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Helsinki (La Casa de Papel) : « Les vrais méchants habitent Bruxelles »

La saison 3 de « La Casa de Papel » 
a débuté ce 19 juillet sur Netflix. | © Netflix

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Darko Peric, alias le Serbe Helsinki dans la série à succès La Casa de Papel, s’est confié à Paris Match Belgique.

Par Pierre-Yves Paque.

Paris Match. Vous découvrez la célébrité en jouant Helsinki, l’un des braqueurs de « La Casa de Papel », un des plus grands succès télé de ces dernières années. Mais qui êtes-vous réellement ?
Darko Peric. Je suis né en Yougoslavie, originaire d’un pays qui n’existe plus aujourd’hui suite à la folle guerre d’il y a trente ans. Je sais que de nombreux immigrés d’ex-Yougoslavie habitent en Belgique. En Allemagne et en Hollande aussi. En Espagne, le pays s’était déjà ouvert à eux dans les années 80. L’est de l’Europe a connu une nouvelle vague d’immigration à la fin des années 90, après les Jeux olympiques de Barcelone. Mais il n’y avait pas beaucoup d’immigrés de mon pays. Donc, quand on vient de l’Europe de l’Est, on est vite catalogué comme le Russe de service, alors que c’est faux. Je n’ai rien à voir avec les Russes ! Je ne parle même pas leur langue.

Mais vous êtes plutôt sombre et vous faites peur à l’écran…
OK, je joue souvent le rôle du mafieux russe en Espagne. Cela n’a rien à voir avec « La Casa de Papel », mais avec mon physique. Je suis un fan de Dracula et de Christopher Lee. Pendant quinze ans, j’ai tourné des films d’horreur, puis j’ai saturé. Je fais ce métier depuis 2007 en Espagne. J’ai emménagé là-bas en 2004. J’ai été tatoueur au début et je le suis encore de temps en temps (NDLR : ses bras et son ventre sont recouverts de tatouages). Auparavant, ma femme et moi vivions à Berlin. On performait ensemble : théâtre, courts métrages, etc. Depuis que nous avons un fils, c’est plus compliqué. On a grandi avec Stephen King et Spielberg. A nous maintenant de créer. Un peu comme Netflix, qui pense à chaque âge.

Votre vie a dû changer depuis « La Casa de Papel ».
Complètement. Mais je ne suis pas une superstar. La différence, c’est mon agenda professionnel : deux projets de films et une sitcom comique en Espagne. Et puis, je suis invité partout… comme en Belgique !

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Vous connaissez le pays ?
C’est la deuxième fois que j’y viens. J’avais découvert Charleroi en 2007 pour le tournage d’un clip. Un ami originaire de Roumanie vivait à Bruxelles et m’avait invité pour réaliser une performance de rue. Avec ma femme, nous avons joué dans le métro local. Le but était de détourner le cliché des artistes roumains des rues. On s’est déguisés en loups des Carpates !

Et vous revoilà maintenant déguisé en braqueur avec le masque de Dalí. Cela ne salit pas la mémoire de ce dernier ? Il n’avait rien d’un révolutionnaire politique subversif et on le voit mal entonnant « Bella Ciao », le chant partisan italien (*) qui fait le renom de la série…
Vous êtes l’un des premiers à me dire que nous sommes les mauvais ! Ok, on est une bande de braqueurs de banque, mais la plupart des véritables mauvais garçons habitent Bruxelles et sont en col, cravate et costume, si vous voyez ce que je veux dire ! Pour moi, Dalí a amené un nouveau « push ». La plupart des gens dans le monde ne savent même pas qui il est. La série l’a rendu plus populaire qu’avant. C’est la même histoire avec la chanson « Bella Ciao ». Avant la série, les gens ne savaient pas ce qu’elle évoquait. Pour eux, c’était simplement la musique de « La Casa de Papel » !

Quels sont les secrets de réussite de la série ?
Le premier : le pop art. On porte des masques et des symboles. Le deuxième : le fait qu’on braque une banque, mais pas à la manière de « Ocean’s Eleven ». La différence est qu’il s’agit d’une fabrique d’argent. Dans « Ocean’s Eleven », ils vont et volent. Nous, on va à l’intérieur et on fabrique notre propre argent. Troisième secret : on ne blesse personne. On a de l’empathie, on est comme les otages.

Vous attendiez-vous à un tel succès ?
Personne ne peut s’attendre à un tel truc. A la base, on pensait juste faire une banale série espagnole. Avec Netflix, tout peut arriver. Je vais leur glisser l’idée de venir tourner à Bruxelles, pour… braquer la Banque européenne ! (Il rit)

(*) « Adieu ma belle » est un chant partisan italien né dans les communautés antifascistes. Il gagne en force au XXe siècle, quand il devient un hymne pour les groupes communistes italiens.

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Le vrai visage de Berlin

Lui, c’est Berlin dans La Casa de Papel. « Un tel succès peut faire peur », concède Pedro Alonso. « J’ai même refusé plusieurs rôles dans d’autres productions pour y voir plus clair. Le public a une fausse image de Berlin. On le croit dur et sans cœur. En fait, c’est un homme qui a beaucoup d’empathie et d’écoute. Mais il ne veut pas respecter les règles. Pour lui, elles ne veulent pas dire grand-chose. Depuis cinq ans, je crois avoir trouvé ma voie. 

Je ne garde que de bons souvenirs de la Belgique.

Je sortirai prochainement mon premier roman, “Le Livre de Filippo”. L’histoire d’un soldat de l’Empire romain dont la vie change suite à l’arrivée d’un nouveau leader. Je peins aussi beaucoup avec ma femme. On a plusieurs sources d’inspiration, notamment le Mexique, un pays qui nous a bouleversés. Une partie de ce que nous peignons va illustrer mon roman. Quant à la Belgique, j’y ai joué une pièce il y a cinq ans. Je n’en garde que de bons souvenirs. Notamment les moules-frites ! Etant espagnol, j’adore les crustacés. Et ce plat est tout simplement divin. »

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