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Norman : « Avec un simple tweet, je fais plus de vues que n’importe quelle émission de télé »

« Les gens sont si méchants avec les autres sur les réseaux sociaux »... dixit Norman. | © ©PHOTOPQR/VOIX DU NORD/Stéphane Mortagne

I like Belgium

L’artiste aux 2,3 milliards de vues cumulées sur le Web poursuit sa tournée avec « Le Spectacle de la maturité » (il a triomphé récemment à Liège et à Bruxelles), vient de lancer sa propre série (Le Talisman) sur sa chaîne YouTube et a participé au film Ducobu 3 .

 

Par Pierre-Yves Paque

Paris Match. Quatre ans après Norman monte sur scène, vous triomphez à nouveau. C’est le spectacle de la maturité ?
Norman Thavaud. C’est toujours du stand-up. Moi, seul sur scène avec un micro, pendant une heure et façon one-man-show, mais plus moderne. J’ai grandi, j’ai 32 ans, je suis papa, j’ai créé ma société et je suis propriétaire.

Beaucoup vous considèrent même comme un « vieux » sur internet…
Jadis, les gens me regardaient comme un ovni qui buzze un max. Aujourd’hui, il y a tellement de youtubeurs qu’on est un peu blasé : nous sommes trop à nous partager le même gâteau. Dernièrement, une dame criait dans la rue en me voyant : « Regarde, c’est un youtubeur ! » Avant, elle aurait hurlé : « C’est Norman ! » Je ne suis plus qu’un Pokémon sans saveur.

Vous ne cherchez pas à vous diversifier ? Le cinéma ?
Etre comédien, c’est un métier. Le cinéma est ultrafrileux et se dit qu’un youtubeur, ça ne va pas marcher à l’écran. J’ai tourné quatre films, c’est cool mais pas suffisant pour percer.

Que pensez-vous de la télé ?
Elle est morte depuis dix ans. Les audiences ont dégringolé, elles sont vraiment au plus bas, à part pour quelques événements incontournables comme les élections présidentielles ou le football. Avec un simple tweet, je fais plus de vues que n’importe quelle émission. Nous sommes à un tournant de notre époque. Même dans les séries, on en parle. Dans « The Morning Show », le personnage de Jennifer Aniston assume de travailler pour une chaîne, tout en étant consciente que c’est presque la fin.

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C’était plus facile de se lancer à votre époque ?
C’est un peu plus dur aujourd’hui, mais il y a tellement de trucs à faire, tellement de médias différents… Des gens remplissent des Zénith uniquement via Instagram. Il y a des twittos ou des tiktokeurs stars. Bref, énormément de possibilités.

Vous avez déjà reçu des menaces à cause de vos vidéos ?
Pas des menaces, mais des critiques et des insultes, en permanence. Twitter est devenu la discipline de la moquerie. Quand j’annonce : « Regardez, j’ai fait une vidéo sur les années 2000 », tout le monde s’en fout. Mais si je lance : « Humilions cet homme en lui crachant dessus », ça cartonne. Les gens sont toujours un peu méchants sur Twitter. Ça me gêne. En plus, sans montrer son visage, c’est lâche.

 

Norman avec la fameuse casquette I Like Belgium… ©Paris Match Belgique

Le fait d’être devenu papa a modifié votre façon de voir les choses ?
J’ai carrément changé de vie. En plus, je suis deux fois papa, car également beau-père. Du coup, impossible d’imaginer être sans enfant! C’est un point de non-retour, mais aussi un bonheur infini.

On gagne sa vie quand on est youtubeur comme vous ?
YouTube rapporte quand vous faites des millions de vues. Les gens imaginent immédiatement le yacht et les sacs Louis Vuitton. En réalité, une vidéo coûte tellement d’argent que je ne gagne pas tant que cela. Le strict minimum est 6 000 euros, mais je réinvestis tous mes bénéfices. Je gagne surtout ma vie avec des opérations publicitaires ou mes droits d’auteur. La scène ne me rapporte pas tellement, c’est juste 
une passion. Bref, je vis très bien, mais 
YouTube n’est pas une machine à sous !

Les Belges ont la cote en humour. Qu’en est-il de YouTube ?
Ils sont encore un peu timides. Mais j’adore Jimmy Labeeu, GuiHome et Jill. Jimmy est clairement une pointure, tout le monde le connaît. Il y a du potentiel, je sens que ça arrive.

Un lien avec la Belgique ?
Je suis né et j’ai grandi dans le nord de la France, à Liévin, à côté de Lens et à deux pas de la Belgique. Du coup, on y allait très régulièrement. Pour dire toute la vérité, mon grand-père était belge. J’ai donc des atomes crochus avec les Belges, il y a même une alchimie. Hélas, la météo…

Un plat belge préféré ?
Je suis amoureux de la carbonnade flamande. Typiquement un plat qu’on prépare dans le nord de la France et en Belgique. Ma mère faisait ça à merveille. Comme les chicons.

Une expression belge qui vous fait marrer ?
« Tu sais faire ça ? Oui, je sais le faire… » C’est culte !

Qu’aimeriez-vous que la France emprunte à la Belgique ?
Le nombre d’artistes de génie qui viennent du Plat Pays. On dirait que l’agence artistique de la France, c’est la Belgique ! D’Angèle à Roméo Elvis en passant par Stromae et des humoristes comme Nawel Madani, une amie à moi. On trouve de sacrées pépites en Belgique, c’est incroyable ! Il y règne un exotisme que la France n’a pas. Une originalité, quelque chose d’authentique, une sorte de petit décalage dans la mentalité. Quand on est trop français, on plaît moins aux Français aussi.

 

 

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