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Benoît Magimel : « comment un homme en arrive-t-il à repousser son enfant pour ses différences ? »

« Les Belges sont plus tournés vers les autres » nous explique le comédien français Benoît Magimel de passage chez nous. | © Photo by CHARLY TRIBALLEAU / AFP.

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Il revient en père déchiré dans Lola vers la mer, le film très fort de Laurent Micheli sur le changement de sexe d’un enfant.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Vous revenez au cinéma dans un rôle fort : celui du père d’une jeune fille transgenre de 18 ans, qui va enfin pouvoir se faire opérer pour entamer une vie nouvelle. Pas trop lourd ?
Benoît Magimel. Le film parle à la fois de paternité, de masculinité et de transidentité. C’est très universel. Le personnage de Lola est très lumineux. Il peut éveiller les consciences.

Si, demain, l’une de vos filles vous disait « Papa, je veux changer d’identité », quelle serait votre réaction ?
Suis-je préparé à cela ? Vais-je l’accepter ? Tout le monde aurait la même réaction, un homme comme une femme. Mais, au bout d’un moment, ce qui importe, c’est le bonheur de votre enfant. Pour Philippe, que j’incarne, l’acceptation est dure. C’est un échec à ses yeux. Il est paumé et complètement largué. Lola a cette force de savoir ce qu’elle veut. La vraie question est celle-ci : comment un homme en arrive-t-il à repousser son enfant pour ses différences ?

Comment voyez-vous le rôle de père ?
C’est un métier extrêmement difficile. Il faut trouver l’équilibre. Les papas actuels sont différents d’avant. Etre presque ami avec ses enfants est-il une bonne chose ? Aujourd’hui, on interdit de mettre une fessée. Que signifie encore l’autorité du père ? Comment se positionne-t-on de nos jours ?

Vous avez vingt-neuf ans de carrière et quelque 70 films et séries à votre actif. La carrière d’un acteur qui a passé la quarantaine est-elle de plus en plus floue de nos jours ?
A mes yeux, c’est plutôt une course de fond. J’ai commencé à 13 ans, j’en ai 46 aujourd’hui. Et, très vite, c’est devenu une évidence pour moi : on n’arrive jamais au bout de tout. Le plus important, c’est de faire des choix.

Si le petit Benoît devait rencontrer l’acteur Magimel, quels conseils lui donneriez-vous ?
Je n’ai jamais perdu les références qu’on donne à un gamin. Ce métier, c’est l’enfance. On se déguise. On se transforme. On s’amuse, en fait. Et j’ai toujours eu plaisir à faire ces voyages et ces rencontres. A 20 ans, on n’est pas sûr de soi. On se pose beaucoup de questions. A la quarantaine, le parcours est plus intéressant. On est mieux dans sa peau. Cela dit, acteur est un métier, mais le plus important est de construire sa vie d’homme.

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Vous avez tourné Lola vers la mer  en Belgique. Un bon souvenir ?
Oui, nous sommes restés au Plat Pays quasiment toute la durée du tournage, c’est-à-dire durant sept à huit semaines. On a beaucoup logé dans le Brabant wallon, autour de Bruxelles aussi. Et bien évidemment à la mer du Nord. C’est un pays que je connais un peu, même si je n’ai pas parcouru toute la campagne. J’y’ai beaucoup tourné. C’est très agréable de venir travailler en Belgique.

Vous souvenez-vous de votre première visite ?
Oui, on était venu en bord de mer pour « La vie est un long fleuve tranquille » d’Etienne Chatiliez en 1988. Les rapports sont beaucoup plus simples en Belgique ; tout est plus ouvert par rapport à la France. Il y a aussi une forme de modernité.

 

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Un coup de cœur artistique belge ?
Cécile de France. J’ai joué récemment avec elle. Je ne la connaissais pas. C’est une actrice extraordinaire. Nous avons travaillé ensemble sur le film d’Emmanuelle Bercot, De son vivant.

Un péché mignon belge ?
La bière.

Votre plat belge préféré ?
Le moules-frites.

Selon vous, qu’est-ce que la France devrait emprunter à la Belgique ?
Son sens de la dérision, sa bonne humeur. Les Belges sont plus tournés vers les autres. Les Français devraient arrêter de se prendre trop au sérieux.

Une expression belge préférée ?
« Alors, ça va ? » Et j’aime bien aussi la façon dont les Belges disent « huit ».

 

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