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Corinne Touzet : « Aujourd’hui, les couples se quittent au moindre petit accroc »

Corinne Touzet est de passage en Belgique au mois d'octobre. | © Photo by Nicolas Genin/ABACAPRESS.COM

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Corinne Touzet partage la scène avec Daniel Russo et Loup Denis Elion dans Alors on s’aime, du 15 au 19 octobre à 20 h 30 et le 20 octobre à 15 h au Centre culturel d’Auderghem.


Par Christian Marchand

Paris Match. Vous revenez en Belgique avec l’irrésistible pièce de Flavia Coste, « Alors on s’aime ». Un grand bonheur ?
Corinne Touzet. Oh oui, on s’engueule tout le temps ! (Elle rit) Mais c’est notre moteur. Notre façon de communiquer. On n’arrive pas à se parler sans se crier dessus. D’ailleurs, le voisin d’en haut va descendre pour que ça s’arrête. D’abord parce qu’il voudrait dormir, ensuite pour essayer de comprendre pourquoi on se dispute sans cesse. En fait, ce gentil voisin veut nous aider. Non pas pour qu’on arrête de nous disputer mais… pour qu’on s’engueule encore plus !

Est-il exact que vous avez beaucoup de rituels à respecter avant de monter sur scène ?
J’ose à peine vous l’avouer, mais si je n’agis pas de cette façon, c’est une catastrophe. J’arrive toujours deux heures avant le spectacle. Tous les soirs, je prie également derrière le rideau. Je suis très croyante.

Y aurait-il un message dans cette comédie de boulevard ?
(Elle rit encore) Oui, c’est évident. Aujourd’hui, les couples se quittent au moindre petit accroc. On le voit bien autour de nous : chacun part sans vouloir discuter. Moi, mon exemple, c’est ma grand-mère. Elle m’a élevée. Elle est restée toute sa vie avec mon grand-père. Elle est morte après lui. Elle a toujours dit : « Le jour où l’on ne s’engueulera plus, on sera morts. » Ils se sont chamaillés toute leur vie mais ils s’adoraient. J’ai beaucoup pensé à eux en répétant la pièce.

Dans la vie, vous êtes aussi soupe au lait ? Du genre à vite monter dans les tours ?
Oui, et même trop. Avec le temps, je me suis un peu calmée. Il y a vingt ans, ce n’était pas le cas. Les casseroles, les verres, tout y passait !

Vous êtes actrice, productrice et comédienne. Comment conciliez-vous cette vie professionnelle bien remplie avec votre rôle de mère ?
Je suis quelqu’un de très organisé. Pour moi, mais aussi pour les autres. J’ai accouché de ma fille après le premier épisode d’ Une femme d’honneur. J’avais signé pour tourner un film. Seulement, voilà : on a fait un carton, 12 millions et demi de téléspectateurs ! Ce n’était pas prévu. Je ne me rendais pas bien compte. Pour moi, ça ne voulait rien dire. Je n’avais jamais vécu ça. Et là, je me retrouvais avec un bébé. Heureusement, le papa et les nounous m’ont aidée. Cela dit, ma fille, est toute ma vie. Le reste arrivera toujours en deuxième position. Très vite, elle me manquait trop. J’ai demandé à mon producteur qu’on tourne près de chez moi, pour que je puisse rentrer le soir à la maison. Même si c’était juste pour lui donner à manger et la coucher. J’ai toujours été présente. Sauf lorsque je devais travailler à l’étranger.

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« La Belgique est comme la Bretagne : rien n’y est dénaturé » ©Paris Match Belgique

Par contre, vous avez été très tôt livrée à vous-même…
Effectivement. J’ai quitté mes parents vers l’âge de 16 ans. Commerçants, ils travaillaient sans cesse, partaient tôt le matin et rentraient tard le soir. J’étais souvent seule. J’avais déjà fait mes devoirs. Ensuite, j’étais déjà lavée et les dents brossées. Puis, j’allais me coucher…

Vous souvenez-vous de votre première visite en Belgique ?
Oui, c’était pour un film qui allait beaucoup compter dans ma vie. Un long métrage magnifique dans lequel il y avait trois générations de femmes. J’étais déjà venue au Plat Pays avec mes parents. Nous avions été à Bruges, mais je n’avais jamais vu Bruxelles. J’ai été très étonnée. J’ai constaté avec bonheur qu’il y règne une ambiance incroyable. On ne trouve pas cela en France. C’est un état d’esprit propre aux Belges. Tout le monde se tutoie. A Paris, c’est impossible ! En réalité, la Belgique, c’est comme une famille. Je me souviens qu’après le tournage, tout le monde se retrouvait le week-end autour d’un barbecue. En France, on éviterait plutôt de voir le dimanche ceux qui travaillent avec vous la semaine !

Moralité ?
Les Belges sont des gens touchants parce que toujours dans l’humain. Ils sont à l’écoute les uns des autres. Ils vivent davantage ensemble. Prenons l’exemple de Bruxelles. On y trouve beaucoup de communautés différentes. Peut-être qu’il y a des difficultés que j’ignore, mais j’ai le sentiment que tout va mieux qu’en France. Et puis, j’adore également l’architecture des grandes villes. A Paris, dans certains quartiers, c’est très abîmé, alors que c’est l’une des plus belles villes du monde. Ils ont trop construit. Cela ne justifie pas ces kilomètres de bureaux qui sont vides et tous à louer ou à vendre. En Belgique, c’est comme en Bretagne, le paysage n’est pas dénaturé. Quand vous y venez, vous reconnaissez la Belgique.

Votre péché mignon belge ?
A part les fruits de mer ? Je ne suis pas fan des croquettes de crevettes, contrairement à beaucoup de Français. C’est trop lourd pour moi. Je préfère les carbonnades flamandes.

Qu’est-ce que vous ne comprenez pas en Belgique ?
Cette histoire entre les Flamands et les Wallons. Je précise : je ne comprends toujours pas qu’après tout ce temps, on en soit encore à des querelles ridicules. Cela me dépasse, dans un si beau pays.

Selon vous, qu’est-ce que la France devrait emprunter à la Belgique ?
Tout de suite et sans réfléchir : sa bonne humeur.

 

La pièce « Alors on s’aime » de passage en Belgique. ©Fabienne Rappeneau.

 

 

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