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Bea Diallo : « On prend plus de coups en politique qu’en boxe »

« Continuons à métisser notre société afin de permettre aux gens de mieux se connaître et se comprendre » nous explique le boxeur qui va exceptionnellement remettre les gants. | © Bernard Demoulin

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Dans le cadre de « Night Of the Untouchable : Fight For Africa », l’ex-champion de boxe et homme politique à Ixelles remonte pour la bonne cause sur le ring, ce samedi 11 janvier, au palais 12 du Heysel.

 

Par Christian Marchand

Paris Match. Pourquoi remonter sur le ring à 48  ans, quinze ans après avoir raccroché les gants  ?
Bea Diallo. Mon objectif est de donner espoir aux jeunes du continent africain, de leur montrer que rien n’est impossible et que la vraie richesse se trouve en Afrique. L’eldorado est là, pas en Europe ou en Amérique. Avec d’autres têtes d’affiche chez les professionnels, je veux également combattre afin de récolter de l’argent pour les migrants. De nombreuses personnes m’apportent leur soutien, comme l’idole de ma jeunesse, Yannick Noah (voir photo ci-dessous).

Votre combat va au-delà du sport. Quel a été le déclic  ?
Il est impossible d’oublier les images de ces femmes et enfants qui se noient dans la Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe dans l’espoir d’un avenir meilleur. L’année dernière, 2 275 réfugiés et migrants ont perdu la vie, soit une moyenne de six morts par jour ! Cette situation est inacceptable. Devant un tel drame, une telle injustice, je ne peux rester sans rien faire.

Votre événement «  pour la jeunesse africaine  » n’a-t-il pas été trop difficile à monter  ?
Il faut reconnaître qu’aujourd’hui, nous assistons à une montée du racisme et de toutes les formes de discrimination. Nous vivons dans une société où les gens ont peur de l’autre, de ceux qu’ils ne connaissent pas. Ceci conduit malheureusement à la violence morale, et même parfois physique. Il n’est pas vain de montrer que nous pouvons vivre ensemble.

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Selon vous, le gouvernement est trop laxiste face au racisme  ?
Je ne dirais pas cela. Cependant, certains discours politiques permettent de légitimer les attitudes et les actions racistes. Voyez également ce qui se passe sur les terrains de football. Cette triste réalité est inacceptable dans une société comme la nôtre. Il faut continuer à sensibiliser, à faire comprendre, à éduquer les jeunes afin de mettre fin aux injures racistes. Il n’y a pas de fatalité. Depuis que le monde est monde, les discriminations existent. Continuons donc à métisser notre société afin de permettre aux gens de mieux se connaître et se comprendre.

Au-delà d’un combat, comment voulez-vous agir  ?
Il est difficile de convaincre ces familles africaines qui prennent tous les risques pour une vie meilleure parce qu’ils n’ont plus d’espoir. Il faut donc recréer cette espérance, leur montrer que l’avenir peut se gagner chez eux. Pour cela, il n’y a qu’une voie : donner un maximum d’outils aux jeunes Africains pour qu’ils puissent exploiter toutes les ressources de leur patrie et continent.

Des hommes politiques vous ont-ils inspiré  ?
Ce sont plus que des hommes politiques : Gandhi et Nelson Mandela. Le premier a montré qu’on peut mener un combat sans utiliser la violence. Le second a prouvé sa capacité à pardonner et à réconcilier tout un peuple.

On prend plus de coups en boxe ou en politique  ?
En politique. La différence entre les deux, c’est qu’en boxe, il y a des règles et un arbitre qui permet de les faire respecter. En cas de débordement, le boxeur est sanctionné. En politique, c’est plus compliqué.

Vous êtes aussi entraîneur national chez les jeunes. Quels regards portez-vous sur la jeunesse  ?
Elle n’est pas perdue, comme l’affirment certains. Il est évident qu’elle se cherche encore. Mais il faut l’aider, l’accompagner, lui montrer de beaux exemples de réussite. In fine, c’est aux jeunes de faire le choix du chemin qu’ils souhaitent prendre pour leur futur.

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Bea Diallo en compagnie d’un autre grand sportif, Yannick Noah. ©Paris Match Belgique

Selon vous, quelles sont les failles de la Belgique ?
La force du pays est sa capacité à trouver des compromis entre le Nord et le Sud, mais c’est malheureusement en même temps sa faiblesse.

Selon vous, qu’est-ce que la France devrait emprunter à la Belgique  ?
La modestie de celle-ci.

Une expression belge qui vous fait marrer  ?
« Omnuzele » (mot bruxellois signifiant innocent, imbécile). Ça me fait beaucoup rire !

Un péché mignon belge  ?
Les spéculoos. J’en raffole.

Votre plat belge préféré ?
Le stoemp aux carottes. Impossible de ne pas en manger pendant une semaine !

 

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