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Richard Ruben : « Il faudrait qu’un Arlonnais puisse être bourgmestre d’Ostende ou l’inverse »

Dans son dernier spectacle, Richard Ruben imite environ septante voix dont Poelvoorde, Stromae, Stéphane De Groodt, Jean-Claude Van Damme. | © Photo Olivier Pirard ,

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Richard Ruben revient avec une nouvelle création : « En chanté ! » Un spectacle dont le défi est de chanter la vie dans ce qu’elle a de meilleur, d’absurde ou d’improbable. Une performance de jeux, de chants et d’imitations.

 

Propos recueilli par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Vous revoilà donc imitateur dans votre dernier show. Et vous n’oubliez pas vos amis belges.
Richard Ruben. Je rends même hommage à la Belgique ! Je fais Poelvoorde, Stromae, Stéphane De Groodt et, forcément, Jean-Claude Van Damme. Même Gonzague sera là. Il a toujours été un personnage clé dans ma carrière et je n’avais pas envie de le tuer. Au total, j’imite environ septante voix… soixante-dix, si vous préférez ! Pour la petite histoire, Trump est aussi présent. La première fois que j’ai joué mon spectacle en anglais, c’était à New York et je l’ai fait devant les Américains. Gros applause !

Avec le procès Nemmouche, vous êtes aussi en pleine actualité : vous êtes bruxellois mais d’origine juive et votre metteur en scène, Sam Touzani, est aussi bruxellois, mais d’origine marocaine et musulmane.
C’est vrai, mais on n’y pense pas. L’Histoire m’interpelle, mais pas dans l’axe du rire. On travaille ensemble depuis vingt ans, tout est naturel entre nous. Ça paraît cliché et on pourrait jouer sur cette particularité, mais cela n’a jamais été notre objectif. En plus, nous nous produisons à l’espace Magh, un lieu de culture méditerranéenne. Et c’est même le musée juif qui m’avait envoyé faire la première fois un spectacle… Ce mélange de cultures est un plus. Sam réalise aussi une mise en scène sur la rafle des Marolles, que peu de gens connaissent. La boucle est donc bouclée. Le sketch sur les migrants est l’un des rares moments sérieux de notre show. On ne donne pas de leçons, mais on peut y voir un petit message. Je me suis inventé un père hypocondriaque sur scène. Et il résume toute la tolérance. A travers ces voyages, nous justifions ainsi nos grands sujets de société comme l’antisémitisme, le racisme ou les rapports parents-enfants, ainsi que nos prises de positions.

 

©Paris Match Belgique – Sam Touzani et Richard Ruben travaillent ensemble depuis vingt ans.

Quel est votre lien avec la Belgique ?
Un lien naturel. Mes parents sont étrangers (un père anglais né à Alexandrie et une mère alsacienne née à San Salvador) mais je suis profondément bruxellois, né à la clinique Edith Cavell. C’est ma ville, avec ses qualités et défauts. Et la voilà enfin cosmopolite ! On a mis du temps par rapport à New York ou Londres, on a trente ans de retard, mais la jonction est en train de se faire. Quand je cours les 20 kilomètres de Bruxelles, voir tous ces gens qui parlent flamand, français et d’autres langues est un régal. Cette illustration de la diversité me comble. Si l’on pouvait unir notre deuxième degré belge à toutes ces cultures, ce serait magnifique ! Les 20 km de Bruxelles résument tout cela. C’est un moment de rassemblement. Nous sommes tous égaux devant le sport !

Vous dites être également gourmand de la vie. Un plat belge préféré ?
Quand c’est bien servi, avec une petite salade, des haricots et une vinaigrette pas trop forte, deux ou trois oignons, un bon maatje s’impose ! Sinon, les croquettes aux crevettes. C’est mon péché mignon.

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Votre expression belge ou mot belge favori ?
Ce que j’adore est très bruxellois : entendre les phrases qui se terminent par « quoi ». C’est drôle parce que les Français, pour ne citer qu’eux, se demandent ce qu’on raconte et croient qu’il y a une question. Comme dans la phrase « il a bien réussi son pari, quoi ». En réalité, c’est une ponctuation. Très bruxellois, mais très universel !

Qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans cette Belgique que vous aimez ?
Hormis le fait que cela crée plein d’emplois pour les politiques, je ne comprends pas pourquoi on a créé six gouvernements… C’est ridicule. Un seul suffirait ! J’ai envie de leur dire à tous : « Laissez tomber votre réforme de l’Etat, revenons à un pays avec 11 millions de gens ! » Tous bilingues, évidemment. Chacun fait comme il peut, de bonne foi. Je vous assure que si on organisait un référendum en demandant aux Belges de jouer le jeu, pour favoriser un gouvernement qui ne souffre plus d’un abus de cumuls des mandats, tout le monde serait heureux ! Le problème central de Bruxelles est même devenu absurde : Flamands et francophones s’arrachent la capitale alors que la majorité de la population est étrangère. Ils me font bien rire. Etre wallon ou flamand, ça ne veut rien dire. Ce n’est pas dans notre sang. Nous sommes tous belges, européens. Je rêve vraiment d’un pays uni où je pourrais aller jouer à Ostende et dans lequel on ne se pose pas de questions ridicules. Il faudrait qu’un Arlonnais puisse être bourgmestre d’Ostende ou l’inverse ! Mais ce n’est pas à la mode de dire que l’on est fier de la Belgique.

Richard Ruben présente « En chanté ! » du 30 janvier au 16 février à l’Espace Magh de Bruxelles.

 

©DR

 

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