Paris Match Belgique

Frédéric François : « Grâce aux Belges, mon père a pu retrouver sa dignité »

Frédéric François le 9 septembre 2019. | © Martin BUREAU / AFP

I like Belgium

Sur la lancée du succès de son album « Juste un peu d’amour », le chanteur fête ses cinquante ans de carrière à Forest National le 26 octobre. Il s’est confié à Paris Match Belgique. Par Christian Marchand.

Paris Match. Vous fêtez vos cinquante ans de carrière par une tournée internationale, avec un passage au Grand Rex à Paris et à Forest National. Avec des surprises à la clé ?
Frédéric François. J’attache beaucoup d’importance à la scène, au décor, à la structure. Il y a un écran de 10 mètres de long sur 6 mètres de hauteur et des podiums avec des leds qui s’illuminent. J’adore ça ! J’ai toujours essayé de donner un plus aux gens qui viennent me voir. Je veux un son magnifique et offrir du spectacle. A Forest National, ce sera un rendez-vous hors du commun avec des milliers de personnes qui chantent et font la fête avec moi. Et puis, il y a mon nouvel album, « Juste un peu d’amour », avec douze chansons inédites, complètement différentes au niveau du son. J’essaie d’épouser l’air du temps et d’évoluer sans me dénaturer.

Cinquante ans après, avec le recul, comment revoyez-vous vos débuts ?
J’ai enregistré mon premier 45 tours à l’âge de 19 ans, en 1969. Je ne savais pas trop où j’allais. On a plus donné de disques que nous en avons vendus ! ça s’est mieux passé avec le deuxième. J’ai fait quelques émissions de radio et des bals. La presse a commencé à parler de moi. Il m’a fallu sortir sept disques avant de connaître le vrai succès : « Je n’ai j’aimais aimé comme je t’aime » est resté treize semaines numéro un.

DR

Vous avez connu des lendemains plus durs.
Après huit ans, le disco est arrivé. La musique a changé. Les médias sont partis vers un autre style. J’ai commencé à me poser de grandes questions. Vous vendez des millions de disques, puis vous disparaissez du jour au lendemain, on ne vous appelle plus… C’est dur à vivre. J’ai vécu des angoisses qui se répercutaient dans le temps. A un moment donné, je me suis dit : « Stop à la souffrance ! » J’ai soigné le corps, mais aussi l’esprit. J’ai rebondi deux ans plus tard comme jamais avec « Mon cœur te dit je t’aime » et « Je t’aime à l’italienne ». J’ai eu un tube par année. Cela m’a permis de comprendre le métier, mais aussi l’obligation de grandir un peu. Je vivais trop dans un rêve.

Vous avez connu dernièrement une belle émotion : vous avez été honoré dans votre village.
Oui. C’était le 19 juillet dernier. Ils ont posé une plaque commémorative sur la maison où je suis né. J’ai été touché en plein cœur. J’espère que, de là-haut, mes parents sont fiers de moi. C’était aussi la rue où vivaient mes grands-parents et mes oncles. Il y aura prochainement un musée Frédéric François à Lercara !

On vit bien dans notre pays.

Pourquoi aimez-vous la Belgique ?
C’est le pays qui nous a accueillis. Celui où mon père a pu fonder sa famille et retrouver sa dignité. Elever ses enfants et faire en sorte qu’ils ne subissent pas ce qu’eux avaient subi en Sicile : travailler une semaine et avoir seulement de quoi se payer un pain ! En Belgique, il a trouvé ce qu’il voulait : une vie meilleure. Il était le coiffeur de toute la famille. Maman était la couturière. Nous vivions heureux dans une belle ambiance familiale. Vous auriez demandé à mon père s’il avait envie de rentrer en Sicile, il vous aurait répondu « non » immédiatement.

Comment voyez-vous le changement de notre Belgique en cinquante ans ?
Je ne pense pas que le visage de la Belgique ait changé. Je ne fais pas de politique. On vit dans un beau pays. Il y en a qui sont moins favorisés que nous. Regardez nos hôpitaux : on est bien soignés, ici. Mais, surtout, nous sommes heureux. C’est toujours difficile, pour tout le monde, de se réaliser dans la vie. Mais c’est plus facile aujourd’hui que lorsque mon père est arrivé en Belgique pour travailler dans les mines.

Un péché mignon bien belge ?
Je serais capable de prendre la voiture pour passer le week-end à la mer du Nord.

Lire aussi > Loïc Nottet : « Pourquoi les Wallons ne s’entendent-ils pas avec les Flamands ? » 

Votre plat belge préféré ?
J’aime les plats préparés par ma femme. Mais ici, je pointerais un bon steak-frites.

Qu’est-ce que ne comprenez-vous pas chez nous ?
Ce qui me fait rire, ce sont nos chiffres, que les Français ne comprennent pas. Je me suis habitué à dire « quatre-vingt-dix » ou « quatre-vingt-seize » mais, parfois, il m’arrive de dire « nonante » ou « nonante-six ». Leur réaction est immédiate : « Je ne comprends pas. Parle français ! »

Selon vous, qu’est-ce que la France devrait emprunter à la Belgique ?
Notre humour. Il est magnifique. Ils doivent aussi envier notre chocolat, nos pralines et nos bières (rires). Nos artistes également, ou nos joueurs de foot, acclamés dans le monde entier. Nous avons beaucoup de talents. Mais la Belgique 
et la France sont voisins. Ne soyons pas jaloux de l’autre. Les Français ont des bonheurs formidables qu’on pourrait leur envier, comme le vin. Chaque pays a sa culture et ses spécialités.

Son dernier album, sorti en mars 2019.
CIM Internet