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Haroun : « On aimerait bien ne pas être raciste »

L'humoriste Haroun sera en spectacle à Bruxelles fin d'année ! | © ©PHOTOPQR/EST ECLAIR

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Adepte de l’absurde et passé par le Jamel Comedy Club, Haroun (34 ans) triomphe, loin des codes du one-man-show, en France et en Suisse. 
Il revient le 7 décembre à Bruxelles au Cirque royal.


Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Ancien formateur en entreprise, vous faites un carton avec votre humour noir et acide qui n’épargne personne, les Arabes comme les catholiques. Vous imaginez même le monde « si Hitler avait fumé de l’herbe ». Vous n’avez pas peur d’aller trop loin avec votre arme de réflexion massive ?
Haroun. Dans le style que j’ai développé, il y a des mots que je ne pourrai jamais utiliser. Et je ne pourrai jamais faire de sketches obscènes. Par contre, ce qui me plaît dans les travers humains, c’est cette lutte contre notre animalité. On aimerait bien ne pas être raciste, mais il y a des choses en nous qui font qu’à un moment, on se fait des réflexions quand on voit un étranger dans un village. C’est ça qui m’intéresse : le dialogue entre tripes et raison.

C’est parce que vous ne pouvez pas tout dire que vous imitez des animaux (mention spéciale au dinosaure et au poulpe) sur scène ?
Il y a un peu de ça, oui. Personnifier un animal permet de dire des vérités qu’on s’interdirait en tant qu’être humain.

Vous prétendez d’ailleurs que l’humour n’est pas encore considéré comme un art à part entière…
L’humour est une technique de faible… Je le pense vraiment ! On développe l’humour pour se défendre. Ce n’est pas un art, mais de l’artisanat. Quelqu’un qui fait un escalier artistique n’a pas besoin qu’il soit fonctionnel. Il peut être exposé et impraticable. Un menuisier, par contre, peut imaginer un très bel escalier, mais il doit le rendre solide et praticable. L’humour est donc de l’artisanat : on a quand même le devoir de faire rire. Il faut que notre spectacle soit « fonctionnel ». Peut-être que certains humoristes font vraiment de l’art, mais ceux qui se demandent si ce qu’ils disent est drôle tendent vers l’artisanat.

Vous parlez souvent des travers des gens dans votre spectacle. Les Belges ont-ils quelque chose de travers ?
Peut-être. D’un côté, ils sont d’une extrême gentillesse, mais, de l’autre, il n’y a pas moyen de négocier avec eux : quand c’est non, c’est non. Alors que les Français tombent toujours dans le même travers : ils cherchent à contourner les choses. En Belgique, c’est plutôt sec alors que, de manière générale, les Belges sont, de nature, plutôt gentils.

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« La logique belge n’est pas la même que la française » selon Haroun. ©PYP

Que pensez-vous de l’humour belge ?
Le plus grand bien. Je m’entends très bien avec Guillermo Guiz. J’aime sa façon de parler. Quand j’étais jeune, j’étais aussi hyper impressionné et inspiré par Benoît Poelvoorde. Il y a donc une inspiration artistique belge en France et chez moi ! François Damiens m’influence également. Pour un pays avec beaucoup moins d’habitants que la France, la création qu’on y trouve est plutôt impressionnante. Dans l’humour belge de l’absurde et de l’abandon, on trouve une espèce de fatalisme et de relâchement. L’humour français, c’est plutôt la mauvaise foi.

Une expression belge vous fait marrer ?
J’adore le « je ne saurais pas le faire ». Là, je me sens à chaque fois en Belgique.

Qu’aimeriez-vous que la France emprunte au Plat Pays ?
L’autodérision, le fait de faire un peu moins attention à l’apparat. Trouver de la beauté dans des choses qui ne cherchent pas à être belles. Dans l’humour de Damiens ou de Poelvoorde, le clown accepte sa condition, complètement résigné. ça, cela ferait du bien à l’humour français !

Y a-t-il quelque chose que vous ne compreniez pas en Belgique ?
A part les travaux sur les routes ? Les Flamands, je ne comprends pas ce qu’ils disent ! Blague à part, quand on se trouve en Belgique, on a l’impression d’être dans un pays lointain, mais entre l’Angleterre et la France. On n’y roule pas à gauche, mais les Belges ont une façon de concevoir la route qui n’est pas la même que la nôtre. Ils n’ont pas non plus la même façon de réfléchir. La logique belge ne prend pas le même chemin que la française. Je me souviens également m’être perdu en Belgique : tout y est organisé autrement. C’est comme si je devais travailler dans le bureau de quelqu’un d’autre. Ou alors cuisiner dans la cuisine d’un inconnu. Les ustensiles ne sont pas au même endroit. Mais les deux logiques sont bonnes quand même, hein ! (Il rit.)

©DR
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