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Emmanuel Moire : « Digérer un deuil prend du temps »

"Si tous les concerts commençaient comme en Belgique, les chanteurs se poseraient moins de questions en coulisses ou en loge" dit le chanteur français. | © ©PHOTOPQR/LE PROGRES/JOEL PHILIPPON

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Révélé par « Le roi Soleil », il est revenu avec un 5e album, intitulé « Odyssée », sous le signe du coming out. Il sera en concert le 17/12 au Cirque royal de Bruxelles, le 18/12 au Forum de Liège et le 20/12 au Théâtre royal de Mons.

 

Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Vous racontez les épreuves de votre vie dans « Odyssée », un album en trois parties. Pourquoi cette confession ?
Emmanuel Moire. J’avais besoin d’aller chercher des choses qui définissent l’homme que je suis. C’est la première fois que je m’expose ainsi. Avant, je me cachais derrière les mots d’un autre.

C’est la raison de votre coming out sur le titre « La promesse » ?
Ce n’est pas un scoop, mais il est vrai que je n’avais jamais abordé le sujet en chanson. C’est comme si ça ne me concernait pas vraiment. Je vis plutôt de manière cool mon orientation sexuelle. Ce n’est pas le cas de plein de gens, car il n’y a pas de référent, et la chanson sert à cela. Cela peut être plus impactant qu’une loi ou une politique. Une chanson peut éveiller, faire réfléchir et changer d’avis.

Suite à votre coming out, quelle place pensez-vous avoir dans la société ?
On passe une vie à savoir qui on est et ce qui est important pour nous. Cela change en fonction des âges. Pour ma part, cela fait des années que je vis la crise de la quarantaine, alors que je n’ai que 39 ans ! « La promesse » est arrivée car j’avais l’impression que je devais faire une chanson sur l’homosexualité. Mais je ne l’ai ni réfléchie, ni calculée. Je me suis juste fait la promesse d’être fidèle à ma personne. Je ne m’attends pas à une validation ou à une confirmation de l’extérieur. C’est quelque chose que l’on fait pour soi. C’est la première étape essentielle, que l’on ait une orientation sexuelle, une couleur de peau ou une religion différentes.

Et une orientation sexuelle peut être un obstacle dans une carrière ?
Le pire obstacle, c’était moi-même. J’étais tellement pétri de peurs, tellement envahi… J’accordais davantage de crédit à ce que j’entendais. On n’est pas préparé à ce genre de choses.

Comment ne pas tomber du côté obscur lorsqu’on gravite dans le show-business ?
J’ai fait le choix de la vie. Je sais que je ne suis pas à plaindre, mais je fais partie de ces gens qui ont été torturés et bousculés par plein de trucs. Ma sensibilité, je la considérais comme un défaut ou un poids. Aujourd’hui, je la vois comme un trésor. C’est ce qui me permet de discerner les choses, d’être touché par les gens, d’avoir de l’empathie. C’est une vraie force. Ce que je pensais être un fardeau est devenu un cadeau !

La collaboration avec Jean-Jacques Goldman est un cadeau inespéré. Il a aimé ce que j’ai fait.

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Pour votre album, Jean-Jacques Goldman vous a même écrit une chanson.
On s’était rencontrés sur les Enfoirés, je lui ai envoyé un mail et il m’a répondu simplement qu’il travaillait de moins en moins, mais que si j’avais un bout de mélodie qui trainait, sans texte, pourquoi pas. Deux mois après, il m’a écrit « Des mots à offrir » avec ce qu’il avait perçu de moi. Il a réalisé quelque chose sur la transmission. C’est très touchant qu’il ait fait ça pour moi car j’ai grandi avec ses chansons. Cette collaboration est un cadeau inespéré. Il a aimé ce que j’ai fait.

En 2009, vous aviez évoqué la perte de votre frère jumeau en chanson avec « Sois tranquille ». Maintenant que vous écrivez vos chansons, n’aviez-vous pas envie d’exprimer davantage ce deuil douloureux ?
La thématique du deuil prend du temps. Et je l’ai pris. Puis, il faut se reconstruire quand on a perdu une partie de soi. Se sentir plus fort après un drame. Je n’ai pas le sentiment d’avoir autre chose à dire. Je n’en ai pas ressenti le besoin en tout cas. Cela fait dix ans, je n’oublie pas mais je vois différemment ma relation avec mon jumeau aujourd’hui. Et j’ai l’impression que je ne peux pas faire mieux sur ce sujet-là.

 

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Quel est votre lien avec la Belgique ?
Je ne la connais pas en dehors des tournées. Le seul lien que je peux avoir avec elle concerne la bienveillance du public. A chaque fois, à chaque tournée, à chaque concert, celle-ci est très forte. Je n’aime pas comparer les publics car certains sont parfois réservés mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas aimé. Mais les Belges sont toujours contents de vous recevoir. Chez eux, le sens de l’accueil est un cadeau. Si tous les concerts commençaient comme en Belgique, les chanteurs se poseraient moins de questions en coulisses ou en loge.

Un plat préféré ou un péché mignon belge en tournée ?
Le chocolat. Et puis Bruges. Cette ville est magnifique, avec ses magasins et ses gaufres proposées un peu partout.

Une expression belge favorite peut-être ?
« D’office ! » Je ne comprends pas pourquoi les Belges utilisent cette expression. C’est un peu chelou, non ? « D’office », ça ne veut rien dire… Cela veut dire « oui, d’accord », c’est ça ? Je ne la comprends pas mais elle me fascine, cette expression !

C’est la seule chose que vous ne comprenez pas en Belgique ?
D’office ! (Et il éclate de rire).

 

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