Paris Match Belgique

Véronique Jannot : « il règne un malaise en France parce qu’il y a peu de joie »

Véronique Jannot bientôt en Belgique, au Centre culturel d’Auderghem, pour la pièce de théâtre Inavouable

La comédienne ne sait pas quand on le reverra au cinéma mais elle "garde un merveilleux souvenir de ma carrière cinématographique" ! | © Photo CHARLY TRIBALLEAU / AFP

I like Belgium

Véronique Jannot présente au Centre culturel d’Auderghem Inavouable, une pièce remarquable sur le couple, la fidélité et la paternité. Du 10 au 14 décembre à 20h30 et le 15 décembre à 15 h.

Par Christian Marchand

« Les commerçants vont encore être victimes de la grogne au moment des fêtes »

Paris Match. Vous venez jouer l’excellente pièce Inavouable en Belgique. Un pays que vous aimez ?
Véronique Jannot. Je fais souvent le rapprochement entre les Belges et les Québécois : on trouve chez eux le même côté bon enfant. Sans compter l’accent. On a parfois tendance à se moquer des gens qu’on aime ! Lors de mes dernières vacances en Espagne, j’ai rencontré des jumeaux belges. On a beaucoup ri ensemble durant ces deux semaines, nous étions inséparables. Les Belges ont la gentillesse du cœur et une très attachante humanité.

Y a-t-il un endroit qui vous plaît plus qu’un autre en Belgique  ?
Un lieu me tient particulièrement à cœur : Knokke-le-Zoute. Ce nom m’a fait sourire durant des années. Mais l’endroit est juste magnifique. Comme beaucoup d’autres dans ce Plat Pays qui m’est cher… pour ses petits plaisirs également ! Par exemple, je raffole des croquettes aux crevettes. Elles ne sont pas bonnes partout, mais quand elles le sont, c’est un régal. Et puis, j’aime bien la bière belge. Blanches, blondes, comme la Leffe… Inégalable !

Qu’aimeriez-vous que la France emprunte à la Belgique ?
La liberté. Je sais que, politiquement, c’est le bordel en Belgique en ce moment. Et pourtant, cela n’a pas l’air de gêner les Belges. Mais les Français, eux, sont de plus en plus soumis à des lois sur des bêtises. De petites lois qui font que, tout d’un coup, on nous enlève un peu de bonheur au quotidien, alors qu’elles ne changent rien sur la planète. Parfois, j’ai l’impression que nos politiques prennent un malin plaisir à rajouter des couches successives afin de rogner nos plaisirs. Il règne un malaise en France parce qu’il y a peu de joie. Il y fait de moins en moins bon vivre. C’est quand même d’une belle tristesse, quand on voit le magnifique pays qu’on a. Sans oublier tout ce qui va se passer à partir de ce 5 décembre, avec les Gilets jaunes et les grèves RATP et SNCF. Elles vont durer jusqu’à quand ? Les commerçants vont encore être victimes de la grogne au moment des fêtes, et ce sont finalement les géants de la vente par correspondance qui vont s’en mettre plein les poches. Tout cela est très triste et me fait peur.

 

©Paris Match Belgique

Pensez-vous que les artistes ont un rôle à jouer dans ce débat  ? Que leur voix est importante  ?
Oui. Et nous jouons ce rôle. Mais parler, c’est facile. Apporter une solution est plus compliqué. Je n’en ai pas non plus. Si j’en avais, je la transmettrais immédiatement ! Il y a beaucoup trop d’injustices. Par exemple, les migrants. Aujourd’hui, on ne peut pas les intégrer et demain, on le pourra encore moins. Mais que voit-on ? Qu’ils finissent par bénéficier d’aides financières dont les retraités ne profitent pas. Comment voulez-vous que le Front national ne gagne pas des voix dans ces cas-là ? C’est une injustice dans le mauvais sens. Le dossier des migrants est hyper compliqué. Et, en même temps, on ne peut pas ne pas entendre la voix des Gilets jaunes quand ils se mobilisent. Sauf qu’il y a tous ces cons, ces casseurs qui s’emparent du mouvement et qui n’ont rien à voir avec les revendications… Cela dit, comment ne pas comprendre les migrants qui cherchent à vivre mieux ? Moi, je m’occupe beaucoup des Tibétains en exil. Ils finissent par obtenir des aides. Mais je vois en même temps des gens en bas de chez moi qui crèvent la dalle… C’est compliqué ! J’ai du mal à me projeter. Comment faire pour que tout s’arrange ? Il en faudrait, des coups de baguette magique. J’ai l’impression que rien n’est fait pour unifier les peuples. On dit toujours qu’il faut « diviser pour mieux régner ». C’est ce que nous vivons aujourd’hui.

Lire aussi > Jean-Paul Belmondo : « Ne le répétez pas, mais j’aime les Diables rouges comme les Bleus  »

Tout est plus compliqué qu’avant  ? L’humain passe au second plan  ?
Oui, on nous condamne à tant d’obligations, tant de paperasse ! De nos jours, on ne tombe plus sur des gens, mais sur des robots. Tout est administratif et les choses du quotidien deviennent un enfer. Cela ne m’emballe pas. Pourtant, on est tous les instruments les uns des autres, on a tous besoin de son voisin.

Quand vous reverra-t-on au cinéma ?
Je n’en sais rien du tout. Pour une actrice, trouver de bons rôles est devenu plus difficile. Pourtant, il y a de très belles histoires d’amour à raconter à partir de 50 ou 60 ans. Mais les codes ont changé. Je garde un merveilleux souvenir de ma carrière cinématographique, notamment du film Le Toubib, avec Alain Delon. Voilà un homme que j’adore. Il a été très protecteur avec moi. C’est vraiment une personne entière, un homme qui a des valeurs. Je lui souhaite tout le meilleur du monde.

 

©Paris Match Belgique

 

 

CIM Internet