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Black M : « Je dois assumer mon rôle de grand frère »

Black M sort un 3e album et sera en concert en Belgique

« J’ai vécu trois mois dans la rue » nous a notamment confié Black M. | © BELGA PHOTO HANDOUT VIVA FOR LIFE

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Il est revenu après trois ans d’absence avec  Il était une fois… , un troisième album solo très personnel, et se produira le 13 mars au Cirque royal de Bruxelles.

 

Par Pierre-Yves Pâque

Paris Match. Vous êtes le grand copain de Maître Gims depuis toujours. Est-il exact qu’il est à l’origine de votre nom ?
Black M. Oui. Au départ, je m’appelais Black Mesrimes, un jeu de mots, une contraction entre le nom de l’ancien ennemi public numéro un Jacques Mesrine et les mots « rimes » et « black ». Je m’étais renseigné sur le personnage de Mesrine et j’ai accroché. Mais Maître Gims, qui était avec moi dans le groupe Sexion d’Assaut, avait toujours la flemme de dire « Black Mesrimes ». Je suis donc devenu Black M.

Les tubes « Sur ma route », « Madame Pavoshko », « La Légende Black », « French Kiss » vous ont lancé. Votre dernier album est complètement différent.
J’avais envie de prendre le contrepied de tout ce qu’on a l’habitude d’entendre de moi, de parler des vraies choses de la vie. J’ai un public large et en majorité jeune. Pour lui, je dois assumer mon rôle de grand frère. J’ai donc eu envie de lancer des messages.

Comme le titre « Ainsi valse la vie », sur les SDF…
A l’adolescence, pendant trois mois, j’ai vécu dans la rue (NDLR : il avait été expulsé du logement où il vivait avec sa mère et ses trois frères et sœurs). J’ai vu mourir des SDF. Et plein d’autres m’ont vu grandir. Il y en a même un qui m’a dit un jour  : « Tu vas réussir dans la musique  ! » Tout le monde le prenait pour un fou car il était sous alcool et personne ne l’écoutait. Mais moi, en disant cela, il me vendait du rêve et je croyais encore plus en ce que j’allais faire plus tard. Cet épisode m’a marqué, alors je l’ai écrit.

Aujourd’hui, vous n’hésitez pas à rencontrer les personnes en grande précarité. Vous avez même participé à une rencontre organisée par la Fondation Abbé Pierre.
Je veux prouver que je suis sincère. Je veux faire des choses pour eux, les suivre. Pour moi, c’est un devoir.

Vous chantez aussi l’histoire de « Lucien », qui aborde le harcèlement scolaire.
Sur les réseaux sociaux, je reçois un tas de messages de jeunes me disant qu’ils sont harcelés à l’école. Voilà comment est née la chanson « Lucien » (« (…) Ils vont m’attendre à la sortie / Décidément je n’sers à rien, j’ai l’impression d’être maudit / Il pleut des coups, j’me mets en boule, leur haine gratuite me rend fou / Ils finissent par m’laisser à terre, sapes déchirées, griffures dans l’cou / Au fond ils ont raison, ma vie est inutile / Quand l’scénario est trop pourri, autant arrêter le film / J’vais finir leur travail, ouais, en finir pour de bon / J’vais manquer à personne et mes parents m’oublieront »). Le harcèlement à l’école peut aller très loin. Certains me disent qu’ils sont au bord du suicide. Tous les thèmes que j’aborde, que ce soit sur ma femme trompée ou mon fils prématuré, c’est du vécu.

Vous n’avais jamais été tenté d’abandonner devant les difficultés ?
Mes parents sont guinéens. Ils viennent d’un endroit où il n’y a rien : ni eau potable, ni d’électricité. Malgré cela, ils ont toujours le sourire. Pour eux, je ne peux donc pas me dire que je vais tout abandonner. Musicalement, je suis parti de rien. Dans ma vie, en revanche, mes parents m’ont tout donné, même s’ils n’avaient pas grand-chose.

 

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Quel est votre lien avec la Belgique  ?
Je connais pas mal d’artistes belges. Surtout Angélina Bruno (NDLR : figure de CAP48 pour avoir perdu son bras lors d’un accident de voiture), l’une de mes danseuses. J’espère qu’elle sera de nouveau de la partie pour la tournée belge. Elle avait participé à un gros casting. Elle avait pris sa voiture et est arrivée sur Paris où elle ne connaissait personne. Il y avait 100 danseuses. On a senti chez elle une énergie de dingue.

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Un plat belge favori ?
Les frites, évidemment. C’est en Belgique qu’on mange les meilleures.

Une expression belge qui vous fait rire  ?
« Passe-moi le sel  ! »

Qu’aimeriez-vous que votre pays emprunte à la Belgique  ?
La gentillesse et la bonne humeur. En Guinée, ils l’ont aussi. Mais les Parisiens sont aigris. Même si je kiffe Paris car c’est ma capitale, les Parisiens ont un caractère particulier. Rien que les embouteillages vous énervent au plus haut point. La France est un pays tolérant. Evidemment, il y a des gens mauvais, mais ils sont en minorité ! Quand le FN a dit que j’avais menti sur le fait que mon grand-père était tirailleur, j’ai sorti « Je suis chez moi ». J’ai fait un festival et, au moment de la chanson, des drapeaux se sont levés dans la foule avec écrit dessus : « On est avec toi, Black M ». Angelina, elle, a toujours le sourire malgré les épreuves de sa vie. Elle a connu un accident de voiture terrible et même dans cet habitacle particulier pour elle, elle garde le smiley .

©DR

 

 

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