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Claude Lelouch : « Jacques Brel et moi, on était complémentaires »

Pour expliquer son attachement à la Belgique, le réalisateur français explique notamment « Brel était pour moi comme un frère ». | © EPA/CAROLINE BLUMBERG

I like Belgium

Cinquante-trois ans après la Palme d’or à Cannes, le réalisateur recompose dans « Les Plus Belles Années d’une vie » le duo légendaire formé par Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant pour un chabadabada bouleversant.


Par Christian Marchand

Paris Match. Pourquoi cette suite à Un homme et une femme, plus d’un demi-siècle après ?
Claude Lelouch. Nous sommes tous dans une histoire qui a commencé avant nous et finira bien après nous. Les histoires n’ont pas de début ni de fin, il n’y a qu’au cinéma que cela existe. Celle-ci a changé ma vie et celle de ceux qui ont participé à ce long métrage, mais aussi la vie de ceux qui ont été le voir. Je voulais la terminer, découvrir ce que sont devenus cet homme et cette femme qui ont passionné la Terre entière.

Vous aviez un sentiment d’inachevé ?
Il faut faire avec le présent. Et cela tombe bien, puisque je suis un fou du présent : à mes yeux, il donne un sens à la vie. C’est la seule chose qui nous appartienne et qui n’a pas le temps de vieillir. Tout le reste, nous n’en sommes que les gardiens. Et puis, un jour, on nous retire le gardiennage. D’un seul coup, on vous prend tout.

Vous avez peur du futur ?
J’ai tenu mon père dans mes bras lorsqu’il est mort. Je n’en ai pas peur. Le futur transforme les gens en trouillards. Voilà pourquoi le présent est essentiel à mes yeux.

Comme le disait Victor Hugo, « les plus belles années d’une vie sont celles que l’on n’a pas encore vécues »…
Exactement, et c’est avec cette pensée que j’ai construit le film, pour montrer que cet homme et cette femme recommencent à se redécouvrir et à s’aimer malgré les misères du monde. C’est un film qui va très loin puisqu’il parle de la vie plus que de l’amour. Le monde n’a jamais été tolérant et parfait.

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Claude Lelouch avec la casquette I Like Belgium. © Paris Match Belgique

Qu’est-ce qui vous attire en Belgique ?
C’est la France sans les Français. Je précise que c’est gentil et non méchant pour ceux-ci. On est un peuple de râleurs, mais je n’ai jamais quitté la France. Et je ne la quitterai jamais. Je suis né à Paris. Et je suis Parisien. À chaque fois que je fais le tour du monde, je suis heureux de revenir chez moi. Mais dès que j’arrive en Belgique, d’un seul coup, je suis en vacances des Français.

Avez-vous déjà eu l’envie d’y habiter ?
Non. Le seul pays où j’aurais pu m’exiler, c’est le Québec. Là, c’est la France sans les Français et l’Amérique sans les Américains ! Si on m’avait foutu hors de la France ou si on m’avait dit des horreurs, j’aurais pu m’installer là-bas. Mais voilà, j’aime la France avec ses merveilles, ses contradictions, ses ambitions, sa grandeur, mais aussi avec cet esprit d’enfants gâtés, capricieux. Il faut bien l’avouer, nous ne sommes jamais contents de rien (rires). Mais cela me plaît bien.

Selon vous, quelle est la force de la Belgique ?
C’est d’être tout près de Paris, de l’Angleterre et de beaucoup d’autres pays dont les Belges peuvent se nourrir et prendre le meilleur. Ils ne sont pas obligés d’être français, anglais, hollandais, ils peuvent piocher ! Ils ne sont pas obligés d’appartenir à un parti politique. Vous avez vu le nombre de talents que compte la Belgique ? C’est juste incroyable.

Ma première fois à Bruxelles ? C’était après la guerre, à la Libération. J’y suis venu en 1945. Un cousin habitait en Belgique.

Précisément, quels sont vos grands 
souvenirs de tournage avec des Belges?
Déjà, Jacques Brel était comme un frère. Impossible d’oublier les choses très agréables qu’il m’a dites. Venant de lui, cela prenait un sens. En plus, on adorait passer des moments ensemble. On était complémentaires. On s’enrichissait beaucoup. On m’a déjà posé la question : « Jacques était-il la joie de vivre ? » C’est plus compliqué que cela. Il aurait aimé que les gens soient plus à la hauteur de ses chansons. Il était dans la générosité totale. C’est vraiment l’un des hommes les plus généreux que j’ai rencontrés. Les autres l’intéressaient. Son ego était beaucoup moins important que chez la plupart des gens qui font ce métier. C’était un mec bien. Il fait partie des dix personnes qui ont compté dans ma vie.

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Vous souvenez-vous de votre première visite en Belgique ?
Oui, c’était après la guerre, à la Libération. J’y suis venu en 1945. Un cousin habitait en Belgique. Il roulait dans une voiture américaine. Il avait réussi à passer à travers les gouttes de la guerre. Il nous a fait vivre 24 heures à Bruxelles comme si nous étions à New York.

Que pensez-vous de l’instabilité politique belge ?
(Sourire aux lèvres) Cette dualité, cette crise permanente, fait la force de la Belgique. C’est comme le cinéma, c’est aussi sa force parce qu’il est en crise. Les Belges cherchent la perfection, mais elle n’existe pas, et donc ils restent dans la ferveur !

Quel est votre péché mignon belge ?
Le chocolat. Il m’aide à m’endormir.

Votre expression belge préférée ?
Je n’ai pas d’expression particulière à mentionner. Par contre, j’adore l’accent, comme beaucoup d’autres qui me font rire ou plaisir.

Votre plat belge préféré ?
La bière. Je me nourris d’une bière. C’est très nourrissant.

Qu’aimeriez-vous que votre pays emprunte à la Belgique ?
La proximité avec Paris ! (Rires)

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