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Camille Lellouche : « Je parle de la femme battue avec humour, sinon on ne m’écoute pas ! »

Camille Lellouche se produit le 9 octobre au Cirque royal de Bruxelles et le 20 au Forum de Liège. | © ©FRANCK CASTEL/MAXPPP -

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Elle a monté un show à la hauteur de ses trois millions de followers. Et son personnage de cousine éloignée de Kim Kardashian lui permet de buzzer. 


Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Vous êtes une véritable touche-à-tout : actrice, chanteuse (vous avez été demi-finaliste de « The Voice »), ce sont vos performances humoristiques sur YouTube qui vous ont fait connaître. On peut même écrire que vous devez beaucoup à vos grimaces ?
Camille Lellouche. Effectivement, mes vannes sont surtout visuelles. J’ai d’ailleurs besoin d’écrans géants pour mon spectacle. Si vous ne voyez pas mes mimiques, vous ne comprenez pas la vanne. J’ai 15 % de rires en moins si je ne fais pas gaffe à ce petit détail ! Je n’ai d’ailleurs pas peur de m’enlaidir. Les gens partent du principe que quand t’es maquillé, t’es moche. On est dans une société de consommation qui montre que la beauté, c’est le botox et le maquillage à outrance. Du coup, les filles de 15 ans se maquillent comme si elles en avaient 40 et comme si elles avaient des choses à cacher. Or, la femme, ce n’est pas ça. Moi, je montre qu’à 33 ans, même si j’avoue être encore une femme-enfant, je suis naturelle.

Slimane dit de vous que vous êtes « une showgirl qui arrive à faire pleurer ».
Oui, on se connaît bien depuis « The Voice », on est devenus amis. Il a bien vu car il y a pas mal d’émotions dans le spectacle. Je parle de la femme qui se fait battre. Evidemment, je suis obligé de le faire par l’humour, sinon on ne vous écoute pas ! C’est triste mais, à partir du moment où vous scotchez l’assistance, les gens sont surpris. Et donc on touche au but qu’on s’est fixé : rappeler que c’est une horreur et qu’il faut la dénoncer. Certains parlent de politique, moi de la violence faite aux femmes.

Depuis le cas Elodie Poux, condamnée par la justice pour une blague, craignez-vous de subir le même sort ?
Il y a des choses que je n’accepte pas dans l’humour. Je n’aime pas les blagues racistes, vulgaires ou méchantes sur le physique. Mais chacun fait ce qu’il veut. Si je tourne une vidéo où je sens que je vais trop loin, je ne la poste pas. Pas par rapport aux menaces, mais pour ne pas blesser ou vexer quelqu’un. Une sorte de mini-autocensure qui vient aussi de mon éducation. Car quand je fais des blagues, je pense à ma mère. Il faut qu’elle soit ok si elle voit ça. Pareil avec les gros mots : je les assume. Si ça ne marchait pas, je n’aurais pas autant d’abonnés !

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Et vous n’oubliez pas votre carrière de chanteuse…
Je compose à nouveau en ce moment, car c’est ma base d’artiste. Dans mon spectacle d’humour, je chante, et il y a même une chanson un peu rigolote. Mais je ne l’ai pas imaginée pour ça. Etre chanteuse ou humoriste sont deux choses différentes. C’est pour ça qu’en France, on a encore du mal à accepter ce truc de la triple casquette. On ne se pose pas la question aux USA. Et on ne la pose pas aux hommes. Vous oseriez interroger Marc Lavoine ou Patrick Bruel là-dessus ? Pourtant, ils font du théâtre, du cinéma et ils chantent.

Précisément, vous tenez un rôle dans Le Dindon, aux côtés de Dany Boon.
Je joue une prostituée bisexuelle dans cette adaptation de Georges Feydeau. La femme est mise en avant et le mec est un peu bébête. J’aime cette analyse où la prostituée, même si elle est obligée d’être légère, joue un peu les chefs d’orchestre.

« Les filles de 15 ans se maquillent comme si elles en avaient 40 » rigole Camille Lellouche. ©PYP

Quel est votre lien avec la Belgique ?
Il est assez fort, dans la mesure où c’est le deuxième pays qui m’applaudit comme en France. Ce que j’aime chez les Belges, c’est leur bienveillance naturelle. Et même en rue, ils sont hyper chaleureux. Comme en province française : les gens sont plus cool, ils veulent rire ! J’ai même des amis belges car, enfant, je venais au Plat Pays grâce aux Vandevelde, des amis de mes parents. Ils avaient deux filles, Caroline et Rebecca, que je vois toujours avec bonheur.

Vous aimez alors la cuisine belge ?
Sorry, j’aime surtout tout ce qui me fait grossir le popotin : fricandelle, viandelle, poulycroc… Je les dégomme en deux secondes ! J’adore ça, c’est bien meilleur qu’en France.

Une expression belge qui vous fait marrer ?
« Oufti ! » (Rires) Comme le crient sans cesse des amis belges qui habitent Paris et que je vois régulièrement. En plus, ils disent tous « s’il te plaît » à la place de « merci ». Génial.

Qu’aimeriez-vous que votre pays emprunte à la Belgique ?
La bienveillance envers les humoristes…

Et qu’est-ce que vous ne comprenez pas chez les Belges ?
Le flamand (rires) ! Dans les mots, il n’y a que des consonnes, ça ne veut rien dire. Bref, vous pouvez me traiter de tous les noms, je ne comprendrai jamais. (Elle rit)

Cet article est issu du Paris Match Belgique du 26 septembre 2019. 

 

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