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Stéphane Guillon : « Cette période de bien-pensance exacerbée, c’est du pain bénit »

« C’est très con d’avoir méprisé les Belges voilà quelques années » affirme Stéphane Guillon. | © Photo by Shootpix/ABACAPRESS.COM

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Le célèbre sniper de l’humour fait ses « Premiers Adieux » à la scène dans un spectacle à voir le 25 janvier 2020 à Woluwe-Saint-Pierre (Bruxelles).


Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Vous venez en Belgique avec un spectacle qui dénonce le fait qu’on ne peut plus rien dire aujourd’hui. C’est vraiment une réalité ?
Stéphane Guillon. Nous vivons dans une société frileuse, bien-pensante et pleine d’interdits. Heureusement, la transgression est possible dans l’humour. Et plus il y a de l’interdit, plus je prends du plaisir à y aller. Je n’ai jamais été en phase avec le « on ne peut plus rire de tout » ou encore le « avant c’était mieux ». Cette période de bien-pensance exacerbée, c’est pour moi du pain bénit.

La liberté de ton a toujours été votre marque de fabrique…
C’est quelque chose que vous allez chercher et qui finit par s’imposer. Je me suis souvent battu pour qu’on me laisse travailler, même si ma notoriété, à un moment donné, me protégeait.

La scène reste donc le dernier espace de totale liberté ?
Elle est un endroit où vous pouvez plus difficilement être trahi, contrairement aux déclarations que vous pouvez faire ici et là. Souvent, on prend une phrase et on la sort de son contexte. Sur scène, la gestuelle est capitale. On peut dire une horreur et tout d’un coup, avec un sourire ou un clin d’œil au public, faire comprendre que vous n’êtes pas dupe. Cela dit, je veux dénoncer la télé actuelle, faite de faux happenings, de faux buzz, de poujadistes et de populistes que je trouve exécrables. Et qui, parfois même, s’érigent en tribunaux et jugent des personnes qui ne sont même pas là pour se défendre. Ce n’est pas la télé que j’ai connue, ni celle que j’ai faite dans les années 90 avec Stéphane Bern, une télé bon enfant. Pas parfaite, mais on ne piégeait pas les gens. Maintenant, les émissions sont montées. On est trahi et on cherche le buzz. Vous allumez la télé aujourd’hui et ça s’engueule. Triste époque.

Craignez-vous encore de déraper ?
C’est pour cela que j’ai fait une vraie cure médiatique. Quelques polémiques m’ont fait réfléchir, parce qu’elles commençaient à me fermer les portes et à me coller une image de merde. J’en avais marre. Je garde donc mes saillies pour la scène.

Quand ferez-vous vos véritables adieux ?
Quand je ne m’amuserai plus et que je sentirai que je ne serai plus en phase avec mon époque. Tant que je m’amuse et que j’amuse les gens, pourquoi arrêter ?

N’avez-vous pas peur de la vanne de trop ?
Non. Quand on a la base du métier, on connaît ses limites et on sait quand elle arrive. On ne s’autocensure pas, faut juste être malin. Intelligent. Plus on va loin, plus il faut que ça soit drôle. C’est une alchimie.

N’y aurait-il pas trop d’humoristes, toutefois ?
Si, on le dit. Quand j’ai commencé, on était quinze. Mais la sélection se fait naturellement. Certains ont de vraies singularités et quelque chose à dire.

Vous qui avez passé votre carrière à égratigner les cadors de la République, n’avez-vous jamais pensé faire de la politique ?
Surtout pas ! Cela ne m’a jamais effleuré l’esprit un quart de seconde (rires). Je n’irai jamais mettre un pied là-dedans. Je suis le bouffon du roi, je ne veux surtout pas être le roi. Je suis bien mieux dans ce rôle. L’humour reste encore un contre-pouvoir pour certains caricaturistes ou humoristes.

©PYP

Quel est votre lien avec la Belgique ?
(Un long sourire et un air rieur, l’homme y habitant aujourd’hui mais « pas pour des raisons fiscales »). C’est un lien affectif, je m’y sens vraiment bien. Les gens se prennent moins au sérieux. Ils sont plus immédiatement conviviaux. Si vous demandez votre chemin dans un tram ou un bus, ils s’arrêtent et vous aident. Ce qui n’est pas le cas en France où les inconnus ont l’impression d’être agressés. J’aime également le cinéma et l’humour noir belges. J’ai même été fait ambassadeur de la province de Liège.

Un plat préféré ?
Des croquettes, le vol-au-vent et ce que les Belges appelle « l’américain ». J’aime la « boîte » de Jérémie Renier et il y a vraiment des endroits sympas pour faire la fête à Bruxelles. J’étais d’ailleurs au banquet de l’avenue Louise lors de votre journée sans voiture. J’y ai mangé des huîtres.

Qu’aimeriez-vous que la France emprunte à la Belgique ?
Les Belges sont capables d’autodérision et j’aime ça. Ils ont souvent été pris de haut par les Français… et maintenant, les Français les trouvent très chic. C’est très con de les avoir méprisés avant.

A contrario, que ne comprenez-vous pas en Belgique ?
Le prix des Thalys, surtout qu’il n’y a jamais d’eau pour se laver les mains dans les toilettes… 100 euros pour aller à Paris, non mais, au secours ! C’est du racket. (Rires)

 

©DR

 

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