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Louis Bertignac : « Un groupe, c’est comme faire l’amour entre garçons ! »

Louis Bertignac, l’ex de Téléphone et des Insus se produisait ce jeudi 5 mars sur la scène du Cirque royal de Bruxelles.

"Je ne peux pas arrêter. Tant que je serai capable de monter sur scène, je le ferai" explique Bertignac. | © ©PHOTOPQR/LE PARISIEN/Frédéric Dugit

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L’ex de Téléphone et des Insus se produisait ce jeudi 5 mars sur la scène du Cirque royal de Bruxelles.


Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Vous aviez dit que les tournées, c’était fini pour vous. Et vous revoilà sur scène à Bruxelles !
Louis Bertignac. Peut-être que je me suis mal exprimé. Je n’aime pas partir deux mois en bus et rentrer à la maison pour m’ennuyer pendant six mois. J’ai dit OK aux Insus car beaucoup nous attendaient, mais sans plus. Je veux voir mon petit gars de 3 ans, je n’ai pas le temps d’en profiter.

Vos enfants auraient-ils la même vocation que papa  ?
J’ai des filles très prometteuses. Doucement, je les ai mises à la musique. Une au piano et une à la batterie. Pour leurs dernières vacances passées à la maison, je leur avais conseillé de faire une heure de musique par jour chacune. L’une a choisi le piano et je lui ai appris « Imagine » de John Lennon. Au bout de deux-trois jours, elles ont joué ensemble et elles ont adoré  ! Je suis ravi car elles ont enfin compris le plaisir de jouer de la musique à plusieurs.

Vous avez d’ailleurs bien connu ce bonheur.
C’est toute ma vie  ! Je n’aurais jamais été musicien si je n’avais pas eu droit à cela. C’est quelque chose d’exceptionnel, c’est comme faire l’amour… mais avec des garçons ! (Rires)

Les Insus, c’est donc terminé  ?
Nous sommes restés très potes. Reformer Téléphone, par contre, je n’y crois pas une minute. L’ambiance est vraiment trop mauvaise entre Corine (Marienneau) et Jean-Louis (Aubert). C’est vraiment fini. Il ne faut jamais dire jamais mais, franchement, l’arrivée des Insus n’a pas aidé à ramener l’ambiance entre eux. Il y a eu procès et tout le merdier qu’on connaît. Au départ, on voulait juste donner un petit concert en l’honneur de notre manager remis d’un cancer du foie. Il avait enfin pu bénéficier d’une greffe et il s’en est sorti. Pour lui faire plaisir, on lui a préparé un bœuf. Cela faisait trente ans qu’on ne nous avait plus entendus ensemble. On ne pouvait pas donner le nom Téléphone au groupe, sinon c’était l’émeute. Puis on a fait trois dates, suivi d’une tournée et d’un Stade de France. On se marrait  !

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Pas de retraite, donc ?
Je ne peux pas arrêter. Tant que je serai capable de monter sur scène, je le ferai. De toute façon, je ne sais rien faire d’autre. Goldman se repose, moi j’ai besoin de me sentir utile.

En 2017, vous avez été hospitalisé. Pensez-vous au fait de vieillir ou à la crainte de faire le concert de trop  ?
J’ai toujours cette angoisse, mais pas à cause de l’âge. Etonnamment, je n’ai toujours pas d’arthrose, les doigts fonctionnent. J’ai souffert de tendinites à 25, 30 et 40 ans. Maintenant plus, je ne sais pas pourquoi. Le corps s’habituerait-il à certains mouvements  ? Avec l’âge et l’expérience, on force moins.

 

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Que penser des Victoires de la Musique ?
Elles ne sont pas importantes pour le milieu. J’ai toujours eu ce côté un peu rebelle. Je prendrais mal le fait de gagner une Victoire (NDLR : le guitariste de Téléphone en a pourtant remporté une avec le groupe en 1985). A l’époque, on était sélectionnés mais Richard Kolinka et Jean-Louis Aubert ne voulaient pas y aller. On a dû s’y rendre avec Corine Marienneau et on a gagné. Je n’avais rien prévu, j’étais sûr qu’on allait perdre. J’ai laissé causer Corine. Ce truc, je l’ai ramené à la maison, je l’ai oublié dans un coin et je l’ai perdu dans un déménagement. Franchement, je me fiche des récompenses. Je préfère les gens qui viennent me dire  : « J’ai vécu des trucs horribles et c’est grâce à ta chanson que je m’en suis sorti. » Ça, c’est vraiment la récompense  !

Quel est votre lien avec la Belgique  ?
J’aime beaucoup les gens et les Belges. Beaucoup plus que les Français, d’ailleurs. Les artistes le disent souvent, mais c’est vrai. Je préfère discuter avec un intervieweur belge qu’avec un Français. Je ne sais pas pourquoi, mais les mecs aiment leur boulot, ici. En France, ce n’est pas du tout le cas. Quelque chose est pourri. Et les journalistes m’emm… La Belgique, c’est l’exemple opposé. Même aux USA, pays du rock, ils ne sont pas comme ça. Ils n’aiment pas autant leur taf.

Un petit péché mignon belge, pour l’anecdote ?
Oui, j’adore la Leffe ! (Sourire)

Une expression belge qui vous fait rire  ?
Remplacer pouvoir par savoir, ça m’amuse beaucoup ! C’est très mignon. Les septante et nonante, c’est marrant mais sans plus.

Qu’aimeriez-vous que la France emprunte à la Belgique du coup  ?
A peu près tout  ! Pas le climat, mais tout le reste. Franchement, l’esprit, l’amour de ce que chacun est capable de faire. Je me sens belge. J’ai cette impression car je travaille comme eux, j’aime mon boulot. Je ne me sens pas français. Ça me gêne quand je vois toutes ces grèves qui paralysent Paris. Moi, je suis ailleurs. Les Belges ont peut-être trois gouvernements… ou pas du tout, mais ils continuent à vivre sans souci. En France, ce serait la catastrophe, l’apocalypse : ils n’auraient personne sur qui taper, ce serait l’horreur, quoi ! (Rires)

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