Chantal Goya : « Je ne comprends plus rien au monde actuel »

Chantal Goya : « Je ne comprends plus rien au monde actuel »

« Nous sommes de moins en moins ici-bas et nous sommes surtout des gens invisibles : on n’a aucun intérêt ! » | © PHOTO PASCAL BONNIERE / LA VOIX DU NORD

I like Belgium

Chantal Goya se produira dans « Le Soulier qui vole », écrit et mis en scène par Jean-Jacques Debout, le 3 novembre à 18 heures à Forest National.


Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. À 76 ans et après quarante ans de scène, vous triomphez encore en tournée. Contrairement à certains artistes, vous êtes toujours là et au top, quoi qu’on dise !
Chantal Goya. Ce qui est triste, c’est qu’on ne connaît plus les artistes aujourd’hui. On ne sait plus qui fait quoi, comment ils sont, comment ils vivent. On ne sait rien. À l’époque, des gens comme Charles Aznavour ou Trenet étaient simples, humains et proches de leur public. Ils n’avaient pas la grosse tête. Je me souviens de Charles Trenet nous racontant que, tout petit, il peignait des tableaux auxquels il donnait des noms. Et ces noms-là étaient les titres de ses chansons ! Aujourd’hui, ce n’est plus ça. Chacun y va de sa rengaine : « J’ai fait un tube, tu vas voir comme je suis un grand ! » Non mais, c’est quoi ce monde-là ? Moi, je ne comprends plus rien. Tout ce milieu, comme d’autres, brasse trop d’argent de nos jours. Les artistes sont complètement éphémères. Ce n’est pas un monde vrai. Et me concernant, pour que ce soit clair, si je suis toujours là à 76 ans, c’est parce que j’ai bon caractère et que je suis très solide de l’intérieur. C’est la base de tout. J’ai connu la drogue et l’alcool, mais j’ai la chance de ne pas en avoir eu besoin. Je suis quelqu’un de sain, je ne rentrerai jamais dans cet univers.

Comme Aznavour l’avait déclaré un jour, vous rêvez de mourir sur scène ?
On ne sait pas comment on va mourir. C’est une chose très bizarre. Moi, je crois en là-haut, donc je sais que je serai tranquille. Je vais retrouver tous mes amis merveilleux, mes parents, etc. Ils sont tous là-haut ! Ils commencent à être nombreux. C’est ça qui est chiant ici-bas : nous sommes de moins en moins et nous sommes surtout des gens invisibles. On n’a aucun intérêt !

Avec le recul, comment analysez-vous votre revers dans l’émission « Le jeu de la vérité » de Patrick Sabatier en 1985 ? Il vous a coûté très cher.
Être un peu dans l’ombre, ça fait du bien. C’est se faire oublier pour mieux revenir. Finalement, je me suis dit qu’il y avait des choses beaucoup plus graves. Et puis, c’était il y a trente-quatre ans…

N’avez-vous jamais regretté votre carrière avortée aux USA ?
En 1986, des producteurs de Los Angeles ont découvert mes spectacles à la télé, comme « Le mystérieux voyage de Marie-Rose ». Ils me voulaient et, du coup, dans mon magasin, ils ont tout acheté : cd, dvd, costumes. Ils ont mis 20 enfants devant le show pour voir leurs réactions. En Amérique, les enfants sont rois. Et ils étaient scotchés : «  On veut habiter le pays de Marie Rose !  » disaient-ils. Je suis donc partie là-bas. Le Radio City Music Hall voulait me signer un contrat de cinq ans. C’était une prison dorée, tout nous était servi sur un plateau et ils proposaient une tournée importante. Puis, mon producteur a été victime d’une crise cardiaque dans l’hôtel où nous étions… Tout s’est arrêté. Le Radio City Music Hall a aussi été vendu à des Japonais. Cela n’a pas été mon heure… Je n’ai pas de regrets car cela voulait dire que je n’aurais plus jamais été en France et cela aurait été triste pour moi.

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Et la Belgique ? Quel est votre lien particulier avec elle ?
Ma grand-mère vient de Namur, de la famille Ortemans, qui était bien belge. Peut-être que mon imagination débordante vient de la Belgique ! Car, dans ce pays, l’imaginaire règne en maître. Et je suis bien placée pour savoir qu’il faut croire en ses rêves.

Un péché mignon belge ?
J’adore les moules car elles ne sont pas cuisinées comme en France, mais avec des herbes, du céleri, etc. Un délice ! Mes amis veulent toujours m’emmener dans de grands restaurants gastronomiques. Je leur réponds sans cesse : «  Non, donnez-moi plutôt des moules à la belge !  »

Une sucrerie ?
J’adore – bien sûr – les chocolats belges. À l’époque, quand je tournais à Forest National, le producteur m’amenait plein de gâteaux de chez Wittamer. J’y suis retournée pas plus tard qu’hier. Ils m’ont reconnue et m’ont offert un énorme lapin. Trop gentil.

Une partie de sa famille vient de Namur ! © Paris Match Belgique

Une expression belge favorite ?
L’accent de Liège me fait beaucoup rire (dit-elle en l’imitant). C’est quelque chose ! «  On a vu votre femme, Monsieur Debout. C’est incroyable, on dirait un vrai petit Spirou !  » Ou bien «  C’est la bottine qui vole ?  »

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Qu’aimeriez-vous que la France emprunte à la Belgique ?
Tout ce qui est artistique est fabuleux au Plat Pays. L’art, la peinture, la musique, l’opéra y connaissent de grands moments. Les meilleurs dessinateurs de bd sont belges aussi. Alors, je lance un appel : qui pourrait faire un dessin animé pour moi ?

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