il faut savoir le gérer. Et on ne le gère que sur le tas. On comprend alors à quel point ce n’est pas forcément quelque chose qu’on voudrait comme animal de compagnie.

Parce que le succès est totalement éphémère ?
Exactement. Il faut le laisser vivre. Il va et vient. Il s’arrête puis revient. Mais l’artiste, lui, ne s’arrête pas. Au contraire, il évolue dans le temps. Et c’est ça la beauté de ce métier : pouvoir évoluer qu’importe le succès. Mon objectif n’a jamais été d’être une star, mais de transmettre des sentiments. De partager des émotions. De traduire un propos qui peut nous connecter et, l’espace de quelques chansons, nous relier les uns aux autres.

Quelle est votre plus grande force ?
D’avoir mon époux et ma fille. Ils sont ma priorité et mon objectif absolu. Les perdre est ma plus grande crainte. Chaque jour, je fais tout ce que je peux pour ma famille, mais je ne suis pas guidée par la peur. Celle-ci n’est pas productrice de belles émotions. Mon objectif n’est pas non plus d’éviter les dangers, de ne pas les voir, mais bel et bien de les appréhender et d’y faire face.

Vos chansons parlent souvent d’amour, de différence, de tolérance. Vous êtes humaniste ?
On ne mesure pas toujours à quel point il est important d’avoir des valeurs et un sens de la loyauté. Etre attaché à ses valeurs contribue fondamentalement à notre bonheur. Lorsqu’on les abandonne, on se dézingue.

Beaucoup d’artistes avouent être blessés par ce qui se dit sur eux sur les réseaux sociaux. Et vous ?
La toile est un déversoir pour tous ceux qui en ont besoin. Mais l’avis d’un inconnu a-t-il réellement de la valeur ? Peut-il nous atteindre ? Juger est son droit, mais il ne faut pas s’attarder à son jugement. Une fois que l’impact est passé, ce n’est jamais qu’une opinion.

Vous êtes sans cesse sur les routes. La belgitude ne vous manque pas ?
A fond ! Les gens que j’aime me manquent. Comme aller, par exemple, m’asseoir au Sablon chez mon amie Leslie de chez Wittamer. C’est un peu l’endroit mythique où mes parents m’emmenaient. J’aimerais tant, aussi, passer du temps avec mon papa. Aller au restaurant avec lui. Le voir sourire.

Puisque vous parlez restaurant, quel est votre plat belge préféré ?
Un américain-frites dégusté au « Vieux Saint-Martin ».

Un péché mignon ?
Le merveilleux de Wittamer. Le meilleur au monde.

Votre expression ou mot belge préféré ?
« Moi, je sais la contre » (Elle rit)

Qu’aimeriez-vous que l’Italie, le pays de votre maman, emprunte à la Belgique ?
Sa grande faculté d’autodérision. C’est le médicament pour tout. C’est justement une preuve d’intelligence que d’être dans l’autodérision, alors que le Latin est un peu plus fier.

Et qu’est-ce que vous ne comprenez pas en Belgique ?
Je n’ai jamais compris qu’on n’ait pas imposé aux deux communautés d’apprendre l’autre langue. C’est la barrière linguistique qui crée avant tout la déconnexion. J’espère qu’un jour, un ministre de l’Education mettra cela en vigueur. Des études à moitié en français et à moitié en néerlandais changeraient tout dans ce pays surréaliste.

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