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Catherine Jacob : « Le cinéma aime la chair fraîche »

Catherine Jacob, très active en télévision, en entretien pour I Like Belgium

"Le principe de l’acteur est de travailler sur l’humain et sur des textes, pas sur les réseaux sociaux" explique l'actrice dans son interview pour Paris Match Belgique. | © Photo by Jerome Domine/ABACAPRESS.COM

I like Belgium

Très présente à la télé (Mongeville, Cassandre, 100 % bio et La Malédiction du volcan), elle poursuit également une carrière au théâtre (avec la reprise des Trois moitiés de M. Thiers).

 

Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Vous connaissez bien la Belgique depuis que vous avez joué dans Chez nous de Lucas Belvaux et surtout Dikkenek d’Olivier Van Hoofstadt. C’est aussi le réalisateur de Lucky, qui sort ce 26 février.
Catherine Jacob. Du tournage de Dikkenek, je garde le souvenir d’une rencontre impressionnante avec Olivier Van Hoofstadt, car il faisait des storyboards de tout. Dans Dikkenek, il n’y a que les Belges qui sont formidables. Les Français passent, on ne les voit pas trop. Marion Cotillard est au casting mais elle est quasi invisible. Ce sont les Belges qui font tout.

Ils ont vraiment la cote en France.
Je suis d’accord: ils ont un grain et on adore ça! Ce sont à chaque fois des hurlements de rire. Les Belges sont souvent supérieurs aux Français dans de nombreux domaines. Prenons la déco : le Français moyen est quand même un sacré bourrin ! En Belgique, il règne toujours un certain charme. Ça donne une force fantastique aux artistes, notamment en matière de références. Regardez la renommée de la peinture flamande. Le visuel et l’art de vivre sont très importants et les Belges les possèdent. A l’image de leur cuisine, simple mais très honnête. Avec de vrais produits formidables. Par exemple, les croquettes de crevettes. J’adore.

Vous avez réalisé un carton – 4 millions de téléspectateurs – avec La Malédiction du volcan sur France 3. Y a-t-il une différence à travailler pour la télé plutôt que pour le cinéma ?
Non. La différence se situe plutôt pour les techniciens, car le cinéma prend plus de temps. Pour les acteurs, c’est bien d’être dans le chaud. Et la télé, avec les bonnes personnes, c’est très agréable.

Après une carmélite dans Mongeville, vous allez incarner (dans la série Cassandre) une femme souffrant de la maladie d’Alzheimer qui ne se souvient plus d’être une tueuse, ou encore, dans le prochain film de Fabien Onteniente, une dame qui se rallie à une bonne cause. Votre carrière est discrète, mais fourmille de projets et de rôles marquants.

Sans doute parce que je me défie d’être dans les peopleries et sur les réseaux sociaux. C’est ma protection. Sur le tournage du film engagé de Lucas Belvaux, Chez nous, où je jouais un personnage d’extrême droite, j’ai été très protégée des attaques. Certains pensaient que j’avais pris une carte du FN… Ça me faisait bien rire ! Lucas et mes agents m’ont aidée.

D’autant plus qu’une femme incomprise aurait du mal à faire carrière sur le long terme.
Non et non ! Ce sont les starlettes de merde qui ont beaucoup de mal à continuer à vivre. Mais on préfère parler des femmes et participer à la connerie misogyne ambiante. Car il existe aussi beaucoup de petites starlettes masculines qui ont du mal. Regardez les 2be3 : ils n’ont pas survécu. Connaître un décollage immédiat extrêmement jeune est particulièrement dangereux. Mais ils veulent tous ça, de nos jours, être vedette et non pas acteur. Or le principe de l’acteur est de travailler sur l’humain et sur des textes, pas sur les réseaux sociaux. Alors, évidemment, ça peut avoir un petit côté réac, mais je le crie haut et fort : ce n’est pas ça, le travail ! Quand je vois Hector Langevin (la jeune star de Demain nous appartient ), j’ai peur qu’il ne se brûle. Ce métier est carnivore. Le cinéma aime la chair fraîche. Tout le monde n’a pas 17 ou 23 ans comme lui. La parade est de se servir un peu de sa tête.

Vous vous posez beaucoup de questions sur l’avenir du cinéma ? Vous travaillez énormément avec Netflix (elle vient de jouer dans Les Goûts et les couleurs pour la plateforme de streaming).
Netflix va faire beaucoup de choses. En même temps, de quel cinéma parle-t-on ? Car les horribles films d’action, les comédies débiles ou le cinéma pour enfants marchent très bien. Quant au cinéma d’auteur, il lui faut parfois davantage de moyens et on peut les trouver chez Netflix. C’est une bonne chose. Le seul souci est qu’on n’en connaît pas les chiffres. On sait dans quel pays on a été regardé – pour ma part, j’ai été vue jusqu’en Argentine et au Brésil, par exemple – mais on ignore quelle a été l’audience du film.

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Selon la comédienne française, « Les Belges ont un grain ! » ©Paris Match Belgique

Revenons à la Belgique. Une expression belge qui vous fait rire ?
C’est surtout l’accent (elle l’imite et rigole). Les Belges prennent un élan d’enfer que j’adore ! Sans compter la confusion entre « savoir » et « pouvoir ». C’est toujours très mignon (sourire) !

Qu’aimeriez-vous que la France emprunte à la Belgique?
Je reviens au visuel, car je nous trouve fainéants. On est un peu secs et on prétend tout savoir. La fameuse arrogance française ferait pourtant bien de s’inspirer des autres. La France pourrait également emprunter aux Belges tout l’héritage du Nord. Je suis touchée par cette région raide, dure et impitoyable. Je peux d’ailleurs partir facilement trois jours au bord de la mer du Nord en plein hiver. Pas trop longtemps, mais j’aime ça.

Et qu’est-ce que vous ne comprenez pas au Plat Pays ?
Le premier degré. Les Belges sont dans une donne totale, avec une fulgurance et une élocution pharaonique. Une vraie naïveté un peu facile.

 

©DR

 

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