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Jean-Paul Belmondo : « Ne le répétez pas, mais j’aime les Diables rouges comme les Bleus  »

Belmondo aime le faire savoir : la Belgique compte pour lui. Grâce à ses amis et aux monstres sacrés comme Eddy Merckx... | © Photo by Sameer Al-Doumy / AFP.

I like Belgium

Que retient-on d’une légende de cinéma ? Les films, les rôles, les coups de panache de l’acteur, les défis sur scène du comédien, la face battante de l’artiste. Et l’homme ? Tête-à-tête avec « Bébel » à Bruxelles.

 

Par Marc Deriez

Ce n’est pas faire injure à la carrière de Jean-Paul Belmondo que d’écrire l’évidence : chez lui, l’humain est la facette qui touche en priorité. Ce n’est pas gratuit. C’est garanti. A Bruxelles, il avait reçu une belle ovation en 2012. Les larmes avaient coulé. Mais des politiques avaient été montrés du doigt. Et un attaché de presse avait cru bon de jouer un stupide jeu opportuniste. On en était gênés. Une heure après, Bébel, lui, était déjà passé à autre chose : un dîner à l’amitié avec Jean Dujardin et quelques copains. C’était bon, c’était bien.

Cette fois, c’étaient les boxeurs belges qui lui rendaient hommage. Une suite à des années d’ambiance commune. Plus simple. La politique, mais de l’amitié. La vraie. Sans calculs. Celle qui se construit à travers de belles histoires. Humaines, précisément.

Il est là, à table en ce vendredi de fête, en petit comité, souriant, blagueur, encensant ses amis qui l’ont conduit et accueilli à Bruxelles. Car il leur a fait peur quelques heures plus tôt : par superstition, Bébel refusait de monter dans une voiture blanche. Ce qui était une catastrophe, le temps étant trop court pour trouver un autre véhicule. En réalité, ce n’était qu’une blague, digne du « Magnifique » et de « L’Incorrigible ». On ne se refait pas.

Il lèguera à ses enfants la vérité sur son nom : « Bel mondo », « beau monde ». Le sien est celui de la fidélité, du respect, de l’appétit pour la vie

Belmondo pourrait être aigri, se lamenter, souffrir dans sa chair. Il est enthousiaste, raconte, imite, embrasse. Il n’avait rien à gagner à Bruxelles. Les standing ovations, il connaît. Mais il avait promis qu’il viendrait. Alors, il est venu. Il a hérité de la droiture de son père, grand sculpteur français. Et il lèguera à ses enfants la vérité sur son nom : « Bel mondo », « beau monde ». Le sien est celui de la fidélité, du respect, de l’appétit pour la vie. Un géant des valeurs, alors que d’autres parlent toujours de la valeur du géant.

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Marc Deriez remet à Jean-Paul Belmondo le symbole officiel du savoir-faire belge : le Schtroumpf I Like Belgium. ©Paris Match Belgique

Là, à table, il est entouré de ceux qu’il aime. Marc, ancien boxeur qui a dû arrêter sa carrière pour des raisons de santé, et José, son copain pugiliste de jadis. C’est ainsi, dans l’univers du noble art, qu’ils ont fait la connaissance de Bébel, que leur amitié est née voilà trente-cinq ans. Sans jamais un coup tordu comme au cinéma, sans jamais une rafale de fusil dans le dos comme dans « Le Professionnel ». Noble art, effectivement, que d’entretenir une vraie amitié avec une star, en évitant de tirer la couverture ou d’en provoquer dans les magazines, sans jamais chercher à profiter de la situation. Il y a aussi Jeff, maintenant, qui veille sur Bébel avec attention. Et tout ce petit monde a l’air de vivre dans une bulle : celle de l’amitié sincère.

On lui remet le Schtroumpf I Like Belgium, le symbole officiel du savoir-faire belge. Il est touché. Parce qu’il aime le faire savoir : la Belgique compte pour lui. Grâce à ses amis et aux monstres sacrés comme Eddy Merckx, dont il demande des nouvelles depuis son accident. France et Belgique s’apprécient… malgré la Coupe du monde de football. « Ne le répétez pas, mais j’aime les Diables rouges comme les Bleus », nous souffle-t-il. Puis, il redevient plus sérieux : « Vous avez vu ce que je porte sur mon veston ? C’est le ruban de l’Ordre de Léopold, il ne me quitte jamais. » Il y a de la belgitude en lui. « I Like Belgium ! » dit-il subitement à l’assemblée. Tout le monde éclate de rire. Il embrasse son pote Marc. « C’est chouette, ici. »

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L’As des as  n’est pas qu’un titre de film

Les histoires et les anecdotes fusent pendant deux heures.  A 86 ans, alors que certains fatiguent entre la poire et le fromage, il sourit encore à une bonne blague. Puis, il se lève et s’en va avec son chien, tenu par une laisse de la fondation Bardot, sa « Sirène du Mississippi ». Il se retourne et nous lance : « Hé, les gars, merci pour tout ! » « Mais Jean-Paul, c’est nous… » Trop tard, il est déjà parti. Un peu comme Kean quittant la scène alors que les bravos crépitent encore.

Finalement, il n’y a qu’un mot qui n’a pas été cité concernant Jean-Paul Belmondo. ça ne s’apprend pas, ça ne s’achète pas, ça ne meurt pas : cela s’appelle « la classe ».

Cet article est issu du Paris Match Belgique de ce jeudi 24 octobe 2019.

 

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